Dans un entretien exclusif accordé à EurActiv.com, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes belge Olivier Chastel explique que la Belgique donnera toute la marge de manœuvre qui leur incombe aux nouveaux hommes forts de l'UE – Herman Van Rompuy et Catherine Ashton – lorsque le pays divisé prendra la tête de la présidence tournante de l'UE.
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Alors que des élections nationales cruciales doivent se dérouler le 13 juin, seulement deux semaines avant le début de sa présidence de l'UE, la Belgique est à un tournant de sa courte histoire de 180 ans.
Le gouvernement belge s'est effondré en avril en raison d'un différend entre francophones et néerlandophones concernant les frontières électorales entourant la capitale, Bruxelles, domicile des institutions européennes.
La Belgique est actuellement dirigée par un gouvernement intérimaire, mais son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Olivier Chastel affirme que ces élections ne vont pas trop perturber la présidence.
"Il est vraiment probable qu'un nouveau gouvernement arrive en cours de présidence", a concédé l'homme politique francophone issu des rangs du Mouvement Réformateur (MR – centre droit), deuxième force politique derrière les socialistes dans la partie francophone du pays.
Cependant, selon M. Chastel, plusieurs mois vont être nécessaires pour que les partis politiques du pays – francophones et néerlandophones – s'entendent sur un programme de coalition incluant les réformes de l'Etat nécessaires demandées par la partie flamande.
"En Belgique, on a rarement vu un gouvernement se constituer en 10 jours. Ça paraît mission impossible. Et objectivement, même avec la meilleure volonté dont certains font preuve, je pense que ce sera compliqué d'y parvenir en quelques semaines ou quelques mois", a-t-il déclaré.
"Souvent, on cite début septembre. Je n'ai pas de boule de cristal mais après deux mois et demi de négociations, il est possible de voir l'avènement d'un nouveau gouvernement", a ajouté M. Chastel.
Programme de la présidence
En substance, M. Chastel estime que les élections nationales du mois de juin auront un impact limité sur le programme de la présidence, les aspects pratiques comme l'agenda ou la logistique ayant déjà été convenus.
"Quand le gouvernement belge a présenté sa démission, nous avons eu pas mal de craintes sur la fin de la préparation de cette présidence et le début de son déroulement, a-t-il déclaré. Mais très vite, nous avons réalisé que nous avions bien avancé sur la préparation de cette présidence et que le fait d'être sous un gouvernement intérimaire n'allait pas changer fondamentalement les choses."
"Beaucoup de partis politiques ont contribué à l'élaboration du programme de la présidence et il semble peu probable qu'une nouvelle coalition souhaite le modifier", a-t-il dit. "En Belgique, approuver un programme de présidence européenne, c'est quasiment comme approuver un programme de politique nationale", a affirmé M. Chastel, se référant aux difficultés pour trouver un compromis acceptable.
"Le programme sera approuvé le 16 juin, juste après les élections, et tous les partis devront travailler avec lui", a-t-il précisé.
Un rôle en retrait ?
En évoquant le style de la future présidence, il a expliqué que la Belgique voulait marquer une rupture par rapport à la pratique actuelle, pour prendre en compte l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Concrètement, la présidence belge aurait un rôle de copilote auprès de la responsable des affaires étrangères, Catherine Ashton, et du président permanent de l'UE, Herman Van Rompuy.
Sur le front de la politique étrangère, le secrétaire d'Etat a bien spécifié que le ministère des affaires étrangères belge et sa diplomatie "sont à sa disposition – et j'ai bien dit à sa disposition – pour faire tout ce qu'ils estimeront devoir faire faire à la présidence tournante. Et pas l'inverse, pas sur un pied d'égalité avec Mme Ashton", a-t-il insisté.
"En d'autres termes, ceux qui avaient l'habitude de se mettre en avant, autrement dit le chef de l’Etat – donc chez nous le premier ministre – et le ministre des affaires étrangères", seront moins visibles, a-t-il expliqué.
Réformer l'euro
En matière de réformes spécifiques, comme la gouvernance de l'euro, M. Chastel a déclaré que la Belgique voulait voir ce sujet progresser considérablement au cours de sa présidence.
"Une présidence c'est long et très court à la fois. Et donc je pense qu'à 27, ces derniers mois, on a pris conscience d'une évolution inévitable de la gouvernance européenne, de la gouvernance de la zone euro, et de la manière dont nos économies devaient être beaucoup plus concordantes et interagir, "a-t-il déclaré.
"C'est évident. C'est l'union économique qui doit se mettre en place à coté de l'union monétaire. On emploie le terme que l'on veut : gouvernement économique, gouvernance économique."
Réforme de l'Etat belge
Au plan interne, M. Chastel a déclaré que la Belgique était au bout d'un cycle politique, et que la réforme de l'Etat souhaitée par les partis flamands, qui veulent que davantage de pouvoirs soient confiés aux régions, était nécessaire.
"Il faut réformer la maison Belgique pour repartir sur de bonnes bases pour 10, 15 ou 20 ans, pour remettre au centre de la politique belge le fameux compromis belge", a-t-il dit.
Pour lire l'intégralité de cet entretien en français, cliquez ici.
CALENDRIER:
- 13 juin 2010 : Elections nationales en Belgique.
- 16 juin 2010 : Adoption du programme de la présidence belge de l'UE par le gouvernement intérimaire d'Yves Leterme.
- 1er juillet - 31 déc. 2010 : Présidence belge de l'UE.
- 1er jan.-30 juin 2011 : Présidence hongroise de l'UE.
Contexte
Le premier ministre belge Yves Leterme a remis sa démission en avril après qu'un parti flamand ait décidé de se retirer de son gouvernement de coalition à la suite d'un différend entre partis francophones et néerlandophones sur les frontières électorales entourant la capitale, Bruxelles.
Le roi a demandé à M. Leterme, 49 ans, de rester à son poste de façon intérimaire jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit formé.
Les élections nationales auront lieu le 13 juin. Il est cependant improbable qu'un nouveau gouvernement puisse être formé avant que le pays n'assume la présidence tournante de l'UE, qui débute le 1er juillet et doit durer 6 mois.





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