Chercheur associé à l’Institut Thomas More, Antonin Tisseron est l’auteur du deuxième rapport sur la sécurité durable au Maghreb. Selon lui, l’UE ne doit pas avoir d’a priori dans la région vis à vis des partis islamistes. Elle doit aussi conditionner l’octroi de ses aides.

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Deuxième rapport de l'Institut Thomas More sur la sécurité durable au MaghrebInstitut Thomas More
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L'Europe n'a pas dénoncé le maintien au pouvoir des dictateurs dans les pays du Maghreb. A-t-elle perdu de sa crédibilité depuis le printemps arabe?
L'Union européenne a évidemment sa part de responsabilité dans ce maintien au pouvoir des dictateurs, mais elle n'est pas seule. L'ensemble de la communauté internationale a soutenu, même tacitement, les dictatures au pouvoir.
L'Europe a constamment affirmé l'importance du respect des droits de l'homme, sans pour autant en faire réellement une conditionnalité dans l’octroi des aides et la coopération entre les deux rives de la Méditerranée.
Avant le printemps arabe, les populations d'Afrique du Nord avaient le sentiment d'être face à une Union européenne technocratique, négligeant les intérêts de la société civile et les droits de l'homme, quoi qu'elle en dise. Les attentes ont donc été déçues, mais elles demeurent. Les Tunisiens ont ainsi le sentiment, qu'après le printemps arabe, les relations entre l'Union européenne et la Tunisie pourront partir sur un nouveau pied.
Donc non, l’Europe n’a pas perdu sa crédibilité.
Les responsables politiques européens ont, selon vous, jugé trop vite la percée des islamistes aux élections dans des pays comme la Tunisie, le Maroc ou l’Egypte. Pourquoi ont-ils réagi de cette manière?
Le terme islamiste cristallise tous les fantasmes, toutes les angoisses. Il évoque le terrorisme, le voile. Ces images mentales sont opposées à une certaine conception de la démocratie, des droits de l'homme et de l'égalité entre hommes et femmes.
Comment les Européens devraient-ils gérer leurs relations avec ces partis à l'avenir?
La meilleure approche me semble être celle du ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé, qui consiste à ne pas faire de procès d'intention mais à rester vigilant. Il faut laisser une chance à ces partis islamistes, tout en faisant attention à la manière dont ils s'inséreront dans le jeu démocratique et dont ils se positionneront par rapport aux droits de l'homme et à la place de la femme dans la société.
Le développement économique et social est essentiel pour la démocratisation du Maghreb. L’Union européenne peut-elle réellement y contribuer?
Les relations économiques et commerciales entre les deux rives doivent absolument être développées. Le Maghreb en a besoin. Pourtant, l’Union européenne ne peut pas tout faire.
La crise économique et financière a montré les fragilités et les limites d’un engagement de l’UE auprès de ses voisins. Donc, c’est avant tout aux Maghrébins de se prendre en main. Ils doivent questionner leur modèle de développement et travailler sur les divergences entre les régions littorales et l’intérieur des pays.
Ils doivent aussi s’interroger sur la faible coopération à l’échelle intermaghrébine, qui est l'une des causes importantes des problèmes de développement, et dépasser les anciens conflits comme celui du Sahara occidental, pour lequel le Maroc a proposé une solution réaliste et crédible en 2007 avec le projet de régionalisation.
La bande sahélo-saharienne semble de plus en plus devenir une zone de recul pour des groupes terroristes et des criminels. L'Europe est-elle menacée?
Au Sahel, le terrorisme islamiste, le trafic de drogue et d’armes, ou la rébellion Touareg au Nord du Mali sont des problèmes antérieurs au printemps arabe. Mais les bouleversements de l’année 2011, et notamment la guerre en Lybie, ont aggravé l’instabilité et les fragilités de cette région.
Or les Européens sont concernés par cette évolution. Une grande partie de la drogue en provenance d'Amérique du Sud, qui arrive en Europe, transite par cette zone. Plusieurs ressortissants européens ont été enlevés durant les derniers mois de l’année 2011. Enfin, l’insécurité impacte sur les activités des entreprises européennes présentes dans la région.
Quelles sont les marges de manœuvre?
Elles sont limitées. Une intervention directe dans la zone pourrait aggraver les tensions. L’Europe doit appuyer les États dans la région en leur fournissant les moyens nécessaires et l’expertise pour renforcer la sécurité, mais sans pour autant accorder de blanc-seing à ses partenaires et en faisant preuve de fermeté. Une coopération régionale effective en matière de sécurité est également essentielle.
La réussite de l'engagement européen au Maghreb dépend, selon vous, de la capacité des européens de s'approprier la nouvelle politique de voisinage. Qu'est-ce que entendez par cela?
Il faut que les États européens l’investissent et la défendent auprès de leurs partenaires maghrébins pour lui donner corps.
Trois éléments me semblent particulièrement importants dans cette politique pour l’avenir de la relation euro-méditerranéenne. Tout d'abord appliquer le principe de différenciation :à chaque État correspond une situation particulière qui requiert des réponses adaptées.
Le deuxième point est la conditionnalité. Les contreparties annoncées par l'Union européenne doivent dépendre du respect des droits de l'homme et de la démocratie, tout en offrant de réelles perspectives pour les partenaires maghrébins.
Enfin, les Européens doivent s’engager en faveur de plus grandes coopérations et synergies entre les États maghrébins.





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