Sur l'agriculture, les Etats aussi peu ambitieux que le Parlement

  

A l’occasion des négociations sur le budget, le Conseil européen a esquissé sa vision de la future politique agricole commune. Un mauvais signal pour la réforme défendue par la Commission.

373 milliards d’euros. C’est l’enveloppe qui sera consacrée à l’agriculture européenne pour la période 2014-2020. Les chefs d’Etat et de gouvernement en ont décidé ainsi les 7 et 8 février.

Pour en savoir plus : le détail des chiffres

Le sommet était consacré à la définition des enveloppes budgétaires, mais les Vingt-Sept en ont profité pour esquisser leur vision de la future politique agricole commune.

Flexibilité nationale demandée

Tout d'abord, les gouvernements refusent de plafonner les subventions aux agriculteurs. Cette disposition pourra seulement être optionnelle, ont estimé les dirigeants de l'UE.

L'opposition vient du Royaume-Uni, mais surtout d'Allemagne. L'ex-RDA dispose de grands ensembles agricoles dont le poids économique est important pour les territoires concernés. Ils seraient défavorisés par une limitation des dépenses à 300 000 euros par exploitation, comme l'a proposé la Commission en octobre 2011. 

Les Etats acceptent le principe du conditionnement de 30% des aides directes au respect de normes environnementales ("verdissement"). Mais, ils exigent une flexibilité « clairement définie » qui leur donne le choix d'appliquer "des mesures d’écologisation équivalente". 

Les craintes de Dacian Ciolos 

Ces prises de position préoccupent le commissaire à l'Agriculture. Dans un communiqué de presse, Dacian Ciolos a signifié son désaccord, à mots couverts. Il a rappelé la nécessité « d’un meilleur ciblage des paiements directs » et d’un « verdissement crédible avec des bénéficies environnementaux avérés ».

A la fin du mois de janvier, le Roumain s’était déjà inquiété des positions défendues par la commission Agriculture du Parlement européen. En allongeant le spectre des exemptions, les élus ont dilué les mesures de verdissement. A l'époque, les syndicats d’agriculteurs se sont félicités de la décision, au grand dam des organisations de défense de l’environnement.

Le Parlement européen douche les ambitions écologiques de la PAC

Les députés doivent voter la réforme de la PAC lors de la séance plénière de mars prochain. Ils devront ensuite trouver un accord avec les ministres de l’Agriculture. Les positions défendues par les deux institutions étant proches, la Commission européenne et ses bonnes intentions risquent de se retrouver isolées. 

Les Etats ont aussi rappelé leur volonté d'avoir la possibilité de transférer des fonds, à hauteur de 15%, entre les deux piliers de la PAC : les aides directes et le Fonds européen agricole de développement rural (Feader).

Entre 2014 et 2020, le premier pilier est doté de 277,8 milliards d’euros, le second de 84,9 milliards. 

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