José Manuel Barroso prépare un calendrier pour une intégration européenne renforcée

  

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a annoncé qu'il proposerait une feuille de route et un calendrier pour plus d'intégration lors du prochain sommet des dirigeants européens les 28 et 29 juin prochains. Il n'a pas exclu une éventuelle modification du traité pour insuffler plus de fédéralisme dans l'Union.

M. Barroso a expliqué que la Commission envisagerait les prochaines étapes vers une « union économique complète » pour complémenter l'union monétaire qui vit ses moments les plus difficiles depuis l'introduction de l'euro en 1999.

Il s'est exprimé devant la presse hier (30 mai) lors de la présentation des recommandations de la Commission aux Etats membres en matière de discipline budgétaire et de croissance.

Le président de la Commission a ajouté que le rythme et l'ordre dans lequel seraient menées ces réformes devraient être déterminés par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union, mais que la Commission adopterait une approche ambitieuse. Il a toutefois reconnu que certaines décisions ne pourraient pas être prises immédiatement, dans la mesure où une nouvelle base juridique était parfois requise.

Union bancaire et dispositif unique de garantie des dépôts

Il a cité les emprunts obligataires pour le financement de projets dans le domaine de l'énergie, des transports et de l'économie numérique, le renforcement de la puissance de feu de la Banque européenne d'investissement (BEI) et une meilleure utilisation des fonds régionaux de l'UE.

Il a mentionné deux autres pièces maîtresses de l'approche qu'il préconise : une union bancaire avec une supervision financière intégrée et un système unique de garantie des dépôts pour s'assurer que les banques disposent de suffisamment de liquidités pour protéger les économies personnelles des contribuables.

Dans le contexte de la crise bancaire en Espagne, l'idée d'une union bancaire a fait son chemin ses derniers jours. Elle pourrait permettre de renflouer les banques en cas de besoin.

Concernant le système unique de garantie des dépôts, M. Barroso a expliqué que la Commission avait fait une proposition en ce sens il y a plusieurs années, mais qu'elle avait été rejetée à l'unanimité par les pays membres. Cette fois-ci, plusieurs pays seraient prêts à s'exprimer en faveur d'une telle initiative.

Il n'a pas fait mention des euro-obligations, toujours très controversées. Le président français, François Hollande, voudrait que les euro-obligations soient introduites rapidement, mais la chancelière allemande, Angela Merkel, ne serait prête à l'envisager qu'au terme d'un long processus qui aboutirait à la convergence budgétaire. L'union bancaire serait l'une des conditions que l'Allemagne réclamerait pour l'introduction des euro-obligations.

Lorsque les journalistes lui ont demandé s'il envisageait une modification des traités, comme à l'époque du traité de Lisbonne qui est entré en vigueur en décembre 2009, M. Barroso a répondu qu'il était important d'utiliser toutes les options possibles pour compléter l'union monétaire, y compris les instruments déjà disponibles.

« Nous pensons que nous devons nous tenir prêts à régler tout problème juridique à l'avenir », a-t-il déclaré. « Pour une confiance totale en l'avenir de la zone euro, il est crucial que les Etats membres acceptent de se diriger vers une intégration économique et financière renforcée. »

Il a ajouté que ce processus était aussi important pour regagner la confiance des investisseurs.

« Nous proposons d'élaborer une feuille de route avec un calendrier. La Commission défendra une réponse ambitieuse et structurée pour une perspective à plus long terme sur l'avenir de l'union économique et monétaire de l'UE. Nous soutenons que le rythme et le déroulement de ces évolutions devront être définis, notamment via l'élaboration d'une feuille de route et d'un calendrier. La confirmation rapide des prochaines étapes soulignera le caractère irréversible et la solidité de l'euro. » Il a ajouté que c'était ce qu'il prévoyait de proposer aux dirigeants européens lors de leur sommet du mois de juin.

L'euro n'a pas causé la crise

Quant au sentiment des Etats membres vis-à-vis d'une intégration européenne renforcée, M. Barroso a déclaré qu'il s'inquiétait quant à l'opinion du public à de nombreux égards, et pas seulement sur l'intégration européenne. Il a affirmé qu'il était normal qu'en temps de crise économique, la population ne soit pas vraiment en faveur de l'intégration.

« C'est la raison pour laquelle je demande à tous les dirigeants, y compris au niveau national, d'expliquer les raisons de nos difficultés et les meilleurs moyens d'y remédier. Je pense que les difficultés auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui ne sont pas dues à l'euro. C'est clair », a-t-il martelé.

Le fait que 17 pays européens partagent une monnaie unique implique certains défis, mais il faut tenter de les relever grâce à de nouveaux instruments, comme le Mécanisme européen de stabilité (MES), ou encore les recommandations sur la manière de renforcer la stabilité financière et de relancer la croissance.

Des réformes nécessaires

« Si nous nous en remettons uniquement aux gouvernements, nous ne disposerons pas d'un objectif et d'une analyse indépendante de ce qui se passe en Europe aujourd'hui. Si vous laissez ce problème aux mains des seuls Etats membres, je peux vous assurer qu'aucun changement significatif ne s'opérera. C'est la raison pour laquelle nous avons besoin de plus d'intégration. » 

« Je pense que nous ne pourrons relever ces défis qu'ensemble. Il faut du leadership, parfois du courage, pour expliquer quelles sont les alternatives possibles aux Etats membres. Et je pense que cela se fera, si pas par passion, par nécessité. »

Les idées fédéralistes véhiculées par M. Barroso plairont sans doute plus à l'Allemagne qu'à la France. Les nouveaux fonctionnaires français en visite à Bruxelles le 29 mai se sont montrés hésitants à l'idée de sauter le pas du fédéralisme que l'Allemagne et d'autres pays de l'Union réclament en échange d'une solidarité accrue dans la zone euro.

Réactions: 

 

Le groupe des Verts au Parlement européen s'est dit déçu que malgré la détérioration continue des fondamentaux de l'économie, la Commission ne propose pas un réel changement de direction pour enrayer la crise.

 

Le porte-parole des Verts pour les affaires économiques, l'eurodéputé Philippe Lamberts, a déclaré :

 

« Malgré le besoin criant d'un changement fondamental dans la manière de répondre aux affres de la crise, les propositions d'aujourd'hui montrent que la Commission ne prend pas réellement position. Elle reste trop prudente. Les trop nombreuses politiques exacerbent la crise ; ce dont nous avons besoin, c'est un tournant à 180 degrés et moins de tergiversations. »

 

« Au final, nous ne tirerons un trait sur la crise qu'en mutualisant les dettes souveraines et en introduisant des euro-obligations. Toutefois, pour apaiser les tensions causées par les crises financière et de la dette souveraine, d'autres mesures devront être prises en amont, comme la création d'une caisse d'amortissement, assortie d'Eurobills [bons du Trésor européens] et d'une licence bancaire pour le Mécanisme européen de stabilité. » 

Prochaines étapes: 

 

  • 31 mai 2012 : référendum en Irlande sur le traité budgétaire.
  • 17 Juin 2012 : élections législatives en Grèce.
  • 17 Juin 2012 : second tour des élections législatives en France.
  • 22 juin 2012 (à confirmer) : les dirigeants allemand, français, espagnol et italien se réuniront à Rome.
  • 28-29 juin 2012 : sommet officiel à Bruxelles pour discuter de la croissance.
  • 1er juillet 2012: date prévue pour l'entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité.
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