Une séparation en plusieurs morceaux du pays qui abrite le siège des institutions européennes aurait des conséquences importantes au sein de l'UE.
Alors que la crise belge se prolonge depuis 2007, la fin du pays d’Albert II est devenu une hypothèse pour de nombreux analystes, mais aussi pour certains hommes politiques belges, qui n’hésitent pas à l’évoquer publiquement.
Depuis 2007, la Belgique a connu deux élections et trois gouvernements. Alors qu’en Flandre, le parti le plus populaire, la NVA, est ouvertement indépendantiste, c’est le parti socialiste belge francophone qui domine les scrutins en Wallonie et à Bruxelles.
Quelles conséquences européennes pourrait engendrer la partition de la Belgique en deux ou trois morceaux? Interrogée sur ce sujet au cours d’un débat organisé par l'association Europanova et Notre Europe, mardi 30 novembre, la secrétaire générale du think tank, Gaëtane Ricard Nihoul est assez pessimiste.
Cour de justice
La scission d’un Etat membre de l’Union européenne serait une première. Il faudrait tout d’abord renégocier les traités européens. Une occasion pour tous les pays européens d'avancer leurs propres revendications, ouvrant ainsi une boîte de Pandore.
La scission de la Belgique aurait aussi des conséquences sur le budget européen. De fait, la contribution belge à l’enveloppe financière de l’UE devrait être revue, pour être divisée en deux ou trois parties, pas forcément égales.
Au Parlement européen, le nombre de députés pourrait être revu. Même si l’hémicycle de Strasbourg compte actuellement 22 députés belges, divisés en trois collèges distincts (francophone, néerlandophone et germanophone), la réouverture de la représentation de la Belgique ne pourrait être exclue.
Et les exemples pourraient être multipliés : nomination des juges à la Cour de justice européenne, calcul des votes au Conseil des ministres,…
Contagion
«Dans tous les cas, les négociations seront difficiles, car les autres Etats membres n’auront rien à y gagner», juge Gaëtane Ricard-Nihoul. Elle estime également que «la notion de solidarité européenne serait mise à mal». «A travers la Belgique, le message qu’enverrait l’Union européenne serait très négatif : les régions riches n’ont pas envie de partager avec les régions pauvres.» L'un des arguments des indépendantistes flamands consiste à dire que la Wallonie est moins riche que la Flandre, et donc qu'elle provoque des dépenses inutiles à sa voisine.
Les deux ou trois Etats issus de la Belgique pourraient profiter de l’Union européenne, qui peut être conçue comme une caisse de raisonnance pour faire entendre la voix des petits pays.
Mais au-delà de la Belgique, la secrétaire générale de Notre Europe pointe le risque de «contagion» que pourrait engendrer la situation belge «Les régions qui ont des revendications autonomistes vont utiliser le cas belge», affirme-t-elle, en citant l’Ecosse, la Catalogne, l’Italie du Nord, «et peut-être la Corse».
Et pourtant, elle tourne !
Cette hypothèse de scission n'est pourtant encore, selon certains, qu'une pure fiction. La présidente (Ecolo) du Parlement wallon, Emily Hoyos, ne croit pas du tout en une partition de son pays. «Ce n’est pas un vrai scénario», affirme-t-elle. «Il ne faut pas confondre un parti flamand [l’indépendantiste NVA, NDLR] qui a depuis toujours une volonté claire et limpide, et toute la Flandre.» La jeune femme politique affirme par exemple que les associations patronales flamandes sont fermement opposées à la scission de la Belgique.
«C’est un Etat en perpétuelle évolution institutionnelle», relativise-t-elle. Elle juge que cette instabilité est en fait «le modus vivendi» des Belges. «On ne le vit pas comme une crise politique», poursuit-elle.
Mais au bout de près de 200 jours sans gouvernement, comment se fait-il que la Belgique continue à tourner? «Ce n’est pas notre première crise, répond Emily Hoyos. De ce fait, nous avons une vision extensive de ce que peut être un gouvernement qui gère les affaires courantes.»
Aussi le gouvernement, a priori transitoire, ne se limite-t-il pas aux actions urgentes. La députée wallone cite l’exemple d’un texte récemment adopté par les parlementaires belges sur le temps de travail des stagiaires étudiants en médecine. «Le gouvernement avance tant qu’il a une majorité au Parlement», explique-t-elle. Une méthode appliquée à la présidence belge de l’UE, qui s’achèvera le 31 décembre.






Réactions
Cem77 (non vérifié), le 04/12/2010
En tant que citoyen européen, je suis très inquiet pour la Belgique.
Tintin, ils sont devenus fous!
Cem - turkey.blogactiv.eu
Olivier RTD Lewis (non vérifié), le 06/12/2010
Voire: "Separatism and Sovereignty in the New Europe: Party Politics and the Meanings of Statehood in a Supranational Context" de Janet Laible.
jcd (non vérifié), le 06/12/2010
"Les deux ou trois Etats issus de la Belgique pourraient profiter de l’Union européenne, qui peut être conçue comme une caisse de raisonnance pour faire entendre la voix des petits pays."
Ah si la Belgique pouvait raisonner l'Europe, cela se saurait !
JCD
Bruxellois (non vérifié), le 06/12/2010
Article intéressant, mais toutefois incorrect : la Belgique est sans gouvernement, non pas depuis 500 jours, mais "seulement" 176 jours. Certes, ce n'est guère encourageant, mais la Belgique ne peut pour autant "éclater", pour tant de raisons qu'il me serait impossible de les résumer en si peu de temps, mais au premier rang desquelles le simple fait que les Belges ne veulent pas de cette solution devrait suffire.
Que les politiques sensés s'entendent, et que le temps des politiques politiciennes cesse. Les Belges méritent mieux que ça.
nicolas simon-pen name (non vérifié), le 06/12/2010
l'eclatement de la belgique sreait pour les raisons indiquées et sutout par un effet d'entrainement aux consequences parfaitement imprevisible pour l'avenir de ,union europeenne; onassisterait alors à la mie en mouvement do"syndrome de dislocation" avec la mis en place des"fractales" (diagnotic de thierry de mont brial apres lla chute de l urssleclatement de pays comme lentité sovétique , la yougoslavie et le nord caucase) salutations nicolas simon
JGGIRAUD (non vérifié), le 06/12/2010
BRUXELLES , DISTRICT FÉDÉRAL EUROPÉEN ?
Dans le cadre d'une réorganisation éventuelle du système fédéral belge , la transformation de la ville de Bruxelles (intra muros) en "district fédéral européen" a souvent été évoquée , parfois en référence à la création du District de Columbia en 1790 par le jeune Congrès des Etats-Unis .
Il serait intéressant de savoir si cette hypothèse pourrait contribuer à la recherche d'une solution raisonnable préservant l'unité et la diversité du peuple belge - qui reste probablement l'un des plus europhiles de l'UE .
Pour l'UE , la reconnaissance d'une véritable capitale serait également un facteur important de cohésion et d'unité .
JGGIRAUD
jcd (non vérifié), le 07/12/2010
Bruxelles, district européen ? On n'a pas demandé aux Bruxellois s'il étaient contents de l'extension des installations européennes et para-européennes à Bruxelles. Et on parle de leur imposer un district européen, c'est-à-dire d'être géré par une bureaucratie que tout le monde s'accorde à qualifier d'au moins distante, sinon méprisante et en tout cas non-élue par les Bruxellois.
Bref, l'exemple de Washington est intéressant : une ville gouvernementale riche et à côté une des ville les plus pauvres des Etats-Unis. Un beau programme pour Bruxelles.
Pourquoi ne pas installer la commission à Bonn ? Il y a de la place. :)
Bruxellois (non vérifié), le 07/12/2010
Cette idée est séduisante, il est vrai, pour l'ensemble des Européens... sauf pour les Bruxellois, qui, dans leur grande majorité (voir les analyse de La Libre à ce sujet), ne le souhaitent pas.
Tout simplement car, au-delà du quartier européen et de la belle agitation qui y règne, la majorité des Bruxellois ne se sent pas concernée (et c'est bien regrettable) par l'idée même de capitale européenne.
En tant qu'européen (et au-delà, fédéraliste) convaincu, le projet d'un Bruxelles DC à l'américaine me réjouit. En tant que bruxellois, je pense qu'elle n'a (malheureusement), que très peu de chances d'aboutir.
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