Deux évolutions macroéconomiques inquiètent la Commission en France. Depuis cinq ans, la France a perdu presque 19,4% des parts de marchés à l'étranger. C'est un signe de sa faible compétitivité, a déclaré le commissaire en charge des affaires économiques Olli Rehn mardi 14 février à Bruxelles.

Or, selon les indicateurs retenus par la Commission, la baisse des parts de marché ne devrait pas dépasser les 6%. 

Deuxième facteur d'inquiétude, le niveau de l'endettement public s'élève à 82% du PIB. Or, le seuil est fixé à 60%. Par ailleurs, l'agence de notation Moody's, qui n'est pas convaincue de la capacité du gouvernement français à réduire durablement sa dette, a abaissé mardi 14 février la perspective de la note Aaa de la France.

Le tableau de bord établi par Bruxelles comporte une série d'indicateurs assortis de "seuils d'alerte", visant à prévenir ou à corriger les déséquilibres macroéconoimques susceptibles de nuire à la stabilité de l'UE. Il fait suite à une série de textes adoptés au mois de décembre pour renforcer la gouvernance de l'Union.  

La France figure sur une liste de 12 pays européens (Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Finlande, Hongrie, l'Italie, Slovénie, Espagne, Suède, Royaume Uni) jugés à risque par la Commission.

Ils feront tous l'objet d'une analyse approfondie pour savoir si les déséquilibres macro-économiques peuvent constituer un danger pour le pays même et l'Union européenne dans son ensemble. Les premières conclusions sont attendues au mois de mai.

La Commission décidera ensuite d'adresser ou non des recommandations spécifiques à chacun. Ces derniers sont tenus de présenter des mesures politiques susceptibles à réduire les déséquilibres, complétées par un calendrier de mise en œuvre.

En cas de non-respect des recommandations de la Commission, cette dernière peut infliger des sanctions aux Etats "délinquants" de la zone euro. 

L'excédent allemand

L'Allemagne ne fait pas partie des pays sous surveillance, malgré le fait que la plus grande économie de l'Europe dégage un important excédent de sa balance courante. Depuis 3 ans, ce dernier s'élève en moyenne à 5,9% et atteint ainsi un niveau légèrement au-dessous du "seuil d'alerte" fixé à 6% par la Commission.

Dans son analyse, l'exécutif européen a ainsi adopté la position du Conseil, au sein duquel le gouvernement allemand a longtemps fait pression pour ne pas se faire épingler pour ses excédents.

Cette position va à l'encontre des préconisations formulées par le Parlement dans les textes sur la gouvernance macroéonomique de la zone euro adoptés à l'automne. Les élus souhaitaient que le seuil pour les excédents soit au même niveau que celui pour les déficits, c'est-à-dire à 4%. Si la Commission avait opté pour ce traitement égalitaire des déficits et des excédents, l'Allemagne se trouverait maintenant également dans le viseur de l'exécutif européen.

Approche biaisée

 "Une des préoccupations du groupe socialiste était de s'assurer que les déséquilibres seraient regardés de manière symétrique", a regretté l'eurodéputée Pervenche Berès (S&D) à Strasbourg mardi 14 février. Elle déplore une "approche biaisée" de la Commission. A en croire Bruxelles, tous les pays devraient se trouver en excédent de balance courante, une perspective "peu réaliste", selon Mme Berès. 

La discussion autour de l'excédent allemand s'inscrit dans un débat plus général sur la durabilité du modèle économique Outre-Rhin. 

Pour la gauche française, la compétitivité de l'Allemagne, dû au faible coût du travail, s'explique par les bas salaires, l'inexistence d'un salaire minimum et la précarité d'une grande partie des travailleurs. Au contraire, la droite française et notamment le président français Nicolas Sarkozy ont érigé le modèle allemand en exemple. La TVA sociale, proposée par le gouvernement, prétend s'inspirer du succès Outre-Rhin et vise à faire baisser les charges qui rendraient le travail trop cher en France.

Membre de l'UMP, le député européen Jean-Paul Gauzès est cependant allé dans le même sens que sa collègue socialiste en commentant le texte présenté par la Commission. 

Le commissaire en charge des affaires économiques Olli Rehn a pour sa part estimé que l'économie allemande n'était pas fondée sur des bas salaires, mais sur l'innovation et la compétitivité industrielle, a-t-il déclaré mardi 14 février. Pourtant, la Commission a accepté d'examiner de plus près, "dans les mois à venir", les importants excédents de certains pays, dont l'Allemagne.