Les eaux troubles de la pêche profonde

  

La Commission souhaite interdire certaines techniques de pêche en eau profonde, jugées destructrices pour l’environnement. La France est l’un des rares pays à s’y opposer.

Onglets horizontaux

Vue d'ensemble

Depuis les années 1970, une nouvelle pratique s’est développée dans le secteur de la pêche. La surexploitation des stocks traditionnels a amené les pêcheurs, avec l’aide des scientifiques, à chercher de nouvelles ressources, dans les profondeurs.

Définition

Pour aller jusqu’à plus de 1500 mètres, la technique du chalut a été privilégiée. Elle consiste à faire descendre un filet en forme de bonnet au fond de l’eau et de le tracter sur une longue distance pour le remplir de poissons.

Plusieurs définitions déterminent à partir de quelle profondeur la pêche est dite « d’eau profonde ». L’organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) définit la pêche en eaux profondes comme toute pratique descendant en dessous de 200 mètres, tandis que le Conseil international pour l’exploitation de la mer (CIEM) place le curseur à 400 mètres.

En l’absence de règlementation, les excès ont été nombreux. Des pics de captures sont intervenus à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Ils ont été favorisés par une politique européenne de la pêche qui finançait largement la construction de nouveaux navires. Aujourd’hui, même les professionnels le reconnaissent.

Réglementation en 2003

Selon les organisations non gouvernementales de défense de l’environnement, opposées à cette pêche, la France a elle seule a pêché depuis 1950 plus de 573 500 tonnes de poissons en eau profonde.

La prise de conscience du problème par les dirigeants européens a eu lieu au début des années 2000, avec la création en 2003 d’un cadre législatif spécifique. Particulière, la pêche en eaux profondes est traitée en marge du reste de la politique commune de la pêche (PCP). La mise en place de quotas de prises (décidée tous les deux ans), l’interdiction de capturer certaines espèces (comme l’empereur ou les requins) et la délimitation de zones protégées sont les mesures phares. 

Mais ce texte n’a pas mis fin à tous les problèmes. Le règlement européen qui fixe les quotas de pêche pour les années 2011 et 2012 rappelle que « les avis scientifiques les plus récents du Conseil international pour l’exploitation de la mer (CIEM) et du CSTEP indiquent que la plupart des stocks d’eau profonde sont soumis à une exploitation qui n’est pas durable ».

Trois entreprises

Dans le même temps, les ONG n’ont eu de cesse de dénoncer les dégâts provoqués par les filets trainés sur les fonds marins qui bouleversent les écosystèmes. Les campagnes de communication à ce sujet ont été virulentes, à l’image de cette vidéo de Greenpeace :

 

 

En France, l’association la plus active dans la défense des fonds marins est Bloom. Elle a été fondée en 2005 par Claire Nouvian.

Aujourd’hui encore, en Europe, les pêcheurs de l’Hexagone font partie de ceux qui utilisent le plus cette pratique, au nord-est de l’Atlantique. Elle reste pourtant marginale - 0,12% des poissons ramenés à terre (débarquements) entre 1993 et 2005 - par rapport à l’ensemble des prises françaises.

Selon les données du Centre commun de recherche (JRC), qui dépend de la Commission, 34 334 tonnes d’espèces d’eau profonde ont été capturées en 2008, soit 1% de la pêche effectuée dans cette zone.

L’éxecutif européen estime par conséquent que "l’impact d’une élimination progressive des chaluts de fond et filets maillants de fond reste limité" même si elle reconnaît qu’au niveau local "l’analyse peut être différente".

En France, trois entreprises ont recours à cette technique  : Euronor, Dhellemmes et la Scapêche. Liée à Intermarché, 40% du chiffre d’affaire de la Scapêche vient du chalutage en eau profonde. Entreprise la plus importante du secteur, elle est la plus sujette aux attaques des ONG.

La France pêche 31% des poissons en eau profonde dans l’Atlantique du Nord-Est, derrière l’Espagne (38%). 

Selon le ministre délégué à la pêche, 500 emplois directs répartis entre les ports de Lorient, Boulogne-sur-Mer, Concarneau et Le Guilvinec seraient concernés en France. A Lorient, le plus gros port, cette activité génèrerait 600 emplois indirects. 

"Les chalutiers en eau profonde emploient 1% des emplois des salariés du secteur de la pêche", estime Greenpeace. 

Le 19 juillet, la Commission européenne a présenté son projet de réforme de la législation actuelle. Et le camp de l’abolition de la pêche en eau profonde au chalut a marqué des points. 

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