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Une étape supplémentaire a été franchie dans le projet de mise en place d’une ligne très haute tension (THT) entre la France et l’Espagne.  

Ce dossier, déclaré prioritaire par la Commission européenne en 1994, stagne depuis des années. Cette réalisation est cependant particulièrement urgente pour l’Espagne, qui reçoit moins de 3% de son électricité via le territoire français et pourrait connaître d’importants problèmes d’insuffisance énergétique. Le Portugal est également concerné.

Une déclaration conjointe signée par les chefs d’Etat espagnol et français, réunis à Paris jeudi 10 janvier, à l’occasion du XXème Sommet franco-espagnol, fait état de plusieurs décisions concernant le serpent de mer de la liaison électrique entre les deux pays :

  • Un compromis satisfaisant sur les plans économique et environnemental devrait voir le jour d’ici fin le 30 juin 2008.
  • A cette fin, une entreprise conjointe, créée à parts égales entre RTE (Réseau de transport électricité) et REE (Red Electrica de Espana), les sociétés gestionnaires du réseau public de transport d’électricité dans les deux pays, devrait voir le jour. Elle aura pour mission de réaliser les études techniques, environnementales et financières préalables et financera les coûts liés à la réalisation de la liaison électrique.
  • Enfin, un groupe intergouvernemental composé de représentants des différents services intéressés dans les deux Etats membres sera créé prochainement pour, notamment:

  • Assurer le suivi des études techniques
  • Apporter aux acteurs locaux des réponses par rapport aux attentes exprimées
  • Trouver d’ici fin juin 2008 un compromis satisfaisant sur les plans économique et environnemental

Ces décisions ont été prises à la suite des recommandations formulées par le coordinateur européen du projet d’interconnexion entre la France et l’Espagne, Mario Monti, dont le rapport remis à la Commission européenne en décembre dernier a été rendu public hier. (Lire EurActiv 6/12/07)

Si ce dernier a salué, lors d’une conférence de presse, « le dynamisme et la détermination du président français et du premier ministre espagnol dans ce dossier », plusieurs questions de taille restent malgré tout en suspens à la suite du Sommet franco-espagnol.

Quel tracé?

Tout d’abord le tracé de la ligne. Si le gouvernement espagnol semble avoir signifié que le tracé de la ligne très haute tension suivrait le corridor par lequel passent le TGV et l’autoroute, « il n’y a pas d’hypothèse officielle », selon Mario Monti, qui a précisé qu’il souhaitait travailler à un projet d’ensemble en concertation avec toutes les personnes concernées. Allusion aux groupes écologistes et de riverains, fermement opposés à la construction de nouvelles lignes THT, celles-ci présentant, selon eux, des risques sanitaires et environnementaux.

« Les risques pour le paysage et la densité de population seront pris en compte pour déterminer le tracé », a indiqué Mario Monti, avant d’ajouter : « A ce niveau d’analyse, on ne peut pas du tout exclure qu’une partie de la ligne sera enfouie à des conditions économiques et environnementales acceptables ».

Un budget exceptionnel

Fait exceptionnel pour ce type de ligne THT, une partie pourrait donc être construite sous la terre, comme l’a confirmé Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse. Or si le kilomètre de ligne en plein air est évalué à 600 000 euros, son enfouissement coûterait entre 10 et 12 fois plus cher, selon des chiffres communiqués par le quotidien Les Echos, jeudi 12 janvier.

RTE et REE devraient partager les surcoûts à 50-50. Reste à savoir si ces deux sociétés pourront financer ce projet colossal sans subvention des deux Etats. « Cette question sera réglée par l’étude que nous allons mener », a déclaré Mario Monti.

Les élections municipales en France et législatives en Espagne, qui ont lieu dans les deux pays au mois de mars, « m’obligeront à faire un slalom supplémentaire dans cette mission déjà complexe », a indiqué Mario Monti. « Mais je trouverais positif que la Présidence française de l’Union européenne, qui commencera le lendemain de la publication d’un compromis [1er juillet 2008], puisse compter cette réalisation à son bilan ».