L'organisation de Kofi Annan soutient les OGM en Afrique

  

L'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), une structure présidée par Kofi Annan, veut "écarter la peur de l'inconnu" en matière de cultures génétiquement modifiées. Elle milite pour l'extension de leur production.

 

Dans un rapport publié le 4 septembre, l'organisation AGRA, que préside l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, tourne en dérision l'opposition aux cultures génétiquement modifiées, qualifiée de « farce ».

Le document révèle que ces cultures font l'objet de plus d'examens dans le monde que d'autres variétés non modifiées, comme l'illustrent des rapports de l'UE, de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Académie des sciences des États-Unis.

Seuls quatre pays africains ont complètement commercialisé les cultures génétiquement modifiées : l'Afrique du Sud, le Burkina Faso, l'Égypte et le Soudan. Selon AGRA, la plupart des pays africains se trouvent à différents stades dans le processus de commercialisation de ces produits.

Le Cameroun, le Kenya, le Malawi, le Nigeria et l'Ouganda testent les cultures transgéniques sur le terrain, ce qui représente la dernière étape avant l'autorisation complète de mise sur le marché. La majorité du continent noir a introduit les règles et les politiques nécessaires à leur introduction, et ce en dépit de l'inquiétude de la population sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Le rapport d’AGRA sur la situation agricole en Afrique révèle : « La population s'oppose de plus en plus aux cultures génétiquement modifiées en Afrique, elle a peur de l'inconnu. À moins qu'ils ne soient moulus, les OGM ne peuvent être importés dans plusieurs pays : Angola, Éthiopie, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. Ces interdictions illustrent le caractère arbitraire et imprévisible de la politique publique, qui est très important pour le développement du secteur des semences. »

AGRA est une organisation indépendante basée au Kenya qui vise à doubler les revenus de 20 millions de petits agriculteurs et à réduire l'insécurité alimentaire de 50 % dans 20 pays d'ici 2020. Elle a été créée par la fondation Rockefeller, en partenariat avec la fondation Bill et Melinda Gates. La fondation Rockefelller a toujours soutenu les OGM, ainsi que les solutions de biotechnologies pour les semences.   Les détracteurs de l'organisation l'accusent de montrer enfin son vrai visage: Agra s'était jusqu'alors montré plutôt réservée sur le sujet.

« Ce rapport montre clairement le soutien d'Agra aux OGM, et son intention d'utiliser son influence en vue d'ouvrir les portes de l'Afrique aux cultures génétiquement modifiées brevetées de Monsanto et Syngenta », assure Teresa Anderson, la coordinatrice de campagne internationale de la fondation Gaïa. Cette fondation plaide en faveur de la souveraineté alimentaire du droit de la population à définir ses propres systèmes alimentaires.

« Caractériser le refus de commercialisation de cultures génétiquement modifiées dans la plupart des pays africains de "peur de l'inconnu" est condescendant et superficiel. AGRA a délibérément choisi de s'opposer aux préoccupations des agriculteurs en souhaitant étendre l'agro-industrie en Afrique. »

L'organisation incite dans son rapport les pays africains à investir davantage dans la recherche et le développement agricoles afin de garantir la sécurité alimentaire alors que certains s'inquiètent du retard de plusieurs pays. « En termes de personnel actif dans la recherche agricole, l'Afrique dispose de la plus faible capacité avec seulement 70 chercheurs pour un million d'habitants [contre respectivement 2 640 et 4 380 aux États-Unis et au Japon] », peut-on lire dans le document.

Les récoltes des petits agriculteurs présentent un rendement souvent très faible pour les céréales et les légumineuses. Le rendement moyen des récoltes de céréales n’a cessé d'osciller entre un tiers et la moitié de la moyenne mondiale (entre 1,1 et 1,5 tonne contre 3,2 tonnes par hectare) de 2000 à 2010. L'Afrique subsaharienne connait les plus grands écarts entre le potentiel de rendement et les cultures produites, notamment pour le maïs et le riz.

« Les faibles rendements seraient attribuables au manque d'accès à des ressources de qualité, comme l'eau, ainsi qu'[au manque] de technologie et d'utilisation de nouvelles technologies coûteuses, comme les engrais, les machines et l'irrigation », selon le rapport. « Le développement et la diffusion de nouvelles technologies et de pratiques qui augmentent les rendements dépendent de la capacité du pays à réaliser les investissements nécessaires. Mais aussi des compétences et de la volonté des agriculteurs à adopter les technologies. »

De son côté, Theresa Anderson indique que la qualité de la recherche prime sur leur quantité. Elle remet également en doute la démarche de la plupart des instituts de recherche agricole. « Ils se concentrent généralement sur la production de quelques variétés qui ont la prétention de résoudre les problèmes (non complexes) précis » a-t-elle ajouté. « On conseille aux agriculteurs de cultiver ces nouvelles variétés au lieu des cultures traditionnelles. Nous constatons dès lors clairement une disparition de la diversité des semences en Afrique. Les communautés se plaignent que les nouvelles variétés manquent de saveurs et de valeurs nutritives et qu'elles sont plus vulnérables à certains pesticides. »

La publication du rapport coïncide avec une réunion du forum sur la révolution verte africaine organisé par AGRA à Maputo (Mozambique).  « L'intensification et le financement de l'agro-industrie complète grâce à des partenariats publics et privés » seront les thèmes principaux abordés lors de ces discussions entre chefs d'État, ministres, ONG et scientifiques.

Le forum est organisé 10 ans après la signature de la déclaration de Maputo par 40 pays africains sous l'égide de l'Union africaine. Les pays signataires se sont engagés à allouer au moins 10 % de leur budget national au développement agricole. Encore faut-il savoir de quel développement il s'agit.

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