Le principe d'une aide à l'Irlande a été acté mardi 16 novembre par les ministres des Finances de la zone euro. Mais le bras de fer entre Dublin et ses partenaires européens se poursuit mercredi 17 au sujet du calendrier et de la portée d'un plan de soutien.

Ces deux questions devraient être au coeur de la mission conjointe de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international qui sera entamée dès jeudi 18 novembre. Le ministre irlandais des Finances Brian Lenihan a quant à lui répété que les banques irlandaises pouvaient avoir besoin d'une aide mais pas l'Etat.

"Il n'est pas question de faire supporter à l'Etat irlandais un fardeau non spécifié", a-t-il déclaré dans une interview à la télévision publique irlandaise RTE.

"C'est pourquoi le gouvernement a bien pris garde de ne pas faire de demande formelle à ce stade mais plutôt de débuter des discussions intensives pour voir exactement quelles sont les options (…) et ce qui doit être fait", a-t-il ajouté.

Cette interprétation restrictive risque toutefois de faire long feu dans la mesure où la BCE et les pays de la zone euro poussent Dublin à accepter une aide allant au-delà du soutien aux banques afin d'endiguer toute contagion au reste de la zone monétaire européenne.

"Il ne faut pas présenter cela comme un plan de soutien aux banques", a déclaré mardi 16 novembre Christine Lagarde, la ministre française de l'Economie. Et plusieurs diplomates de haut rang ont ensuite confirmé qu'il s'agirait d'un plan "beaucoup plus large que le seul secteur bancaire".

La Grande-Bretagne, qui ne participe pas au Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 440 milliards d'euros mais dont les banques sont fortement exposées à la dette irlandaise, se tient prête à y participer, a indiqué son ministre des Finances George Osborne.

Hausse de l'impôt sur les sociétés?

La résistance des autorités irlandaises s'explique par plusieurs facteurs liés au calendrier des prochaines semaines et, surtout, à leur crainte de devoir abandonner une partie de leur souveraineté budgétaire et fiscale.

Dublin redoute notamment que ses partenaires européens lui réclament une hausse de l'impôt sur les sociétés - de 12,5% actuellement et l'un des plus bas en Europe - qui est à la base du 'miracle irlandais' et que les Irlandais eux-mêmes sont prêts à défendre bec et ongles.

Le gouvernement de Brian Cowen souhaite donc présenter le soutien européen comme une aide strictement limitée au secteur bancaire ne remettant pas en cause la souveraineté du pays pour décider de sa politique fiscale et budgétaire.

Le Premier ministre irlandais a prévu de communiquer la semaine prochaine le détail du plan d'économies sur quatre ans qui doit permettre de résorber un déficit qui a bondi à 32% cette année sous le poids de l'aide au secteur bancaire, avant de présenter son budget pour 2011 le 7 décembre.

Il doit aussi affronter une élection législative partielle le 25 novembre qui, en cas de défaite, pourrait affaiblir encore sa position au Parlement.

Pression américaine

Si l'Etat irlandais est financé jusqu'à mi-2011 et n'a pas un besoin immédiat de recourir aux marchés financiers, la pression au sein et en dehors de la zone euro afin d'accepter cette aide sera cependant difficilement tenable pour Dublin.

Mardi soir, le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner s'est joint aux appels européens et a dit espérer que les choses aillent le plus vite possible.

"Il faut faire en sorte de bouger très, très vite et d'avoir une combinaison de réformes politiques qui aident à résoudre les problèmes de fond avec un soutien financier temporaire pour aider les pays à traverser ces problèmes", a-t-il déclaré.

La crise irlandaise et la question de la dette en zone euro, en pesant sur la monnaie unique, ont provoqué une appréciation du dollar ces derniers jours. L'euro avait du mal à rebondir mercredi après avoir enfoncé la veille le seuil de 1,35 dollar.

Les marchés devraient exercer une forte pression au cours des prochains jours afin que cette aide à l'Irlande se matérialise.

Les obligations irlandaises sont restées à un haut niveau alors que les investisseurs attendaient une décision dès mardi sur un plan d'aide.

L'écart de rendement entre les obligations à dix ans irlandaises et le papier équivalent allemand, c'est-à-dire la différence des primes réclamées à l'Irlande et à l'Allemagne pour financer leurs dettes, s'est encore creusé, à 590 pdb.

"Il faut assumer que les marchés vont maintenir la pression sur la périphérie (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne) pour forcer l'Irlande à accepter un sauvetage", a expliqué un trader.