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Vous avez présenté, le 18 février, des propositions pour maintenir une PAC forte tout en respectant l’agriculture des pays du Sud. Comment concilier ces deux objectifs?

En se recentrant sur le marché intérieur, pour répondre d’abord à des objectifs liés à l’alimentation, à l’environnement ou au développement durable. Si l’on pousse cette logique jusqu’au bout, on pourrait imaginer un budget important pour la PAC dans l’objectif de rémunérer, par exemple, les services environnementaux associés à l’agriculture. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Ne pensez-vous pas que la définition du budget primera sur celui des objectifs de la PAC?

Nous ne le souhaitons pas. Et aujourd’hui, nous pouvons voir que les discussions ont commencé sur la politique agricole commune. Les discussions budgétaires arriveront dans un deuxième temps. Cela sera conduit simultanément à partir de 2011.

En ce moment, nous sommes dans une phase de débat au Parlement européen et à la Commission. Il va aussi reprendre en France avec les travaux des comités et des groupes de travail divers jusqu’au mois de juin. A cette date, la France décidera de sa position. La Commission européenne devra arrêter la sienne en juillet puis publier une communication au début de l’automne.

Pour nous, la question budgétaire est annexe. Ce n'est pas encore le moment. Mais nous y viendrons.

Votre projet nécessite-t-il un budget plus important que celui de la PAC actuelle?

Il n’a pas forcément besoin d’un budget plus important. Les dépenses actuelles de la PAC, à budget constant, pourraient être utilisées de manière plus efficace. La suppression des subventions à l’exportation, par exemple, rapporterait quelques centaines de millions d’euros. Le plafonnement des aides aux exploitations à 100 000 euros, pour éviter la concentration des aides dans les plus grandes fermes, permettrait de récupérer trois milliards d’euros. C’est la Commission européenne elle-même qui avance ces chiffres.

En additionnant ce type de mesures, on pourrait redistribuer l’argent économisé à des cibles nouvelles. Les dotations financières de programmes actuels pourraient être augmentées. Certains d’entre eux, comme ceux qui relèvent de l’agro-environnement, ne sont pas assez dotés.

Quel regard portez-vous sur la nomination du nouveau commissaire européen et sur les objectifs qu’il a défini pendant son audition devant le Parlement européen?

Il a plutôt bien réussi son audition, au point d’être applaudi par la majorité des députés européens. S’il incarne un certain espoir et un certain renouveau de l’image de la politique agricole, il faut faire attention aux marges de manœuvre dont il dispose. L’expérience montre que si le choix du commissaire est déterminant, il ne faut pas négliger l’influence de l’administration et de la direction générale de l’Agriculture. Les réformes précédentes ont un certain poids.

La France veut prendre la tête de la réflexion sur la future PAC. A-t-elle les moyens d’exercer ce leadership et d’influencer ses partenaires?

Au niveau communautaire, Bruno Le Maire sait très bien qu’il aura du mal à convaincre ses homologues en défendant que l’avenir de la PAC passe par l’alimentation. Je pense notamment aux Néerlandais, Danois, Suédois ou même Britanniques. Dès lors, soyons vigilants à ne pas dépenser trop d’énergie dans cette direction-là.

L’une des principales questions doit être celle de la régulation des marchés. Et il faudra aussi se pencher sur la légitimité des paiments directs. Quelle nouvelle légitimité donner à ce système?

Quels outils de régulations préconisez-vous?

Nous trouvons assez hallucinant de démanteler les organisations de marché qui existaient jusqu’à présent, sous prétexte que l’on en n’a plus besoin, sans proposer des instruments alternatifs qui fonctionnent

C’est un marché de dupes. Sur le plan diplomatique, on dit qu’il faut une nouvelle régulation, et sur le plan technique on n’a rien à proposer. C’est pour cela que nous proposons de réévaluer la portée des décisions qui ont été prises précédemment, notamment sur la suppression des quotas laitiers. Il faut mesurer leur impact économique, social et environnemental. On ne peut pas promettre l’inconnu et l’incertain aux agriculteurs. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’instruments alternatifs.

La maîtrise des productions par la maîtrise des volumes reste le moyen le moins coûteux dans le cadre d’une politique commune.

Votre groupe est constitué uniquement par des associations françaises. Ne défendez-vous pas une vision franco-française de la PAC? Quel relais pouvez-vous avoir sur le plan européen?

Nous assumons que ce soit un papier français issu d’une réflexion commune, entre 15 organisations venant de secteurs différents. Nos propositions seront traduites en anglais pour circuler auprès de nos partenaires de l’Union européenne.

De plus, ce document a vocation à nourrir le débat en amont. Ce n’est pas une position figée. On y reviendra avec d’autres propositions au second semestre.

Le défi qui nous anime est de reconnecter ensemble les débats agricoles, alimentaires, sociaux, environnementaux, le développement rural,... Nous espérons faire bouger les lignes chez certains de nos partenaires européens.