Que pensez-vous des réactions du chef de l’Etat et plus largement de l’UMP sur la polémique entre l’UE et la France au sujet des Roms ?

Il est intéressant de voir comment le président de la République, Nicolas Sarkozy, a répondu au sujet du Luxembourg [le 15 septembre, Nicolas Sarkozy a suggéré à Viviane Reding d'accueillir des Roms au Luxembourg, son pays d'origine, NDLR]. D’après les traités, les commissaires représentent les institutions européennes et pas l’intérêt d’un Etat. Or, le président français a répondu à la commissaire à la Justice, Viviane Reding, comme s’il s’adressait à la femme politique luxembourgeoise.

Cette attitude de la France témoigne d’une conception strictement intergouvernementale de ce que doit être l’Europe. En d’autres termes, il ne faut surtout pas d’intervention de la part de la Commission et du Parlement.

Après le vote par le Parlement européen de la résolution contre les expulsions de Roms au sein de l’UE, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, avait fustigé le Parlement européen. Ceci montre bien que, selon le gouvernement, ces deux institutions supranationales sont vues comme des ennemies.

Cette crise fait penser à celle de la chaise vide en 1965. Le général de Gaulle fustigeait à l’époque les « technocrates apatrides » de Bruxelles. Selon cette vision, seuls les responsables gouvernementaux sont au fait des politiques publiques. C’est un peu le message actuel de l’UMP.

D’une certaine manière, il ne reste rien de l’héritage gaulliste à l’UMP, sauf le discours sur l’Europe. 

Le discours du gouvernement au sujet des Roms doit également être vue dans le contexte des élections présidentielles qui commencent à se préparer en France. 

Quelles peuvent être les conséquences de cette crise entre la Commission européenne et la France ?

La relation politique entre la France et la Commission n’est pas bonne, mais cette affaire avec Viviane Reding n’a pas déclenché cette mauvaise relation. Elle est tendue depuis pas mal de temps.

Les Français ont interprété la présidence française de l’UE au deuxième semestre 2008 comme un grand succès. Mais à Bruxelles, la vision n’est pas tout à fait la même. Certes le leadership français a été reconnu, mais la France a aussi été très critiquée pour être passée systématiquement en force sur les procédures.

La situation actuelle ne fait que confirmer la vision de l’Europe du président Sarkozy.

La question de la situation des Roms doit-elle être réglée au plan européen ?

Oui. La France aurait dû jouer un rôle pro-actif en Europe sur ce sujet. Or, elle a fait l’erreur de faire l’exact inverse. Le gouvernement a joué la carte de la souveraineté en indiquant qu’il voulait se protéger et que l’Europe était un empêcheur de tourner en rond.

Le Fonds social européen (FSE) permet déjà aux pays d'améliorer la situation des Roms. Que peut faire l'Europe en plus?

L'UE met à la disposition des pays d’Europe centrale des fonds destinés à soutenir les populations les plus délaissées. Elle pourrait s’assurer que cet argent va bien à ces programmes en exerçant par exemple une forme de « monitoring » des politiques publiques qu’elle finance.

Les axes de dépense du FSE ou du Feder pourraient également être orientés vers l’amélioration du sort des Roms, pour la prochaine période de programmation financière 2014-2020.

La Roumanie compte environ 1 850 000 Roms. Or, les hommes politiques du pays n’ont jamais vraiment fait de l’intégration des ces populations un axe prioritaire de leur politique. Pourtant, le pays reçoit 20 milliards d’euros par an au titre des fonds structurels.

Comment expliquer que le gouvernement roumain n'agisse pas plus envers les populations tziganes?

La mise en œuvre des politiques publiques quelles qu’elles soient ne peut fonctionner sans un soutien de la société civile. Or, le problème est qu’il y a une discrimination ordinaire des Roms en Roumanie. Si l’esprit de la société ne change pas, la situation des Roms ne pourra pas évoluer. Cette discrimination quotidienne existe ailleurs en Europe centrale. Et, dans le fond, c’est aussi un peu le cas en France.