Le calendrier des négociations transatlantiques s'allonge

  

Les pourparlers sur le partenariat transatlantique n'aboutiront pas avant mi-2016, année des élections présidentielles américaines, selon les spécialistes. Les représentants européens espéraient boucler le dossier avant les élections européennes de mai 2014.

L'espoir des Européens et Américains d’achever rapidement les négociations sur le partenariat transatlantique, voire avant la fin de l'année, laisse les spécialistes dubitatifs. 

« Rien ne prouve qu'ils peuvent réussir [à trouver un accord d’ici là], » a confié à EurActiv Bruce Stokes, directeur du programme Global Economic Attitudes au Pew Research Center, situé à Washington.

La véritable date butoir que devraient garder en tête les négociateurs est , selon lui, celle des élections présidentielles américaines de 2016.

Un calendrier trop optimiste

Les représentants européens et américains se sont engagés cette semaine dans un exercice d'inventaire des négociations à Washington. Un quatrième cycle de négociations est prévu en mars, lors du sommet à Bruxelles entre l'Union et les États-Unis.

Mais, les discussions seront certainement suspendues entre avril et l'automne en raison des élections européennes, qui se tiendront en mai 2014. 

Christian Leffler, directeur général pour les Amériques au sein du Service européen pour l'action extérieure, a indiqué qu'il était urgent de proposer de premiers résultats sur des "points faciles". Mais pour l'heure aucun n'a fait l'objet d'un accord.

Les négociateurs se perdent toujours dans des pourparlers où la loi du talion règne, selon Christian Leffler. Et les perspectives d'amélioration sont minces. « Nous devrions garder la tête froide et poursuivre le véritable travail, » a-t-il ajouté.

Bruce Stokes et Christian Leffer sont intervenus lors d'une conférence organisée par le Système d'analyse stratégique et politique européenne (ESPAS) à Bruxelles les 17 et 18 février derniers.

L'héritage de l'administration Obama

Une zone de libre-échange transatlantique pourrait faire partie de l'héritage de l'administration Obama, mais « il ne restera pas dans les livres d'histoire pour avoir amorcé le processus » affirme Bruce Stokes. Et l'intérêt du président américain et de ses négociateurs commerciaux pourrait considérablement décroître si la date butoir des négociations était repoussée après les élections de 2016.

Le Congrès américain a le dernier mot sur les accords commerciaux, ce qui met l'administration américaine dans une position délicate : celle-ci doit absolument se présenter avec des résultats concluants si elle veut que le Parlement américain adopte le partenariat transatlantique de commerce et d’investissements (PTCI). « La plus-value doit être significative afin que le [partenariat transatlantique] gagne du terrain sur le plan politique, » poursuit le directeur du centre de recherche.

Peter van Ham, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales de Clingendael (Pays-Bas) a une lecture similaire de la situation. Lors d'un entretien avec EurActiv Allemagne, il avait ainsi déclaré que « des négociations s'échelonnant sur une durée de 18 mois […] seraient sans précédent et techniquement presque impossibles à mener. Je n'ai jamais vraiment cru à l'optimisme lié aux échéances prévues. »

Le débat public sur le PTCI en Europe a tourné court ces derniers mois. Les organisations de la société civile s'en sont prises aux négociations pour leur manque de transparence et les eurodéputés craignent que l'accord mette en danger les normes environnementales et la protection des consommateurs.

Le mois dernier, la Commission européenne a lancé un groupe d'experts consultatif afin de désamorcer ces critiques. Alors que l'Europe a des difficultés à trouver un consensus, Bruce Stokes a expliqué que les Etats-Unis rencontraient les mêmes difficultés.

« L'un des casse-têtes à l'ère de la mondialisation est que de telles problématiques touchent de plus en plus la vie des citoyens, les gens sont donc de plus en plus inquiets[…]. Les gens veulent savoir ce qu’il se passe en coulisse, cependant vous ne pouvez pas mener des négociations de cette manière. Leur besoin de transparence va à l'encontre de l'art de la négociation ».

Selon Christian Leffler, il n'y a pas de possibles retours en arrière : les négociations sont « condamnées à réussir » puisque « nombre de négociateurs politiques de haut vol, dont le président américain, s'en sont portés garants ».

Les négociations transatlantiques ont débuté en juillet 2013. Un deuxième cycle de négociations a eu lieu en novembre et un troisième en décembre dernier. Les enjeux sont énormes pour les deux parties, puisque les échanges commerciaux entre l'Union et les États-Unis représentent jusqu'à 2 milliards d'euros chaque jour, soit les échanges commerciaux les plus importants au niveau mondial.

Prochaines étapes: 
  • 26 mars : Sommet UE-États-Unis à Bruxelles

Publicité