Michel Barnier : les citoyens s’inquiètent d’un projet européen sans limites

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EXCLUSIF / Michel Barnier, le commissaire européen en charge du marché intérieur, plaide en faveur d'un projet européen limité dans certains domaines. Il a expliqué dans un entretien exclusif à EurActiv France que l’Europe devrait s’aventurer dans les domaines de la défense et de la politique industrielle.

Michel Barnier soutient la limitation des compétences de la Commission européenne. Il partage l'avis de François Hollande : il faut définir des périmètres clairs.

« Le budget du pays, le contenu et la qualité des réformes restent de la responsabilité du gouvernement de la France et du Parlement », déclare le commissaire français, en ajoutant qu'il ne faut pas remettre en cause cette souveraineté.

La Commission et la France ont échangé des propos âpres en juin après la publication de recommandations normatives sur des réformes économiques. Paris a critiqué ouvertement ces recommandations et a déclaré que la Commission n'avait pas à dicter aux États membres ce qu'ils ont à faire.

M. Barnier soutient le rapatriement de domaines politiques au niveau national ou régional, s'ils sont plus efficaces. Comme le prévoit le principe de subsidiarité. Il veut que l'Europe puisse en faire davantage dans certains domaines et moins dans d'autres.

« Mais qu’est-ce qu’on peut faire de moins ici, à Bruxelles ? La subsidiarité est très importante. Beaucoup de citoyens s’inquiètent d’un projet européen qui n’a pas de limite, ni de frontière.  Il faut sans doute en fixer. »

« Mais nous ne sommes plus seuls », met-il en garde, en ajoutant que les pays de la zone euro assument des responsabilités particulières entre eux et sont liés par un règlement de « copropriété par rapport à l’euro ».

« Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? Je vais plaider pour une politique industrielle européenne. Il faut que les dirigeants européens retrouvent le courage et l’audace qu’on a eus avec la CECA [Communauté européenne du charbon et de l'acier]. Je vais plaider pour une CED [Communauté européenne de défense] qui ne sera pas la même que celle qu’on avait imaginé en 1954. Voilà des sujets sur lesquels les Européens, ensemble, doivent faire plus et mieux. »

Les discussions sur un renforcement de l'intégration budgétaire et économique parmi les 17 pays de la zone euro devraient se conclure lors d'un sommet européen les 19 et 20 décembre.  Au départ, Paris ne voulait pas modifier les traités de l'UE après les difficultés rencontrées dans la ratification d’un nouveau pacte de discipline budgétaire en 2012. Mais François Hollande a finalement adhéré à l'idée. Après avoir obtenu des concessions en faveur d'un renforcement de la « dimension sociale » de l'Union économique et monétaire dans le cadre de la prochaine phase d'intégration.

>> Lire : François Hollande veut modifier les traités pour approfondir la zone euro

De nombreuses idées ont été déjà été présentées. La Commission pourrait par exemple approuver les budgets nationaux et mettre en place un « ministère des finances » européen responsable de l’émission de la dette commune, les euro-obligations.

Le commissaire Barnier regrette toutefois que la population et les législateurs nationaux n’aient pas prêté attention à ces discussions.  Il laisse penser que la France va désigner un groupe de personnalités politiques en vue de préparer un rapport sur l'Europe et de débattre de ce thème sur la scène publique.

« Les Allemands ont généralement des idées plus précises que les nôtres sur l’avenir de l’Europe. En France c’est un sujet difficile, qui divise l’UMP et le PS. »

« Ce dont je rêverais, ce serait d’une sorte de convention nationale, de débat public national sur la vision européenne de la France. Les bonnes idées peuvent être partout : chez Monsieur Mélenchon, à l'UMP, chez les Verts, chez les centristes...  Il faut aussi écouter d'autres attitudes, comme celle que porte l'extrême droite. »

« Le débat public exige davantage de démocratie et d’écoute des gens. On ne peut pas faire l'Europe pour les gens et sans eux. »

Prochaines étapes: 
  • 22 septembre 2013 : élections fédérales en Allemagne
  • 24-25 octobre 2013 : sommet de l’UE sur la dimension sociale de la monnaie unique
  • 19-20 décembre 2013 : sommet de l’UE sur le renforcement de l’intégration budgétaire et économique dans la zone euro et sur la politique de défense
  • 25 mai 2014 : élections européennes en France
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