Située dans un bâtiment historique à Carrick-on-Shannon, une petite ville de l’ouest de l’Irlande, la Leitrim Design House  est une destination touristique populaire, vitrine de la poterie, de l’art, des céramiques et de la photographie locales entre autres arts et artisanats.

Cependant, cette entreprise se considère comme étant plus qu’un simple magasin d’artisanat – elle s’est fixée l’objectif ambitieux de fournir des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux à l’ensemble de la communauté – en apportant une large gamme de programmes de formation et des opportunités de contact. Une manière de faire du développement durable. 

La Leitrim Design House est, selon ses propres mots, une organisation à but non lucratif qui s’est engagée à soutenir le développement et le succès des concepteurs/fabricants et des artistes travaillant dans le secteur créatif du Comté de Leitrim, l’un des moins peuplé d’Irlande.

Dès 1996, les stratégies de développement indiquaient que le riche entrepreneuriat culturel de la région avait le potentiel pour devenir un secteur dynamique et productif. 

Les autorités locales ont cependant réalisé que le développement de ce secteur demandait un cadre de soutien et d’orientation détaillé si l’on voulait parvenir à exploiter pleinement son potentiel. En conséquence, le Leitrim County Enterprise Board (LCEB) a développé une initiative stratégique en coopération avec des experts du secteur local des arts et de l’artisanat. Cela a conduit au développement d’un groupe de producteur, avec un portefeuille commun de travaux commercialisés de manière professionnelle dans le cadre de la marque Visual Leitrim. En septembre 2000, des membres du groupe ont créé la Leitrim Design House Ltd (LDH) afin de gérer et de mettre en œuvre leur programme de marketing et de mettre en place une nouvelle galerie/salle d’exposition pour les artisans et artistes locaux.

Aujourd’hui, la LDH se considère comme l’un des clusters d’artisanat, d’art et de conception les plus progressistes d’Irlande et fournit un exemple clair de la manière dont les talents des personnes locales peuvent être transformés en une entreprise viable.

Coopération transfrontalière

Dans un entretien à EurActiv.com, la gérante de la LDH Geraldine Gray a expliqué qu'elle avait embauché un responsable du développement artisanal via les fonds de cohésion, et que c’était ce qui permettait réellement de mener à bien la plupart des projets.

La LDH a reçu pour la première fois des fonds de cohésion grâce au fonds PEACE, un programme destiné à remplir l’objectif de politique régionale d’amélioration de la coopération territoriale.

Mme Gray a noté que le fonds était principalement tourné vers les travaux transfrontaliers, amenant la LDH a travailler à de maintes reprises avec les artisans d’Irlande du Nord, ce qui a permis de tisser des liens importants et de mettre en réseau les artisans des deux côtés de la frontière qui pouvaient apporter leurs produits dans les points de vente au Nord et vice-versa.

"De nombreux programmes de formation ont été conduits ces dernières années : ils ont été rendus possibles grâce aux fonds européens", a-t-elle noté. Avant d'ajouter qu’à travers des programmes de développement de nouveaux produits et de développement des activités économiques, la LDH multipliait la mise en commun des talents et des compétences de la région.

Le secteur créatif stimule la croissance économique

En effet, le développement du secteur créatif d’une région peut souvent mener à ce que d’autres secteurs croissent, selon Gerry Finn, directeur de la région Border Midlands and Western (BMW) irlandaise.

M. Finn a déclaré à EurActiv.com que le développement des domaines artistiques et créatifs en parallèle avec la promotion de l’industrie et de l’entreprenariat était l’une des clefs d’une croissance réelle et durable des régions européennes.

"Si vous voyagez dans le monde, a-t-il expliqué, les endroits où les arts sont solides sont souvent les endroits où les autres industries sont aussi florissantes. Un secteur créatif actif tend à conduire à un mode de pensée créatif, à davantage de conception et d’innovation, et à une plus grande conscience des questions relatives à la qualité de vie", a-t-il expliqué.

"Toutes ces choses sont importantes lorsque l’on essaie de créer une communauté moderne et vivante. D’un point de vue touristique et économique, si vous voulez un secteur des arts et de la culture florissant, d’autres secteurs ont tendance à suivre le mouvement", a-t-il ajouté.

Pour une politique régionale réformée centrée sur la durabilité

Mme Gray et M. Finn estiment que les fonds de cohésion ont joué un rôle positif dans leur région. Mais ils croient aussi que des changements sont nécessaires si la politique régionale de l’UE veut atteindre son plein potentiel. M. Finn, qui a étudié en détail les réformes recommandées par le rapport Barca et le projet de document relatif à la stratégie de l’UE pour 2020, affirme qu’il devrait y avoir une simplification de la manière dont l’UE gère ses financements.

"La gestion et la mise en œuvre des procédures est très complexe, ce qui peut à l’occasion mener à des taux d’erreurs élevés", a-t-il expliqué, ajoutant que c’était quelque chose qui avait été mis en avant par la Cour des Comptes de l’UE à de nombreuses reprises.

Geraldine Gray, pense d’autre part, que l’UE doit prioriser les projets durables, ce qui n’est pas actuellement le cas si l’on en croit son expérience. "Je pense que ce qui arrive souvent, c’est que les projets ont une durée de vie limitée – lorsque les fonds s’arrêtent, le projet stoppe", a-t-elle expliqué.

La gestionnaire de la LDH estime que trop de projets sont montés uniquement parce que l’argent de l’UE est disponible, alors que dans son cas, l’argent a été utilisé pour développer le potentiel intrinsèque de son projet, sans toutefois perdre de vue l’idée première d’être encore présent lorsque les fonds ne seront plus distribués. "Je pense que nous sommes originaux de ce point de vue", a-t-elle expliqué.

"Le financement nous aide sans aucun doute mais nous l’utilisons pour construire une activité durable", a-t-elle conclu.

POSITIONS:

Gerry Finn, directeur de l’Assemblée régionale BMW, a déclaré à EurActiv.com que l’Irlande avait eu un bon ratio de fonds de cohésion, à la fois dans l’attraction et la dépense de l’argent de l’UE. Il n’y a eu aucune affaire importante de fraude, de mauvaise gestion ou de mauvaise allocation des fonds, et la majorité des fonds est allée aux infrastructures.

"En gros, a-t-il noté, l’impact de la politique régionale de l’UE et des fonds de cohésion a été positif en Irlande, et les objectifs ont été largement atteints."

M. Finn a ajouté que l’attitude à l’égard de l’UE en général, ainsi que des fonds de cohésion et du rôle qu’ils ont joué dans le développement régional, était positive en Irlande. La raison principale étant que tous les projets – en particulier ceux d’infrastructures comme les routes – ont de grands panneaux expliquant qu’ils ont été cofinancés par l’UE.

"Dès lors, la prise de conscience et la connaissance de ce fait sont certainement plus importantes en Irlande que dans d’autres pays européens, puisque les gens sont au courant que l’aide qu’ils reçoivent est en partie financée par l’UE", a-t-il dit.

"En réalité, note M. Finn, le financement de l’UE a été tellement médiatisé en Irlande que les gens croient encore que la contribution de l’UE est plus importante que le financement national, ce qui n’est plus le cas."

"Le financement européen en Irlande a baissé de manière très significative depuis 2000 – l’Irlande est désormais un contributeur net", a-t-il observé.

"Tous les programmes européens ont été évalués de manière indépendante, et généralement, l’impact du financement est considéré comme assez  réussi. BMW a également réussi plutôt bien, les taux de croissance ont été assez bons, avant la récession tout du moins, a expliqué le directeur régional."

"En ce qui concerne l’avenir de la politique régionale de l’UE, je pense qu’il y aura des appels pour des changements structurels", a-t-il fait remarqué.

"Nous estimons que l’approche structurelle des fonds européens, où les programmes sont définis au niveau régional, est une bonne manière de procéder, et nous aimerions maintenir cela", a déclaré M. Finn.

"Il devrait aussi y avoir une simplification de la manière dont l’UE gère ses fonds – les procédures de gestion et de mise en œuvre sont très complexes, ce qui peut parfois mener à de forts taux d’erreur. C’est quelque chose qui a été mis en avant par la Cour des Comptes européenne à plusieurs reprises", a-t-il ajouté.

Géraldine Gray, gérante de la Leitrim Design House, a expliqué que son Comté était une destination touristique très connue de la région, et que Leitrim devenait de plus en plus connue comme un endroit de référence pour les arts, l’artisanat et la conception. "Il s’agit donc d’une ressource au sein du pays, et je pense que nous avons encouragé plus de personnes à venir dans cette zone", a-t-elle affirmé.

En tant qu’organisation membre, la LDH a publié un livre intitulé « In Letrim » il y a quelques années, présentant 26 petites entreprises de la région dans le secteur créatif/arts/artisanat.

"Nous essayons d’aider ces petites entreprises à faire grandir leur activité le plus possible, et à travailler étroitement avec l’Irish Entreprise Board, a-t-elle dit. Il s’agit également de fournir des programmes de développement de nouveaux produits et des programmes de développement des activités économiques. Ce qui a particulièrement bien marché, c’est la fourniture aux fabricants d’autres points de vente pour vendre leurs produits, a-t-elle mis en avant, ajoutant qu’il était très difficile d’essayer de gagner de l’argent grâce à une activité artisanale, mais grâce à nous ils peuvent enseigner et conduire des ateliers de travail", a-t-elle expliqué.

"Pour le moment, par exemple, en utilisant les fonds de cohésion PEACE III, la LDH mène un programme pour les femmes, et de nombreux tuteurs sont nos propres fabricants", a dit Mme Gray.

"Je pense que nous apportons une très importante ressource dans une zone rurale", a-t-elle conclu.