Le Danemark ouvre la voie à l’extraction d’uranium au Groenland

  

Une majorité au Parlement danois a annoncé qu’elle était disposée à autoriser l’extraction et l’exportation d’uranium du Groenland, ce qui marque un changement historique de la politique étrangère danoise, après 30 ans d’opposition à l’énergie nucléaire.

Une majorité au Parlement danois est prête pour la première fois à abroger la politique de « tolérance zéro » du Danemark sur le métal radioactif, selon des médias.

Le cinquième plus grand gisement d'uranium au monde, Kvanefjeld, est situé au sud du Groenland. Si le territoire autonome danois présente une demande officielle d'exploitation, le Danemark pourrait devenir l'un des plus grands exportateurs de métal radioactif.

L’uranium est un sous-produit généré lors de l'extraction de plusieurs métaux de grande valeur et d'importance stratégique utilisés dans les téléphones mobiles par exemple. Il est également utilisé pour l'énergie nucléaire et les bombes atomiques.

En raison de l’importance politique en matière de sécurité, le Groenland demandera au Danemark la permission avant que la politique de tolérance zéro ne puisse être abrogée.

« Nous devons adopter une approche positive. Nous jouerions un rôle très bizarre si nous bloquions le souhait du Groenland », a déclaré au journal Politiken, Rasmus Helveg Petersen, le porte-parole en charge de la politique étrangère pour les sociaux libéraux, l'un des partis du gouvernement danois.

Publication d'un nouveau rapport

Le Groenland, une ancienne colonie danoise, est devenu autonome en 1979. Trente ans plus tard, il a adopté l'autodétermination et assume la responsabilité des affaires judiciaires, de la police et des ressources naturelles. Le gouvernement danois est cependant toujours en charge des affaires étrangères, de la politique financière et de la sécurité.

Au printemps, un rapport du Greenlandic Directory for Raw Materials sur les conséquences de l'uranium pour l'environnement et la santé publique sera publié. Si le rapport n'indique pas de problèmes majeurs, une majorité au Parlement du Groenland sera probablement en faveur de l'extraction d'uranium.

« Nous sommes en faveur des mines d'uranium tant qu'elles sont gérées correctement et en collaboration avec le Danemark », a déclaré Jens Frederiksen, le vice-premier ministre du Groenland et membre du Parti démocrate.

« Si tous les autres peuvent vendre de l'uranium, alors nous aussi. Il y a beaucoup d'argent en jeu », a-t-il indiqué.

Dans le même temps, le premier ministre du Groenland, Kuupik Kleist, a déclaré que son parti Inuit Ataqatigiit (IA) souhaitait d'abord organiser un débat public sur l'uranium.

« Tant qu'il n'y a pas de bonne raison d'abroger la politique de tolérance zéro, nous [la] maintiendrons », a-t-il affirmé.

Volte-face sur l'uranium

L’uranium est un métal toxique et radioactif. L'exposition à l'uranium peut nuire aux reins, au cerveau, au foie et au coeur d'une personne. Plusieurs études ont révélé que des travailleurs qui manipulaient de l'uranium dans des mines présentaient plus de risques de développer un cancer des poumons.

L'uranium est principalement utilisé dans le secteur civil afin d'alimenter les centrales nucléaires et son exploitation à grande échelle pourrait éventuellement changer la position du Danemark sur la scène internationale.

« Il s'agit d'un tournant dans la politique étrangère du royaume », a déclaré Cindy Vestergaard, spécialiste de l’uranium au Danish Institute for International Studies.

« Si la politique de la tolérance zéro est abrogée, le Danemark fera partie du circuit mondial de l'atome, l'une des voix les plus puissantes dans le domaine du nucléaire. »

Hypocrites

Mads Flarup Christensen, le secrétaire général de Greenpeace Nordique, a déclaré que si le Groenland commençait à exporter de l'uranium, ce serait « le comble de l'hypocrisie ».

« Nous nous sommes opposés au recyclage des déchets nucléaires et battus pour la fermeture de Barsebäck [une centrale nucléaire suédoise proche de Copenhague]. Nous avons déboursé beaucoup d'argent pour l'arrêt de réacteurs de l'Europe orientale. Si dans le même temps, nous autorisons l'extraction d'uranium au Groenland, c'est profondément hypocrite », a-t-il indiqué au quotidien Berlingske Tidende.

Le Danemark est connu depuis de nombreuses années pour être l'un des pays les plus soucieux de l'environnement au monde. Le pays scandinave a été le premier à appliquer une loi environnementale en 1973 et l'énergie éolienne représente aujourd'hui 25 % de l'approvisionnement énergétique.

Le gouvernement envisage également d'éliminer l'empreinte carbone de la capitale Copenhague d'ici 2025 et du pays tout entier d'ici 2050.

M. Christensen a ajouté que le Danemark connaissait une « peur incomprise » lorsqu'il s'agissait du Groenland. « Nous devons bien sûr respecter la loi sur l'autonomie du Groenland, qui stipule que nous sommes responsables des affaires étrangères et de la sécurité et qu'ils sont en charge des matières premières. Le problème est que cette question touche les deux camps », a-t-il précisé.

« Au minimum, nous pourrions dire qu'"il s'agit de la décision du Groenland, mais que nous pensons que c'est une mauvaise idée". Parce qu'il s'agit sans aucun doute d'une mauvaise idée », a affirmé le secrétaire général de Greenpeace Nordique.

Le Groenland s'engage seul

En décembre 2012, le Groenland a approuvé une loi définissant des mesures pour que les entreprises étrangères minières et d'exploration commencent à exploiter les ressources naturelles du territoire. Ces mesures comprennent des projets d'ouverture du Groenland aux travailleurs étrangers, notamment de Chine.

La législation définit la taille des projets à grande échelle et réglemente le salaire minimum des travailleurs étrangers. Elle a été critiquée, car elle autorise les entreprises à employer des travailleurs étrangers bon marché, au détriment de l'emploi local.

Même s'il a voté une loi contre le dumping social il y a deux mois, le gouvernement danois soutient la législation du Groenland.

Il y a deux semaines, le premier ministre Kleist a déclaré qu'il avait rejeté les demandes de l'Union européenne de bloquer l'accès à ses gisements de terres rares, des métaux d'importance stratégique dont la Chine détient pratiquement le monopole.

Prochaines étapes: 
  • Printemps 2013 : le Groenland publiera un rapport sur les conséquences environnementales et sanitaires de l'extraction de l'uranium
  • Juin 2013 (au plus tard) : élections fédérales au Groenland
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