Herman Van Rompuy opposé à l’élection directe des hauts responsables de l’UE

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L’élection directe du président de la Commission européenne lors des élections européennes de 2014 engendrerait une déception prévisible, a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. L’élection directe de son propre successeur serait « encore plus absurde », a-t-il ajouté dans des commentaires susceptibles d’irriter les partisans d’un renforcement de la démocratie au sein des institutions européennes.

Le discours de M. Van Rompuy, prononcé lors d'une conférence publique à Bruxelles mercredi (28 novembre), va directement à l'encontre des groupes politiques principaux de l'UE, qui voudraient majoritairement « mettre un visage [sur un nom] » lors des prochaines élections européennes de mai 2014.

M. Van Rompuy a annoncé que la « forte légitimité » de l'élection directe d'un « candidat européen principal » lors des prochaines élections européennes pourrait être contre-productive.

Le président du Conseil européen s'est exprimé lors d'une conférence sur l'avenir de l'Union européenne organisée par le ministère belge des affaires étrangères, la fondation Bertelsmann et la fondation Roi Baudouin.

L’objectif de cette conférence était de discuter du rapport final du groupe sur l'avenir de l'Union au sein d'un cercle plus vaste comprenant des experts des affaires européennes, des eurodéputés et des représentants de la société civile.

Le groupe sur l'avenir de l'Union rassemble les ministres des affaires étrangères allemands, autrichiens, belges, danois, espagnols, français, italiens, luxembourgeois, néerlandais, polonais et portugais. [plus d'infos]

Selon la proposition des onze ministres, chaque parti politique nommerait un candidat principal pour les prochaines élections du Parlement européen, qui se présenterait également au poste de président de la Commission. Cette proposition constituerait une étape importante vers un renforcement de la légitimité démocratique. Cette idée est partagée par les trois plus grands groupes politiques (voir « Contexte »).

« Une forte légitimité »

M. Van Rompuy a toutefois indiqué qu'il avait déjà prévenu les ministres lors d'une réunion organisée en marge de la dernière assemblée générale des Nations unies en septembre.

« Je l'ai dit à New York : vous donnez à cet homme ou à cette femme une forte légitimité. Si vous maintenez le [même niveau] de compétence pour ce poste à haute responsabilité, vous engendrerez une déception prévisible », a-t-il déclaré à l'audience dont faisaient partie Guido Westerwelle (Allemagne) et Didier Reynders (Belgique).

Herman Van Rompuy a indiqué que tous ces efforts étaient voués à l'échec, sauf si la Commission elle-même reçoit plus de pouvoirs vis-à-vis des États membres.

« Si cela ne va pas de pair avec de grands pouvoirs pour la Commission, alors oubliez [cette idée] », a-t-il déclaré.

M. Van Rompuy a ajouté qu'il avait également entendu certains mentionner l'élection directe du président du Conseil européen, sa propre fonction.

« C'est encore plus absurde. Parce que vous créerez alors un personnage qui sera le réel concurrent du président de la Commission européenne, directement élu lui aussi. Il devra parvenir à des compromis avec les dirigeants. Et vous lui accorderez une légitimité encore plus grande que celle des membres du Conseil. Comment peut-il, en fin de compte, trouver un compromis ou un consensus ? »

Des changements institutionnels accessoires

Herman Van Rompuy a détendu l'atmosphère en faisant allusion à sa propre fonction, établie par le traité de Lisbonne.

« Dans l'Union, nous avons tendance à résoudre les problèmes en créant de nouvelles institutions, de nouvelles fonctions. Cela n'a porté ses fruits qu'une seule fois : lors de la création du président permanent du Conseil européen. Je ne vois pas d'autres bons exemples », a-t-il déclaré au milieu d’éclats de rire.

En novembre 2009, Herman Van Rompuy a été élu par les chefs d'État et de gouvernement comme président du Conseil, en grande partie grâce à sa capacité à rester discret et consensuel.

Le président du Conseil semblait également réticent à soutenir les demandes en faveur d'une autre modification du traité de Lisbonne.

« Nous devons être prudents lorsque nous parlons de modifications du traité », a-t-il indiqué, ajoutant que le cadre législatif actuel permettait déjà d'atteindre beaucoup d’objectifs. « Même avec nos ressources propres, nous pouvons atteindre beaucoup [de choses] dans le cadre des traités européens », a-t-il affirmé.

« Après 2014, nous devrons dire précisément ce que nous voulons modifier dans les traités et ne pas nous embarquer dans ce que j'appelle, quand je suis de mauvaise humeur, des changements institutionnels accessoires. »

« Préjugé culturel »

M. Van Rompuy a indiqué qu'il était préoccupé par les préjugés culturels au sein de l'Union et les différences psychologiques entre le Nord et le Sud. Il a toutefois ajouté qu'il avait découvert, lors du dernier sommet des 22 et 23 novembre, qu'il n'existait pas de groupe homogène ni de contributeurs nets ni de bénéficiaires nets.

« La moitié des contributeurs nets, non seulement en nombre, mais également en importance, ne demande pas de rabais. Et la plupart des bénéficiaires nets ne se plaignaient pas du niveau des coupes que j'ai proposées », a-t-il expliqué.

Il existait une « différence culturelle immense » même au sein des pays du Nord, a-t-il souligné. L’octroi éventuel d’une aide de l’UE à la Grèce suscite un vaste débat aux Pays-Bas, mais il est restreint en Belgique, a-t-il indiqué. De même, en France il n'y a pratiquement pas de débat sur la Grèce, alors qu'en Allemagne, la République hellénique est au cœur du débat politique.

« C'est donc beaucoup plus compliqué que Nord et Sud », a déclaré M. Van Rompuy.

Résoudre la quadrature du cercle du budget de l'UE

M. Van Rompuy s'est simplement montré optimiste quant à la conclusion d'un accord, le plus tôt possible, sur le budget de l'UE pour la période 2014-2020. Il a comparé l'ampleur de la tâche à l'adoption des budgets nationaux. Dans son pays, la Belgique, le budget pour 2013 a récemment été adopté après 18 heures de débats houleux.

« Alors que Jean-Luc et Didier n’étaient pas dans le même gouvernement, mais dans le même pays, nous avons [bouclé] des budgets avec cinq et six partenaires », a déclaré M. Van Rompuy, en parlant de Jean-Luc Dehaene, l'ancien premier ministre, et de Didier Reynders, l'ancien vice-premier ministre et ministre des finances, actuellement ministre des affaires étrangères, tous deux présents lors du débat.

« Imaginez cependant que vous êtes dans un pays avec 27 partis autour de la table et que vous devez adopter un budget en quelques heures. Cela frise la caricature de dire que vous pouvez réaliser cela en une seule fois », a déclaré M. Van Rompuy.

Il a poursuivi en déclarant que chacun de ces pays représentait une coalition gouvernementale. « Je ne sais donc pas combien de partis sont autour de la table. »

Le budget de l'UE doit en outre être approuvé par le Parlement européen et il est prévu pour sept ans, aucun pays ne dispose d'un tel budget.

« Si nous parvenons à conclure un accord en deux étapes, je considérerais cela comme une grande réussite. Je ne l'exclus pas. Comme l'a dit le président français, “ c'est jouable ” », a affirmé M. Van Rompuy.

27 égoïstes ?

Herman Van Rompuy s'est fortement opposé au stéréotype selon lequel les chefs d'État et de gouvernement des pays européens se comportaient comme des « vendeurs sur un marché turc », comme l'a déclaré récemment un homme politique.

« Il n'y a pas 27 égoïstes autour de la table. Bien sûr si vous êtes premier ministre ou président, vous devez défendre vos intérêts nationaux, c'est la raison pour laquelle vous êtes élu. En fin de compte, vous devez toutefois prendre en compte l'intérêt européen, parce qu'il s'agit également du vôtre [...]. Et nous ne le disons pas assez », a-t-il expliqué.

Il a également indiqué qu'il avait trouvé les chefs d'État et de gouvernement différents le premier jour du sommet, lors des « confessions » bilatérales, et le lendemain.

« La plupart des personnes présentes autour de la table vendredi à midi, étaient bien conscientes de l'intérêt européen. Il y aura toujours un mélange de ces deux genres d'approches », a-t-il ajouté.

Prochaines étapes: 
  • Mai ou juin 2014 : élections européennes

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