Silvio Berlusconi a fini par démissionner. Il cède la place à l'ancien commissaire européen Marion Monti. Antithèse du "Cavaliere", cet économiste surnommé le "Cardinal", président de l'université Bocconi à Milan, a été chargé, dimanche 13 novembre, par le président de la République italienne Giorgio Napolitano, de former un nouveau gouvernement. 

Lors d'une brève allocution prononcée quelques minutes après l'annonce de sa nomination, Mario Monti a promis de mener "avec un sens de l'urgence mais avec soin" des consultations en vue d'établir la composition de son gouvernement. 

Il devrait nommer une douzaine de ministres dans les jours qui viennent, indique une source politique citée par Reuters. 

Le nouveau gouvernement aura la lourde tâche de mettre de l'ordre dans les finances publiques afin de rassurer les financiers et les partenaires européens de Rome. Mais également de faire le ménage au sein de la vie politique du pays.

Maillon fort 

L'incertitude des dernières semaines a fortement pénalisé l'Italie sur les marchés obligataires, et Rome espère que l'arrivée de Mario Monti permettra de rassurer la planète financière. 

"Le pays doit devenir un maillon fort et non un maillon faible de l'Union européenne dont nous avons été parmi les fondateurs", a déclaré l'ancien commissaire européen à la Concurrence et au Marché intérieur.

L'objectif du nouveau gouvernement devra être "d'assainir la situation financière et de reprendre le chemin de la croissance dans un contexte d'attention accrue à la justice sociale", a-t-il ajouté, estimant que l'Italie pouvait "surmonter ses difficultés par un effort commun".

"Nous le devons à nos enfants", a déclaré l'économiste.

Nommé sénateur à vie, Mario Monti a rencontré samedi le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi ainsi que des responsables politiques italiens issus de divers partis. Il a eu un déjeuner de travail avec Berlusconi parti sous les huées de plusieurs milliers de Romains. Même si le Cavaliere n'a pas dit son dernier mot. 

Dans un message vidéo diffusé dimanche soir, il a assuré que les élus de son parti feraient leur devoir et soutiendraient un gouvernement technique, tout en défendant son bilan.

"Nous devons faire front face à une crise qui n'est pas née en Italie", a déclaré le président du Conseil sortant, estimant que l'euro ne bénéficiait pas du soutien dont jouissent d'autres monnaies.

Mario Monti a reçu le soutien des principales formations d'opposition ainsi que celui du parti de centre droit de Berlusconi, le Peuple de la liberté (PDL), soumis toutefois à conditions et arraché après l'opposition initiale de plusieurs factions internes.

Soutien politique limité

"Le parti soutiendra un gouvernement Monti, a précisé le député PDL Mario Baccini, tant qu'il s'en tiendra à l'application des réformes décidées par l'équipe sortante avec l'Union européenne.

Dimanche après-midi, le secrétaire général du PDL, Angelino Alfano, a cependant parlé d'une "énorme opposition" parmi les adhérents du parti à un gouvernement Monti, malgré l'offre conditionnelle de soutien faite par la direction. Il a toutefois lui aussi affirmé que le PDL soutiendrait Monti, à l'issue d'un entretien avec Giorgio Napolitano.

S'exprimant devant la presse à l'issue de la nomination de Mario Monti, le chef de l'Etat a appelé à un effort politique extraordinaire pour surmonter la crise traversée par le pays.

Elections en 2013

Les prochaines élections législatives en Italie sont prévues en 2013. Le gouvernement dispose donc théoriquement d'un an et demi pour mener ses réformes, mais devra s'assurer du soutien d'une majorité d'élus au parlement, faute de quoi il pourrait chuter avant cette échéance.

Mario Monti devra composer avec les réticences probables des partis de gauche face à la hausse annoncée de l'âge de la retraite ou l'assouplissement des conditions de licenciement, mais aussi avec l'hostilité potentielle de la droite.

La Ligue du Nord, ancienne alliée de la majorité sortante, a refusé d'apporter son soutien au prochain gouvernement. 

A Bruxelles, le président de la Commission et du Conseil européen ont "salué" l'arrivée au pouvoir du Cardinal. 

Les Bourses asiatiques, premiers marchés à réagir après la nomination de M. Monti dimanche soir, évoluaient en nette hausse lundi matin. L'euro se redressait, grâce à un espoir de début de solution en Italie.