« Je salue l’amitié franco-irlandaise ». C’est par cette touche d’ironie que le secrétaire d’Etat aux Affaires européenne a entamé son discours sur la Présidence française de l’UE devant les élus du Conseil régional d’Ile de France, jeudi 26 juin. Et pour cause, les représentants du Front national et du Mouvement radical et citoyen (MRC) avaient, à l’occasion de la venue du ministre, orné leurs bureaux de drapeaux irlandais. Référence au rejet du traité de Lisbonne par ce pays deux semaines plus tôt.

A quoi servez-vous M. Jouyet?

Contre toute attente, c’est en effet l’avenir de l’Europe qui a été au cœur des débats dans l’hémicycle de la région. Et non pas celui des services publics locaux ou de la politique de cohésion. Que ce soit du côté du Front national « L’Europe se construit contre la volonté des peuples (…) à quoi servez-vous M. Jouyet ? », du Parti socialiste « l’Europe n’est pas suffisamment protectrice, que va devenir le traité de Lisbonne ? », ou encore du MRC « en choisissant l’Irlande nous choisissons une autre Europe », les réflexions sur les nouvelles perspectives de l’UE ont fusé.

Répondant à la question sur l’utilité de sa fonction, Jean-Pierre Jouyet a déclaré que son rôle consistait à expliquer la construction européenne, partout où il allait, allant même jusqu’à ironiser « s’il n’en restait qu’un…je serais celui-là ». Haussant le ton il a également déclaré qu’il ne voulait pas d’une « Europe irlandaise » à plus d’un titre, notamment en ce qui concerne les inégalités au sein de la population, le dumping fiscal, et l’alliance avec les néoconservateurs américains, qu’il accuse d’avoir payé la presse irlandaise pour faire campagne pour le non.

Développer la mobilité des jeunes actifs

Outre l’avenir de l’Europe, quelques sujets ont malgré tout émergé des discussions. Après avoir énoncé les priorités de la Présidence française de l’UE (immigration, PAC, défense européenne, paquet énergie-climat et Union pour la Méditerranée), Jean-Pierre Jouyet a insisté sur la volonté de la France de pousser des dossiers tels que la mobilité en Europe ou encore la politique européenne en matière de transports.

A l’occasion de sa Présidence, la France compte notamment aider au renforcerment des programmes Erasmus et Léonardo et favoriser la mobilité des « jeunes actifs européens ». Jean-Pierre Jouyet a également évoqué la création d’un Erasmus de l’apprentissage. Une mesure notamment plébiscitée par les représentants des entreprises françaises mais qui pose des problèmes juridiques en termes de contrats de travail dans l’UE, et dont le financement n’est pas encore défini.

Concernant les transports, le président du Conseil régional, Jean-Paul Huchon, a demandé au ministre de soutenir le plan de 7 milliards d’euros de l’Ile-de-France présenté la semaine prochaine au président de la Commission européenne. « Nous aurons besoin de votre soutien financier mais également de votre appui auprès des institutions européennes », a précisé Jean-Paul Huchon.

Sans répondre sur ce point, Jean-Pierre Jouyet a évoqué quelques dossiers à l’agenda de la PFUE dans ce domaine notamment la révision de la directive eurovignette, les nouvelles technologies pour les transports propres et le plan d’action sur la mobilité urbaine.

« Je suis également venir dire ici un certain nombre de vérité », a indiqué Jean-Pierre Jouyet en échos à une question de l’eurodéputé Bernard Lehideux (Groupe démocrate et centriste), sur l’avenir du budget de l’Union européenne après 2013. Les négociations sur ce sujet, liées au budget alloué à la réforme de la politique agricole commune, devraient être entamées en fin de Présidence française. « Au-delà de 2013, nous ne pourrons pas continuer à vivre avec un budget européen tel qu’il est. Si l’Europe veut être ambitieuse, elle doit trouver les moyens de son ambition », a affirmé Jouyet. Allusion à la possible mise en place d’un impôt européen sur lequel les Etats membres ne sont pas d’accord aujourd’hui.

A quand la régionalisation des fonds structurels?

Dernier point évoqué par différents groupes politiques, la fameuse régionalisation de la gestion des fonds structurels en France. Celle-ci est aujourd’hui de la compétence de l’Etat. Une expérimentation à lieu en Alsace, seule région française à gérer directement les fonds structurels européens alloués par la Commission. « Si une expérimentation fonctionne, je préfère qu’elle soit généralisée », a diplomatiquement répondu Jouyet à ce sujet.