Selon la présidence espagnole de l’UE, la simplification des fonds communautaires pourrait être un moyen de lutter contre la crise économique européenne.
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Régions 2020
Les ministres de l'UE en charge de la politique régionale, réunis vendredi 19 février à Saragosse avec des experts de haut rang, ont mis l'accent sur la nécessité de simplifier le contrôle et la gestion des fonds régionaux afin d'accélérer l'achèvement des projets.
Selon de nombreux ministres, supprimer les couches administratives beaucoup trop complexes impliquées dans la candidature et la mise en œuvre des fonds régionaux de l'UE pourrait constituer une arme supplémentaire dans la bataille visant à assurer la reprise économique de l'Union.
Carlos Ocaña, secrétaire d'Etat au trésor espagnol, a également réitéré la conviction de l'Espagne selon laquelle les fonds régionaux de l'UE devraient être redistribués à toutes les régions, et pas seulement aux plus pauvres d'entre elles.
Johannes Hahn détaille son programme
La réunion a également été l’occasion pour le nouveau commissaire européen en charge de la Politique régionale, Johannes Hahn, de présenter les grandes lignes de son action future devant l’ensemble des ministres de l'UE.
Le commissaire autrichien, qui avait préalablement fait bonne impression lors de son audition devant le Parlement européen, a précisé la manière dont il entendait encadrer les débats sur la réforme de la politique régionale.
Par-dessus tout, Johannes Hahn a insisté sur le fait que la dimension régionale devait jouer un rôle central dans les propositions à venir de la Commission européenne pour sa stratégie UE 2020, censée guider l’élaboration de la politique économique et sociale de l'UE pour les dix ans à venir.
« La politique de cohésion doit se situer au cœur dans la stratégie de l'UE pour 2020. Nous devons prendre le train en marche », a-t-il dit aux ministres, avant de se déclarer « prêt à étudier [avec les ministres] un système qui apporterait davantage de flexibilité aux pays et aux régions pour définir précisément le policy mix » et atteindre les priorités stratégiques définies par l’UE.
La nouvelle présidente du Comité des Régions (CdR), Mercedes Bresso, élue le 10 février 2010 pour succéder à Luc Van den Brande, a répondu que « faire de la politique européenne régionale un simple outil pour mettre en œuvre UE 2020 serait une erreur ».
Selon elle, si la politique de cohésion peut effectivement apporter sa contribution dans le cadre de la nouvelle stratégie, « les fonds existants et les programmes de coopération ne pourraient pas devenir des véhicules pour mettre en œuvre les objectifs fixés au niveau central », à Bruxelles.
Un citadin?
Dans son discours, Johannes Hahn semble donner plus spécifiquement la priorité aux besoins des villes. « Une politique urbaine cohérente est primordiale pour une Europe riche et en bonne santé, étant donné que 80 % de nos populations vivent dans les villes », a-t-il souligné.
L'ancien maire de Vienne a mis l'accent sur les mécanismes de financement existants, tels que le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE), qui ont joué selon lui un rôle clé dans l’accroissement global du pouvoir des villes.
POSITIONS:
« Nous sommes ravis d'entendre que la ferme conviction du commissaire Hahn est que la politique de cohésion doit soutenir la stratégie UE 2020 », a confié Claudio Martini, président de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), interrogé par EurActiv.com.
« Nous sommes particulièrement satisfaits d'entendre qu'il souhaite utiliser une approche macro régionale, dont le développement est fortement conseillé par nos membres, car il peut s'agir d'un outil de coordination puissant et efficace », a-t-il affirmé.
« Nous attirons l'attention sur le fait que la cohésion territoriale ne doit pas être restreinte aux zones urbaines », a-t-il néanmoins souligné. « Bien que la cohésion dans les zones urbaines défavorisées soit incontestablement de la plus haute importance, la cohésion territoriale – c’est-à-dire la solidarité entre les territoires à différentes échelles – doit être comprise plus largement. Les zones rurales, ou les territoires ayant des contraintes particulières, doivent aussi être pris en compte », a-t-il conclu.
« Nous saluons la déclaration du commissaire Hahn selon laquelle les fonds devraient être disponibles pour toutes les régions », a déclaré quant à lui un représentant de l'Assemblée des Régions d'Europe (ARE) à EurActiv.com. « La politique de cohésion européenne est là pour tous les Européens et devrait aider toutes les régions à utiliser le meilleur de leur potentiel et à surmonter leurs faiblesses. L'ARE pense aussi que la politique de cohésion devrait être étroitement liée à la stratégie UE 2020 et recommande que des instruments financiers plus poussés, au-delà de la politique de cohésion, soient dédiés à cette future stratégie ».
Selon Mercedes Bresso, présidente du Comité des Régions (CdR), le fait que les acteurs locaux et régionaux aient été mis sur la touche a été l'une des principales raisons pour laquelle l'Union a échoué à atteindre les objectifs de la stratégie de Lisbonne. « La stratégie de Lisbonne était très décevante et l'une des raisons manifestes était le manque d'implication des acteurs institutionnels, économiques et sociaux sur le terrain. Ce message n'a pas été entendu, à tel point que la stratégie UE 2020 considère à peine notre rôle en tant que partenaires. En réalité, nous sommes plus que des partenaires, nous sommes la base de cette stratégie », a-t-elle rappelé.
Sur la question de la simplification des procédures dans le but de combattre l'actuelle crise économique, Mercedes Bresso a rappelé l’engagement de longue date du CdR dans la réduction de la bureaucratie. « Dans ce contexte, et en temps de crise, je souhaiterais souligner qu'il ne s'agit pas juste d'une question pour les administrations et les auditeurs, mais c'est aussi une question de survie pour certaines régions, pour les entreprises qui doivent subir des mesures de restructuration et pour les citoyens qui travaillent et vivent dans ces régions ».
« La stratégie UE 2020 telle qu'elle a été présentée par la Commission européenne nous mettrait sur de mauvais rails », a soutenu pour sa part Michael Häupl, président du Conseil des Communes et des Régions d'Europe (CCRE).
« Le texte de la Commission se préoccupe trop de la croissance, des aspects quantitatifs, de productivité et de profit. Alors que c’est justement un excès de confiance, fondé sur ces trois éléments, qui nous ont plongés dans la crise. Nous devons les reconsidérer : remplacer la croissance par le développement, et le quantitatif par le qualitatif. La nouvelle stratégie devrait se concentrer sur la réalité sociale et les caractéristiques territoriales spécifiques dans l'UE plutôt que sur la seule économie. Nous devrions préconiser des changements ambitieux de nos modes de vie et de productions, pas seulement rendre les modes et moyens plus verts », a-t-il poursuivi.
Michael Häupl a conclu que la solution devrait être trouvée dans une stratégie UE 2020 fondée sur les besoins locaux, le territoire. « Cependant, le document de consultation de la Commission oublie totalement de mentionner les autorités locales, le niveau le plus proche des citoyens et par lequel les politiques sont mises en œuvre sur le terrain. De la même manière, le texte ne mentionne pas le développement territorial ou la politique de cohésion », a-t-il déploré.
Contexte
Une révision de la politique actuelle est en cours depuis plusieurs années. L’accord charnière de 2007 entre le Conseil et le Parlement européen propose de centrer la politique de cohésion sur la convergence, la compétitivité et l'emploi, ainsi que sur la coopération territoriale.
Un rapport indépendant commandé par la Commission européenne en mai 2009 encourage une réforme plus profonde.
Les régions, parties prenantes de la nouvelle stratégie, placent beaucoup d'espoir dans la capacité de la présidence espagnole du Conseil de l'UE - qui préside de janvier à juin 2010 - à redonner de la vigueur au débat.




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