Guy Verhofstadt, dirigeant du groupe libéral au Parlement européen, a menacé que l'assemblée européenne bloque certaines dispositions de la nouvelle stratégie économique décennale de l'Union, si les Etats membres continuent leurs marchandages en coulisses.
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La stratégie "UE 2020"Parlement européen
La stratégie "UE 2020" présentée par Pervenche Bérès
Revue de presse
La nouvelle stratégie "Europe 2020" de l'UE pour la croissance verte et l'emploi est vouée à l’échec si elle reste basée sur l’approche intergouvernementale de l'agenda de Lisbonne, a mis en garde, jeudi 3 juin, le président du groupe ADLE au Parlement européen, Guy Verhofstadt.
Le dirigeant du groupe libéral a brandi cette menace lors d'une conférence organisée par le think tank European Policy Centre, à Bruxelles. Il a confirmé à EurActiv.com que le Parlement, qui prépare une déclaration commune de tous les groupes politiques pourrait bloquer un certain nombre de textes si le Conseil se contente de copier la gouvernance de l'ancienne stratégie.
Guy Verhofstadt entend défendre une approche communautaire pour mettre en œuvre la stratégie, ainsi que les politiques de l'UE dans un contexte plus large.
Bien que le Parlement européen n'ait pas de pouvoirs de décision sur la stratégie en tant que telle, il pourrait bloquer son financement ou certaines de ses sept initiatives phares, ont expliqué des sources de l'assemblée.
Le groupe Socialistes & Démocrates, le deuxième plus grand groupe de l'assemblée de l'UE, semble être en accord avec M. Verhofstadt, tandis que le groupe Verts/ALE ne le rejoint qu'en partie (lire les "Positions").
Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le leader libéral identifie un conflit profond entre ceux qui préconisent une approche intergouvernementale des affaires européennes, basée sur la diplomatie bilatérale entre les Etats souverains, et ceux qui prônent la méthode dite "communautaire", où les institutions supranationales de l'UE comme la Commission européenne et le Parlement européen occupent le devant de la scène.
Selon lui, seule la méthode communautaire peut apporter des solutions adaptées à l'actuelle crise économique, en créant une plus forte intégration européenne. « Si nous continuons comme cela, nous devrions reparler dans dix ans d'Europe 2030, mais nous devrions également assister à l'échec de la stratégie Europe 2020 si nous maintenons cette approche intergouvernementale infructueuse », a-t-il ajouté.
Le problème ne vient pas des objectifs
Selon le chef de file libéral, la stratégie de Lisbonne n'a pas échoué en raison du manque d'objectifs qui, selon lui, étaient nombreux - plus de 30 - mais plutôt parce que les Etats membres de l'UE n'ont pas arrêté d'en rajouter durant les rencontres.
L'une des leçons tirées de la précédente stratégie était de réduire ces objectifs à cinq, décision saluée par Guy Verhofstadt. « Mais les objectifs ne constituent pas le principal problème, que constitue la gouvernance de la stratégie. Une méthode de coordination ouverte, inventée en 2000 par ceux qui ne voulait pas d'une réelle union économique, ni d'une véritable stratégie en Europe », a estimé M. Verhofstadt, premier ministre belge à l'époque.
« D’expérience (de premier ministre), je sais que cela ne crée aucune pression. Si vous avez de mauvais résultats, alors vous passez un mauvais moment au Parlement, mais c'est tout. Je peux vous dire qu'un rapport négatif du FMI sur votre pays crée plus de pression. Même un rapport d'une organisation indépendante crée davantage de pression que tous les documents publiés dans le cadre de la stratégie de Lisbonne », a expliqué M. Verhofstadt.
Il a également critiqué la présidence espagnole pour avoir réduit ses ambitions sur Europe 2020. Reconnaissant « des propositions audacieuses au début de la présidence, en janvier », Guy Verhofstadt craint aujourd’hui que la stratégie Europe 2020 soit « plus ou moins une copie de la précédente ».
Guy Verhofstadt a estimé que cette stratégie devait marcher au bâton et à la carotte, et a blâmé les Etats membres, empêtrés dans leurs positions contradictoires, réclamant des « actions plus audacieuses » et des sanctions contre les pays qui ne respectent pas le Pacte de stabilité tout en considérant les réformes économiques ou la stratégie Europe 2020 du ressort des Etats membres.
POSITIONS
« Ce qu’a dit M. Verhofstadt jeudi correspond exactement à la première proposition mise en avant par l'eurodéputée socialiste française Pervenche Berès. C'est l'avis du groupe S&D, et nous sommes ravis que M. Verhofstadt soutienne son point de vue », a déclaré à EurActiv.com Tony Robinson, porte-parole du groupe Socialistes & Démocrates au Parlement européen.
« Nous pensons que le traité de Lisbonne doit être respecté, et que le Parlement doit être entièrement consulté », a-t-il ajouté.
« La méthode de gouvernance, en tant que clé de voûte de la stratégie et de son appropriation, doit être renforcée afin de faciliter sa mise en application. Les objectifs et critères devraient être maintenus en tant qu'outils de surveillance. Mais ils doivent être revus avec la perspective d'aujourd'hui, et avec un accord commun sur des objectifs ambitieux que nous devrons respecter », a affirmé l'eurodéputée française S&D Pervenche Berès dans un document présenté en janvier.
Le Belge Philippe Lamberts (Verts-ALE), a fait part d'un avis plus nuancé. Il partage la critique du grand manque d'ambition du projet Europe 2020, et le fait qu'il n'y ait ni contrainte ni garantie qui fasse qu'il soit mieux respecté que la stratégie de Lisbonne.
Le porte-parole a cependant déploré que M. Verhofstadt entre dans une « stratégie de chantage, ou, pour s'exprimer de façon plus diplomate, de compromis » avec le Conseil, une étape que le groupe Verts/ALE n'a pas franchi. Il a critiqué le manque de précision de changements voulus par le groupe libéral.
PROCHAINES ETAPES
17 juin : Sommet de l'UE pour adopter les objectifs nationaux de la stratégie « Europe 2020 ».
Contexte
En 2000, l’UE a lancé son ambitieuse "stratégie de Lisbonne" pour devenir "l'économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive au monde d'ici 2010".
Après cinq années de piètres résultats, les dirigeants européens ont relancé la stratégie en mars 2005, en se concentrant sur la croissance et l’emploi et en transférant plus de compétences à l’initiatives des Etats membres par des plans d’actions nationaux.






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