Première étude sur l'influence positive du cyclisme sur le climat

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Si tous les Européens utilisaient autant leur vélo que les Danois, l'UE pourrait atteindre un quart de son objectif 2050 pour une réduction de 60 % de ses émissions de dioxyde de carbone dans le secteur des transports. C'est ce que révèle la première étude portant sur le potentiel d'atténuation du cyclisme sur les émissions de CO2.

Ce chiffre pourrait grimper à 50 % de l'objectif de l'UE si les Européens parcouraient 5 km par jour en vélo selon Benoit Blondel, l'auteur du rapport de la Fédération cycliste européenne (EFC).

« Le potentiel du cyclisme est énorme s'agissant d'atteindre ces objectifs, et ce avec si peu d'effort », a-t-il déclaré. « Encourager les gens à faire du vélo coûtera beaucoup moins cher que d'introduire plus de voitures électriques. »

Les émissions associées au cycle de vie issues du cyclisme sont dix fois moindres que celles émises par les véhicules particuliers, même en tenant compte de la consommation alimentaire des cyclistes, peut-on lire dans le rapport.

Ces derniers consomment plus de calories que les automobilistes, et les libèrent sous forme de carburant, en raison de l'énergie nécessaire pour faire avancer leurs véhicules.

Le rapport a examiné tous les aspects du processus de production alimentaire (les machines agricoles, l'irrigation, l'utilisation de pesticides et d'engrais, ainsi que l'intensité en CO2 des différents aliments) et a estimé cette émission de carburant à 21 grammes de CO2 par kilomètre parcouru.

Les chercheurs ont choisi le Danemark, « mais les Néerlandais seraient fâchés si nous disions que les Danois sont les meilleurs cyclistes d'Europe », a déclaré l'un des auteurs du rapport, Chloe Mispelon.

Copenhague s'est fixé un objectif de 50 % de trajets à bicyclette d'ici 2020. Même si les Danois parcourent plus de kilomètres par an, ce sont les Pays-Bas qui enregistrent le meilleur score en matière de trajets à vélo par personne, ce qui contribue à l'objectif climatique de l'Europe, a-t-elle ajouté.

Les objectifs de l'UE

Les objectifs de l'UE pour les transports s'inscrivent dans une stratégie globale visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95 % d'ici 2050, par rapport aux niveaux de 1990.

Selon les scientifiques, cet objectif représente le minimum nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, le niveau au-delà duquel les conséquences pourraient être désastreuses.

Mais entre 1990 et 2007, les émissions de gaz à effet de serre des transports dans l'UE ont en réalité augmenté de 36 %, alors qu'elles chutaient de 15 % dans d'autres secteurs.

Selon l'ECF, ces mauvais résultats découlent en partie du fait que le cyclisme n'a pas vraiment été considéré comme un mode de transport.

« Entre 2007 et 2013, la Commission a alloué 600 millions d'euros aux infrastructures pour le cyclisme », a déclaré à EurActiv le porte-parole de l'ECF, Julian Ferguson. « Cela ne représente que 0,7 % des 82 milliards d'euros destinés aux transports. »

En comparaison, les infrastructures routières ont reçu quelque 47 % des fonds de l'UE pour les infrastructures de transport, qui peuvent servir à soutenir les investissements nationaux.

L’ECF appelle donc l'UE à allouer au cyclisme 10 % de ses fonds pour les transports, et à fixer un objectif de 15 % d'utilisation de vélos « par trajet » d'ici 2020.

« Nous agissons peu en matière de cyclisme pour réduire les émissions de CO2 », a confirmé à EurActiv un porte-parole de l'UE. « Il faut garder à l'esprit que l'argent du budget pour les transports est consacré à des aspects sur lesquels l'UE peut effectivement légiférer. »

Mais les écologistes soutiennent que malgré les accords de subsidiarité, l'UE pourrait décider d'introduire une loi sur les pistes cyclables et prendre en compte les « externalités » telles que la pollution, les embouteillages, les nuisances sonores et les accidents, pour élaborer une politique de taxe routière.

Les émissions liées au cycle de vie

Dans son rapport « Cycle more often to cool down the planet », l'ECF a quantifié des données publiées par l'Agence française de l'environnement ADEME et l'organisme néerlandais de recherche indépendant TNO, afin d'évaluer les cycles de vie des différentes formes de transport en trois étapes :

  • Une phase de production, qui comprend l'énergie et l'équipement nécessaires à la fabrication des véhicules.
  • Une phase d'opération comprenant la production et l'utilisation de carburant.
  • Une phase de maintenance comprenant toutes les activités nécessaires au maintien de la sécurité du véhicule.

Les infrastructures et la destruction n'ont pas été pas incluses dans cette méthodologie, en partie en raison du manque de statistiques disponibles. Si elles avaient été prises en compte, le niveau d'émissions du cyclisme aurait été encore plus bas.

Le cyclisme n'est toutefois pas une option « sans émissions », à cause de l'extraction et du traitement de matières premières telles que l'aluminium, l'acier et le caoutchouc nécessaires à la fabrication de bicyclettes.

Malgré leurs besoins en électricité, les vélos électriques atteignent le même niveau d'émissions que les vélos ordinaires, dans la mesure où ils permettent des trajets quotidiens 56 % plus longs et peuvent remplacer les voitures dans 39 % des cas.

Le cyclisme a également des retombées positives dans les domaines des transports publics, de la santé, de la planification, ainsi qu'en termes de gain de temps, de coûts, de sécurité dans les rues, de trafic routier, de pollution de l'air, de pollution sonore et de sécurité énergétique, selon ce rapport.

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