Les députés européens sont irresponsables

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Le président du Comité régional des pêches de Bretagne est scandalisé par le vote des députés européens sur la réforme de la Pêche.

Lors de la session plénière de janvier, le Parlement européen a adopté sa position sur la nouvelle politique commune de la Pêche pour la période 2014-2020. Les lignes défendues sont assez proches de celles des ministres des vingt-Sept.

En France, cette réforme ne passe pas. Les professionnels sont vent debout contre l’interdiction des rejets, d’ici quelques années. Actuellement, les poissons non commercialisables (taille, quotas, etc.) sont remis à la mer. En forçant les pêcheurs à ramener l'ensemble de leur pêche à terre, le secteur entier est menacé estiment les professionnels français.

Les élus souhaitent aussi limiter les quotas et proposent même d'aller plus loin que le « rendement maximal durable » (RMD). Cette expression définit la quantité de poissons capturables sans affecter l’avenir d’une espèce. Les professionnels y voient la marque des associations écologiques soupçonnées de vouloir réduire à néant leur activité.

Le vote du Parlement vous a-t-il surpris ?

Non, nous nous y attendions, nous avons suivi le débat. Mais notre première réaction a été d'y voir un échec de la démocratie pour une raison simple : ce vote est inapplicable. Il en va de la viabilité économique et sociale des entreprises de pêche.

Que voulez-vous dire ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont menacés. Ceux des pêcheurs et ceux qui gravitent autour. Aucune entreprise n’est capable de supporter cette réforme, il ne faudra pas s’étonner si, en 2016, tout le monde se retrouve au chômage. 

Ce vote n’est pas représentatif d’élus qui connaissent leur dossier.

Que signifie limiter la pêche au-delà de la sauvegarde de l'espèce ? Ne plus capturer de poissons du tout ? Nous avions déjà accepté d’appliquer progressivement la norme du RMD pour 2020. Ce vote créé uniquement de la défiance vis-à-vis du Parlement.

Enfin, interdire les rejets est irresponsable. Les députés montrent leur méconnaissance du secteur, leur incapacité à gérer les dossiers, et l'influence qu'exercent sur eux les Organisations non gouvernementales (ONG) autoproclamées défenseures de la société civile et de l'environnement. 

Pourquoi est-il si difficile de ne plus rejeter de poissons à la mer ?

Nos bateaux ne sont pas adaptés. Ils seront plus rapidement remplis, ce qui nous forcera à rentrer au port plus vite. Les journées de pêche ne seront plus rentables. Il faut changer toute la flotte européenne !

Il faut aussi adapter les ports, rien n’a été prévu. Et que faire des poissons une fois à terre ? Les députés votent l’interdiction des rejets mais ne mettent aucun moyen derrière. Et je ne vous parle de plusieurs milliards…

Sans oublier les conséquences sur l'écosystème, car certains poissons remis à l'eau sont toujours vivants. Ils ne le seront plus. 

Pensez-vous obtenir gain de cause d’ici l’accord final entre le Parlement et les ministres de l’UE sur la réforme ?

Seuls quelques députés nous défendent ainsi que le ministre français de la Pêche. Nous espérons obtenir plus de flexibilité lors des discussions entre les institutions dans le cadre du trilogue.

Nous avons besoin de marges de manœuvre. Dans une Europe à 27, il n’est pas possible d'imposer les mêmes contraintes à tous les pêcheurs. Nos conditions de pêche sont très diverses. Nous sommes pour la réduction des rejets, mais pas se faire de façon dogmatique.

Quant à la commissaire Maria Damanaki...nous n'en attendons rien. Elle a toujours fait semblant de nous écouter, elle est ralliée à la cause des ONG. 

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