La Banque centrale européenne demande aux ministres européens des Finances d'envisager une modification du traité de Lisbonne afin de renforcer le pouvoir de sanction de la Commission vis-à-vis des pays qui ne respectent pas les objectifs de l'UE en matière de dette.
Documents officiels
Banque centrale européenne
Propositions sur la gouvernance économique de l'UE
Les pays mis en cause par la Commission devraient démontrer que la sanction envisagée est trop sévère. C'est du moins ce que propose la Banque centrale européenne au groupe de travail de haut niveau composé des ministres européens des Finances, et mené par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy.
En d'autres termes, les mesures punitives, comme la réduction de l'accès aux financements européens pour les contrevenants, seraient abandonnées si un pays pouvait convaincre une majorité d'Etats membres que la sanction est trop sévère, a expliqué une source européenne à EurActiv. La sanction serait au contraire maintenue s'il n'y a pas de vote à la majorité qualifiée contre elle.
L'adoption de cette proposition de la BCE constituerait un coup de force pour la Commission européenne, dès lors que la charge de la preuve incomberait aux pays visés par l'exécutif européen.
Modifier le traité
Reste un obstacle de taille: cette proposition exige une modification du traité de Lisbonne. "Nous saluons la proposition mais savons tous qu'elle nécessiterait de modifier le traité. Or c'est une question que les Etats membres devront discuter entre eux", a ajouté la source.
Depuis le début des discussions sur la coordination des politiques économiques, les débats sur la modification du traité ont été nombreux. L'idée a cependant reçu peu de soutiens de la part des Etats membres, le traité de Lisbonne ayant mis un an et demi à être ratifié.
L'UE pourrait éviter le bouleversement politique généré par une modification du traité si elle ajoutait des amendements aux sanctions économiques dans le futur accord d'adhésion de la Croatie, a indiqué la même source.
Inversion des rôles
Le groupe de travail de M. Van Rompuy travaille actuellement sur le renforcement de la gouvernance économique de l'UE et notamment sur une révision du pacte de stabilité et de croissance.
Le pacte limite le déficit public à 3 % du PIB et la dette nationale à un maximum de 60 % du PIB. Des paliers qui ont été sommairement négligés après le début de la crise financière.
Les Etats membres qui dépassent l'objectif de 3 % font en théorie l'objet d'une procédure. Mais en pratique, elle est rarement mise en place car son exécution exige l'approbation de la majorité des Etats membres. La proposition de la BCE cherche à retourner cette procédure en renversant la charge de la preuve.
Le 1er juillet, la Commission européenne a présenté ses propres propositions pour renforcer la gouvernance économique de l'UE. Ils comprennent un système détaillé de sanctions pour les Etats membres qui ne respectent pas les exigences de discipline budgétaire établies par le Pacte de stabilité et de croissance.
Selon ce document, les sanctions iraient au-delà des financements régionaux alloués à l'agriculture et à la pêche pour s'assurer que les pays comme la France, l'Espagne, l'Allemagne et le Royaume-Uni, les plus grands bénéficiaires dans ce domaine, sont traités de la même manière que les pays d'Europe centrale et de l'est, qui bénéficient de la majorité des fonds régionaux.
CALENDRIER:
28-29 octobre: Présentation des propositions du groupe de travail, présidé par Herman Van Rompuy, au Conseil européen
Contexte
Lors du sommet du 17 juin, les dirigeants de l'UE se sont mis d'accord pour une surveillance et une coordination plus étroites des budgets nationaux suite à la crise de la dette souveraine en Grèce. Toutefois, l'accord sur les sanctions pour les pays en difficulté ne sera pas finalisé avant qu'un groupe de travail, dirigé par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, ne rende son rapport au mois d'octobre.
Le groupe de travail de M. Van Rompuy étudiera si la suspension des fonds européens peut être envisagée pour punir les gouvernements errants. Jusqu'ici, la proposition franco-allemande de suspendre les droits de votes a reçu une réaction froide de la part des autres Etats membres.
Les diplomates sont de plus en plus inquiets quant à l'aspect pratique des sanctions, craignant que les pénalités financières n'exacerbent les problèmes économiques.
Selon les projets mis sur la table par la Commission, les pays européens pourraient revoir les ébauches de budgets annuels des autres Etats membres avant qu'ils ne soient adoptés au niveau national, durant une période appelée le "semestre européen".




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