Industrie alimentaire : les eurodéputés peu friands d’étiquettes « allégées »

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Une proposition visant à accorder plus de flexibilité aux producteurs alimentaires dans la promotion de leurs produits allégés en matière grasse, en sucre ou en sel a été écartée. Une commission parlementaire a en effet décidé de voter contre toute modification des étiquettes nutritionnelles. Le Parlement européen dans son ensemble devrait examiner cette question demain (2 février).

Hier (31 janvier), les eurodéputés ont voté en faveur d'une résolution contre les nouvelles étiquettes recommandées par la Commission européenne. Cette résolution sera examinée par l’ensemble du Parlement après avoir obtenu le soutien d'eurodéputés issus de différents groupes politiques au sein de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.

La Commission a proposé d'amender la réglementation en vigueur depuis cinq ans pour y ajouter des catégories nutritionnelles supplémentaires, ce qui devrait permettre aux entreprises alimentaires d'afficher sur leurs produits qu'ils contiennent au minimum 15 % de matière grasse, de sucre ou de sel en moins que les anciens produits. Ils pourraient également afficher une étiquette « sans sel ajouté » sur les aliments concernés. Actuellement, les étiquettes mentionnant une proportion réduite d'un ingrédient doivent présenter une différence d'au moins 30 % par rapport au produit standard.

L'eurodéputée allemande de centre-droit Renate Sommer, rapporteur du Parlement sur l'étiquetage alimentaire, a accusé l'exécutif européen d'essayer d'assouplir les réglementations existantes. Elle a affirmé qu'abaisser les seuils « induirait les consommateurs en erreur et permettrait aux producteurs d'utiliser cette mesure pour augmenter leurs ventes ».

« Si nous continuons à accéder à presque toutes les demandes des producteurs, il y en aura toujours plus et les consommateurs ne seront plus en mesure de faire la différence entre les produits », a déclaré Mme Sommer (Parti populaire européen) dans un communiqué suivant le vote.

Les eurodéputés favorables à la résolution ont affirmé que ces nouvelles règles d'étiquetage décourageraient les producteurs alimentaires qui souhaitent développer des recettes meilleures pour la santé et moins caloriques.

Le sel, le sucre et les matières grasses sont des ingrédients clés dans les produits emballés ou à longue conservation.

«  Il est un fait que les allégations nutritionnelles et de santé influencent les consommateurs comparant des produits similaires sur les rayons des supermarchés : nous ne pouvons donc admettre les allégations trompeuses », a déclaré l'eurodéputée britannique Glenis Willmott (Socialistes et Démocrates).

Les organisations de défense de la santé et des consommateurs se sont déjà plaintes par le passé que les législateurs européens et l'Autorité européenne de sécurité des aliments aient été trop laxistes en matière d'allégation de santé sur les étiquettes alimentaires.

Elles ont également affirmé que les règles proposées par la Commission pourraient inciter les consommateurs à penser que des aliments sont plus allégés en graisse, en sel ou en sucre qu'ils ne le sont vraiment. Ce genre d'allégations ne signifie pas forcément que les aliments sont meilleurs pour la santé, ont-elles précisé.

En annonçant son projet de réviser la réglementation en la matière le 20 juin 2011, la Commission a quant à elle affirmé vouloir plus de cohérence dans l'UE et réduire la paperasserie pour encourager l'innovation dans les choix alimentaires.

Réactions: 

 

FoodDrinkEurope, une association du secteur alimentaire, a déclaré dans un communiqué qu'elle déplorait le vote de la commission parlementaire.

« Les acteurs du secteur de l'alimentation soutiennent le recours aux allégations nutritionnelles sur les emballages pour que les consommateurs puissent être informés des bénéfices nutritionnels spécifiques ou de l'amélioration nutritionnelle d'une recette (souvent obtenus grâce à des efforts volontaires). Le résultat du vote d'aujourd'hui, s'il est confirmé en plénière par le Parlement le 2 février, signifie que les consommateurs ne pourront plus être informés des bénéfices des modifications/améliorations nutritionnelles des produits. Les entreprises du secteur alimentaire auront donc moins l'occasion de communiquer sur leurs efforts, ce qui ne les encouragera pas à investir dans la recherche, le développement et des techniques innovantes pour le marché européen. »

Monique Goyens, la directrice générale de l'organisation de défense des consommateurs BEUC, a salué le vote de la commission. « Il s'agit d'un pas important et nous espérons que les eurodéputés suivront le même chemin lors du vote en plénière jeudi. Les consommateurs y gagneront si le Parlement interdit ces allégations trompeuses. »

« Les eurodéputés ont pris position contre les allégations de santé trompeuses aujourd'hui », a déclaré l'eurodéputé vert suédois Carl Schlyter. « La proposition de la Commission visant à autoriser des allégations portant sur des pourcentages réduits de composants mauvais pour la santé pourrait déboussoler les consommateurs et les inciter à penser qu'un produit est sain, même s'il contient toujours des quantités considérables de composés qui ne sont pas bénéfiques pour la santé (comme le sel, le sucre ou les matières grasses). Cela va réellement à l'encontre de l'objectif et de l'esprit des allégations de santé et nous espérons que le Parlement dans son ensemble soutiendra le rejet des propositions de la Commission. »

Prochaines étapes: 

 

  • 2 fév. 2012 : le Parlement examinera la résolution sur l'étiquetage alimentaire.
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