Admis comme la norme économique pendant des décennies, le manque de régulation des activités financières est désormais analysé comme la cause des crises qui s’enchaînent depuis 2008. Trois ans plus tard, le système n’est toujours pas réformé, mais des revendications inattendues émergent. « Arrêtez-nous avant que l’on ne commette l’irréparable ! » clament en substance des traders conscients des travers de leur métier.
Pablo Escobar
Les témoignages filmés recueillis par l’eurodéputé écologiste Pascal Canfin ont de quoi interpeller. « Beaucoup de gens sont sceptiques et continuent de croire que l’Etat ne doit pas en faire trop. Mais cette fois-ci, ce sont des professionnels de la finance qui le demandent, pas des gauchistes », argue l’élu.
Et ils n’y vont pas par quatre chemins. Tantôt la finance est comparée au dopage dans le cyclisme, tantôt au trafic de drogue. La réglementation étant en grande partie déterminée par l'industrie financière elle-même, « c’est un peu comme si Pablo Escobar avait fait la réglementation anti-drogue aux Etats-Unis», lâche un trader.
Dans le mur
Un point de vue décapant qui rééquilibre le rapport de forces actuel : « En tant que législateur, c’est important d’avoir des contacts directs avec des opérateurs de marché. Sinon, il n’y a que des lobbyistes qui nous livrent le discours officiel, alors que les gens de marché parlent en off », explique Pascal Canfin. Certains n’ont pas hésité à lui décrire la schizophrénie du système, qui conduit les opérateurs des salles de marché françaises ou allemandes à spéculer contre la dette souveraine d’Etats européens vulnérables (Grèce, Espagne…)
Le mot final adressé par l'un des traders résonne comme un avertissement cinglant : « Quand on vit dans une société qui rémunère plus la finance que sa santé ou son éducation, je pense qu’on n’est pas loin d’aller dans le mur ».




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