La directrice exécutive de l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), Catherine Geslain-Lanéelle, répond aux mises en cause du député européen Vert José Bové.

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Avis de l'Efsa sur le maïs OGM Bt11Commission européenne
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Revue de presse
Que répondez-vous aux accusations de José Bové, selon lesquelles Diana Banati, qui doit devenir la présidente du conseil d'administration de l'Efsa, doit démissionner car elle serait en conflit d'intérêts avec l'industrie?
Tout d’abord, il faut préciser que le président ou la présidente du conseil d’administration (CA) de l’Efsa ne sera élu que le 21 octobre, et que la composition de ce conseil a été renouvelée en juillet. Par ailleurs, il est important de rappeler que le conseil d’administration n’adopte pas lui-même les avis scientifiques. Il est là pour s’assurer que l’Efsa fonctionne correctement, et pour guider son travail. Les membres du CA ne sont pas désignés par l’Efsa, mais par le Conseil sur proposition de la Commission européenne après avis du Parlement européen.
Le conseil d’administration compte parmi ses membres des acteurs de la chaîne alimentaire. Ils ne sont pas là pour représenter des organisations, mais parce qu’ils connaissent cette chaîne alimentaire. Ils viennent soit du secteur public, soit du secteur privé.
Donc les liens entre l’industrie et les membres du conseil d’administration de l’Efsa sont davantage une force qu’une faiblesse?
Je ne dis pas cela. Je dis que le conseil d’administration est composé comme le législateur l’a voulu.
Mais une fois que l’on a dit ça, si l’on perçoit qu’il est important que le président du conseil d’administration n’ait aucun lien avec l’industrie, il faudra en tenir compte.
C’est-à-dire?
Ce n’est pas au directeur exécutif d’élire le conseil d’administration. Le conseil d’administration est là pour superviser mon travail et celui de l’Efsa. Je ne peux pas en dire plus que ça. J’en ai déjà dit beaucoup, je crois.
On a entendu que l’Efsa était aux mains des multinationales, comme certains ont pu le dire à propos de cette «affaire Banati»?
Il faut être sérieux. 460 personnes travaillent dans cette organisation. Ce sont des agents de service public. Ils sont soumis aux mêmes règles que les agents des institutions européennes. Tous ces agents travaillent pour produire des avis scientifiques qui contribuent à protéger la santé du consommateur.
Je ne me sens pas, comme les 460 agents qui travaillent dans cette organisation, sous la coupe de l’industrie.
Comment garantissez-vous que les scientifiques ne soient pas en situation de conflit d’intérêts?
La moitié des 1500 experts avec lesquels nous travaillons vient des agences nationales. L’autre moitié vient des universités, ou des organismes de recherche des Etats membres. Ces experts qui travaillent dans les universités sont engagés par ailleurs dans des projets nationaux ou européens de recherche de plus en plus financés par l’industrie. C’est même une exigence des programmes communautaires.
Dès sa création, l’Efsa a mis en place une politique qui vise à assurer que nos experts n’auront pas de conflit d’intérêts. Elle a été renforcée en 2007.
Concrètement, en quoi consiste votre procédure?
Chaque année, l’expert remplit une déclaration d’intérêts. Elle est publiée et évaluée par notre personnel.
De plus, avant chaque réunion, l’expert déclare ses intérêts spécifiques par rapport à l’ordre du jour. Notre personnel évalue ainsi chaque année plus de 5000 déclarations d’intérêt. Nous déterminons ainsi s’il peut contribuer à l’adoption d'un avis, ou simplement écouter, s’il est autorisé à rédiger des documents ou à présider un groupe de travail ou un panel.
Chaque jour, nous disons à des experts qu’ils ne peuvent pas participer à nos travaux sur tel ou tel sujet.
Par ailleurs, il faut se souvenir qu’un avis n’est pas rendu par un seul individu, mais par les 21 experts qui composent le panel.
Selon vos détracteurs, vous manquez d'indépendance, notamment parce que vous ne disposez pas de suffisamment de moyens financiers. Qu’en pensez-vous?
Nous sommes au moins d’accord sur un point avec nos détracteurs! Plus sérieusement, nous avons très clairement une charge de travail qui augmente. Quand je suis arrivée à l’Efsa, nous conduisions à peine 200 évaluations par an. Cette année, nous devrions en produire 800. Nous recevons de plus en plus de questions de la part de la Commission et des autres institutions européennes. Nous avons aussi un travail de plus en plus complexe: nous ne devons plus seulement évaluer les effets de produits sur la santé, mais aussi sur l’environnement.
Derrière les moyens, l’accusation consiste à dire que vous ne pouvez baser votre travail uniquement sur les données fournies par les industriels, et que vous n’avez pas les moyens de mener vos propres recherches…
Notre rôle n’est pas de faire de la recherche mais d’évaluer les risques!
Nous utilisons notre expertise scientifique pour la mettre à disposition de ceux qui prennent des décisions pour protéger la santé. L’industriel produit ses données en suivant des lignes directrices précises. Après, notre rôle consiste à évaluer si l’étude est bien faite, ou s’il y manque des données. 9% des dossiers concernant des OGM ont, par exemple, été retirés après que nous ayons pointé une faiblesse dans l’évaluation scientifique. L’Efsa ne bénit pas toutes les données qui lui sont soumises.





Réactions
jcd (non vérifié), le 11/10/2010
si je comprends bien : "Ces experts qui travaillent dans les universités sont engagés par ailleurs dans des projets nationaux ou européens de recherche de plus en plus financés par l’industrie. C’est même une exigence des programmes communautaires." En quelque sorte l'UE exige que les experts travaillent pour l'industrie et puis leur demande de ne pas avoir de conflits d'intérêts. On se f... de qui ?
Anonyme (non vérifié), le 14/10/2010
je suis tout à fait d'accord avec vous ! c'est l'art et la manière de se f.. du monde !
Toupidek (non vérifié), le 25/10/2010
C'est vrai, ça, l'industrie, c'est sale et ça salit tout ce qui s'en approche.
Supprimons donc l'industrie....
...
Peut-on suggérer que la connaissance (effective, parce qu'il faut fabriquer un produit réel et qui se vende) des procédés et des technologies qu'on est, a priori, susceptible de trouver dans le monde de l'industrie, peut être aussi utile à la recherche ou, en tous cas, au moins à la recherche appliquée, et que, dans cette hypothèse, le problème des rapports entre la recherche et l'industrie est bien plus une question de contrôle et de transparence que d'isolement impératif et absolu.
Je reste toujours songeur face à la capacité de déni de la réalité exprimée dans maints commentaires, ici ou sur d'autres sites : une telle posture ne fait, finalement, que rendre impossible le contrôle effectif des pressions - qui existent, bien évidemment - sur les équipes de recherche.
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