De l’électricité pour les Britanniques grâce aux volcans islandais

  

 

Les volcans islandais pourraient bientôt fournir de l’électricité faible en carbone au Royaume-Uni dans le cadre d'un projet soutenu par le gouvernement et qui vise à installer des milliers de kilomètres de câbles à haute tension dans les fonds marins.

Le ministre britannique de l'énergie, Charles Hendry, devrait se rendre en Islande en mai prochain pour discuter de la connexion du Royaume-Uni à l'abondante énergie géothermique du pays. « Nous avons entamé des discussions actives avec le gouvernement islandais qui se montre très intéressé », a déclaré M. Hendry au Guardian. Pour atteindre l'Islande, située sur une faille de la croûte terrestre en plein coeur de l'océan, ce câble devra mesurer entre 1000 et 1500 km et sera donc le plus long au monde.

M. Hendry a déjà rencontré le directeur du réseau national islandais pour discuter de ce projet. Le réseau de câbles sous-marins prévu pour la décennie à venir et appelé « interconnexions » relierait le Royaume-Uni à un vaste réseau européen. Le premier ministre est favorable à l'installation de ce réseau qui combinerait les énergies éolienne et houlomotrice de l'Europe du Nord avec les projets d'énergie solaire comme Desertec en Europe méridionale et en Afrique du Nord. Il permettrait d'assurer un approvisionnement fiable en énergie propre dans le but d'atteindre les objectifs de lutte contre le changement climatique et de réduire la dépendance des pays vis-à-vis de l'importation de carburants fossiles.

Il existe actuellement deux interconnexions internationales vers la France et les Pays-Bas. Neuf autres sont soit en construction, soit planifiées officiellement, soit soumises à des études de faisabilité. La prochaine en date, prévue pour l'automne 2012, reliera l'Irlande et le pays de Galles afin de transporter l'énergie verte produite par les vents qui soufflent sur la côte atlantique irlandaise vers les foyers britanniques.

Le Royaume-Uni a toujours été indépendant d'un point de vue énergétique. Mais au vu de la diminution des ressources en pétrole et en gaz de la mer du Nord et de l'interdiction du charbon trop polluant, M. Hendry s'est montré honnête quant à l'avenir : « Nous dépendrons de l'importation d'énergie ». Les câbles représentent « un élément essentiel pour la sécurité énergétique et l'énergie faible en carbone », a-t-il expliqué.

Les objectifs contraignants du gouvernement en matière de réduction des émissions de carbone sont un autre moteur clé pour les nouvelles interconnexions qui, si elles sont toutes construites, pourraient satisfaire un tiers de la demande nationale moyenne en électricité. Les énergies renouvelables comme l'énergie éolienne en mer, qui est au coeur des plans gouvernementaux pour les énergies renouvelables, n'émettent pas de carbone, mais elles fonctionnent par intermittence, ce qui signifie que des centrales de secours au gaz ou un système de stockage de l'énergie seraient nécessaires. Une interconnexion de 900 km vers la Norvège, prévue pour 2019, pourrait permettre d'injecter de l'eau dans des lacs artificiels au-dessus des fjords grâce au surplus d'énergie éolienne. En cas de demande d'électricité, des vannes s'ouvriraient alors pour laisser l'eau circuler dans des turbines. Ce type de stockage et les interconnexions à haute tension en courant continu ne perdent que très peu d'énergie.

Un autre projet ambitieux pourrait relier l'Angleterre à l'île d'Aurigny, où les marées très fortes pourraient produire 4 GW d'électricité, puis à la France et sa station nucléaire de 1,6 GW en construction à Flamanville. Des accords commerciaux pour ce projet ont été signés en février.

Bien que les câbles puissent être installés très rapidement (à un rythme de 30 km par jour), ce projet n'en serait pas moins complexe pour les ingénieurs impliqués, dans la mesure où chaque kilomètre de câble contiendrait 800 tonnes de cuivre. Les deux points qui prendront le plus de temps sont la signature d'accords internationaux et la préparation de stations et de pylônes pour gérer et distribuer de larges volumes d'électricité. « C'est un peu comme construire une grande centrale nucléaire sur les terres », a déclaré M. Hendry.

Il a ensuite expliqué qu'à terme, établir un réseau de câbles à haute tension pour mettre fin à l'isolation énergétique des îles britanniques permettrait de réduire la facture d'énergie des ménages en leur permettant d'accéder à de l'énergie moins coûteuse, et ce à n'importe quel moment.

Tony Glover, de l'organisme professionnel du secteur Energy Networks Association, a déclaré : « Pour les consommateur, la possibilité de bénéficier d'électricité en provenance du reste de l'Europe stimule la concurrence et aide généralement à conserver des prix concurrentiels. » D'un point de vue commercial, les interconnexions peuvent être construites grâce aux investissements des opérateurs qui pourraient utiliser une part de l'électricité transférée.

Outre l'argument des factures des consommateurs, M. Hendry a avancé que ces interconnexions permettraient de réduire les coûts de l'intermittence des énergies renouvelables. « Les interconnexions sont un moyen incroyablement efficace de contrer l'argument selon lequel chaque gigawatt de vent nécessite un gigawatt de gaz pour pallier l'intermittence. Il est aujourd'hui clair que ce n'est pas nécessaire », a-t-il déclaré.

Les interconnexions requièrent des investissements importants. Ouverte en 2011, l'interconnexion entre la Grande-Bretagne et les Pays-Bas est la première liaison internationale établie en 25 ans et a coûté 500 millions de livres (605 millions d'euros). Doug Parr de Greenpeace a déclaré : « Les interconnexions représentent la façon la moins coûteuse de pallier les lacunes de l'éolien car elles permettent d'éviter les coûts de construction des centrales électriques. Nous achèterons, bien sûr, de l'électricité lorsqu'il n'y aura pas de vent, mais grâce aux interconnexions, nous pourrons vendre notre surplus d'éolien, et nous sommes les mieux situés en Europe en termes de vent. »

Simon Less, du groupe de réflexion Policy Exchange, a toutefois appelé à la prudence quant au fait de compter sur les interconnexions en cas d'urgence : « Les nouvelles interconnexions majeures dans le nord-est de l'Europe ne compenseront pas forcément les centrales d'urgences nécessaires, dans la mesure où les conditions météorologiques et la haute pression hivernales peuvent étendre ces conditions de vent faible à toute l'Europe. »

Les centrales norvégiennes de stockage d'électricité à hydropompe pourraient pallier cette crainte, mais la concurrence est rude pour l'accès à cette ressource. L'Allemagne a également entamé des négociations sur la construction d'une interconnexion. « Nous pensons que nous serons les premiers », a déclaré M. Hendry.

Prochaines étapes: 
  • Mai 2012 : le ministre britannique de l'énergie devrait se rendre en Islande pour discuter de l'aspect géothermique du projet.
  • Automne 2011 : ouverture de l'interconnexion entre l'Irlande et le pays de Galles.
  • 2019 : l'interconnexion entre le Royaume-Uni et la Norvège devrait être ouverte
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