La taxe danoise sur la malbouffe, une aubaine pour les commerçants allemands

-A +A

Le Danemark a introduit une nouvelle taxe sur les aliments et les boissons, ce qui pousse de plus en plus de consommateurs à se rendre dans les magasins allemands, révèle un sondage réalisé par l'Organisation danoise des épiciers (DSK).

Cette étude montre que 60 % des ménages danois ont acheté de la bière ou des boissons non alcoolisées en Allemagne au cours de l'année dernière. Il y a quatre ans, 60 % des ménages avaient déclaré dans cette même étude n'avoir jamais rien acheté à la frontière allemande.

Un grand volume de bière acheté en Allemagne est en réalité produit au Danemark. L'année dernière, les brasseries danoises ont exporté 1,2 milliard d'unités dans les magasins frontaliers allemands. En 2011, les familles danoises achetaient en moyenne 420 unités de bière ou de soda dans ces boutiques, un nombre qui ne cesse de croître. 

« Ce [développement du commerce frontalier] est dû à l'augmentation des taxes sur certains biens de consommation, introduite par le gouvernement danois au début de l'année. Nous en voyons aujourd'hui les conséquences », a expliqué à EurActiv Claus Bøgelund Nielsen, vice-président de DSK.

Le 1er janvier, le gouvernement danois a introduit des taxes plus élevées sur la bière, le vin, le chocolat, les confiseries, les sodas, la glace, la crème, le café, le thé et les ampoules électriques. Le gouvernement a également augmenté la taxe sur le tabac début avril.

Plus de taxe, quantités réduites

Au cours des dernières années, plusieurs gouvernements danois ont augmenté les taxes sur certains biens de consommation dans le but d'améliorer la santé publique et d'équilibrer le budget du pays.

En octobre 2011, le Danemark fut le premier pays au monde à introduire une taxe supplémentaire sur la viande, les produits laitiers et l'huile de cuisson.

Cette taxe sur les produits caloriques a déjà des conséquences sur les choix des consommateurs danois, selon DSK. « En janvier et février, nous avons clairement constaté une augmentation de la vente de produits alimentaires à la frontière allemande », a expliqué M. Nielsen.

Depuis l'introduction de cette taxe, un débat houleux se déroule entre les consommateurs et l'industrie alimentaire à propos des prix et des problèmes administratifs qui en découlent.

L'entreprise Arla, le premier producteur de produits laitiers en Scandinavie, a réduit les portions de ses produits afin de pouvoir conserver les mêmes prix.

« Nous estimons qu'il faut limiter la part d'augmentation du prix répercutée sur le consommateur », a souligné Jakob Knudsen, directeur marketing d'Arla, dans le journal Jyllands-Posten.

Nombreux sont les producteurs qui, comme Arla, ont décidé de réduire les portions de leurs produits afin de rester sous le « seuil de prix psychologique » qui rend impossible la vente d'un produit.

« La différence est énorme entre un produit qui coûte 19,95 couronnes ou 21,65 (2,68 ou 2,91 euros). Il est donc naturel d'essayer d'adapter le produit au prix recherché par le consommateur », a déclaré Ole Linnet, directeur d'une filiale de l'organisation Danish Industry.

Abandon de la nouvelle taxe sur le sucre

Le secteur et les experts estiment que si le gouvernement danois introduit une nouvelle taxe sur le sucre au début de l'année prochaine, de plus en plus de produits verront leurs portions réduites.

Cette nouvelle taxe devrait ajouter 1,3 milliard de couronnes (175 millions d'euros) au budget de l'État.

Cependant, selon le quotidien Politiken, le gouvernement réalise déjà qu'en pratique, cette taxe sur le sucre serait impossible à mettre en oeuvre.

Selon la première ébauche de cette loi, la taxe en question concernerait directement les produits contenant du sucre et serait déterminée en fonction de leur poids. Cela pourrait mené à des situations où, par exemple, le prix d'un yaourt allégé augmenterait considérablement alors que celui d'un gâteau à la crème très calorique n'augmenterait que modérément.

Ce modèle a été mis de côté.

Une autre option aurait pu être d'appliquer cette taxe directement à la teneur en sucre de différents produits, mais cela aurait également posé problème avec les différents types d'édulcorants qui existent sur le marché, comme le « fructose » ou « le sucre ajouté ».

Ce modèle aurait forcé les autorités à évaluer des milliers de produits au cas par cas, une démarche impossible sur le plan administratif.

Jens Klarskov, le directeur général de la Chambre de commerce danoise, a déclaré qu'il préfèrerait que le gouvernement abandonne cette taxe sur le sucre.

« Nous avons rencontré suffisamment de difficultés avec la taxe sur les produits caloriques l'année dernière. Introduire une autre taxe de ce genre ne ferait qu'alourdir notre fardeau et encourager le commerce transfrontalier. Ce serait sans doute trop difficile à gérer », a expliqué M. Klarskov.

L'Organisation danoise des épiciers estime que le gouvernement a atteint un point où ses taxes les plus élevées vont commencer à avoir des conséquences négatives. Certains produits vont devenir si coûteux que le commerce frontalier pourrait représenter une perte de recettes pour l'État.

« Cela pourrait être le cas pour la bière, les sodas et le vin, des produits qui sont réellement à l'origine du commerce frontalier », a ajouté M. Nielsen.

Les conclusions de cette nouvelle étude de DSK pourraient-elles dissuader le gouvernement danois d'introduire plus de taxes sur les produits alimentaires ?

« J'aimerai pouvoir dire oui, mais je ne m'y risquerai pas », a répondu M. Nielsen.

Prochaines étapes: 
  • 1er jan. 2013 : le Danemark projette d'introduire une nouvelle taxe sur le sucre dans les produits alimentaires.
Publicité