Pour le Quai d'Orsay, la coopération décentralisée doit servir les entreprises françaises

  

L’accès des collectivités aux enceintes diplomatiques doit permettre de multiplier les contacts des collectivités avec les entreprises, estime le ministère des Affaires étrangères. Les ambassadeurs seront chargés de "faire le lien".

Les collectivités locales sont un relais pour assurer l’expansion des entreprises françaises à l’étranger, vivier de croissance en ces temps de disette budgétaire. C'est le message délivré par le ministère des Affaires étrangères, dans un discours prononcé par le ministre chargé du Développement, mardi 29 janvier, en lieu et place de son ministre de tutelle.

Devant la Commission nationale de la coopération décentralisée (CNCD), Pascal Canfin a lié diplomatie économique et coopération décentralisée.

L'idée de solidarité internationale, par delà l'Etat, est au coeur de la démarche des 4800 collectivités qui conduisent des projets de développement en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique, mais aussi dans les pays émergents d'Asie.  

Besoin réciproque

Les collectivités ont développé des liens avec les autorités locales autour de projets de coopération divers : gestion de services publics, assainissement de l’eau, formations à l’informatique ou échanges culturels.

Elles sont donc perçues comme un relais pratique et peu coûteux pour l’expansion des entreprises françaises. « La coopération décentralisée créé un espace de confiance pour les entrepreneurs qui souhaitent se développer à l’international. Il ne s'agit pas de remplacer Ubifrance, mais d'être complémentaire », souligne Yannick Lechevallier, directeur de l'agence de conseil aux collectivités territoriales Coop Dec. 

A l'inverse, l'Etat est précieux pour les collectivités territoriales désireuses de se faire connaître à l'étranger ou d'obtenir des cofinancement de la part d'institutions multilatérales (Banques mondiales, banques régionales, Union européenne). Mais, ces initiatives, lorsqu’elles sont portées par des petites collectivités, tombent parfois à l’eau, faute de moyens ou par manque de soutien de la diplomatie française.

L’Etat et les collectivités, corsetés par les contraintes budgétaires, ont besoin l’un de l’autre. « Nous sommes dans un rapport de crise, où il faut optimiser le peu de moyens à disposition », analyse Antoine Vion, maître de conférences en science politique à l'Université de la Méditerranée.

La "modernisation" de l'action extérieure des acteurs locaux pourrait donc servir la diplomatie française, qui entend préparer le terrain pour les entreprises nationales, estime le Quai d'Orsay. 

Rapport Laignel

Pour y parvenir, Pascal Canfin a égrené un certain nombre d'outils, qui reprennent largement les propositions du rapport du secrétaire général de l’Association des Maires de France, André Laignel, rendues publiques mercredi 23 janvier. 

A défaut d'être augmenté, le budget sera malgré tout maintenu. Mais en période de réduction des dépenses, les réformes proposées visent surtout  la gouvernance.

La structure de la CNCD sera renforcée et pérennisée, grâce à la création d’une commission permanente et d’un poste de vice-président en son sein, a annoncé le ministre.

Une conférence « Diplomatie et territoires » aura également lieu chaque année, et un fonds d’urgence permanent pour l’action extérieure, adossé au centre de crise du ministère, sera ouvert. Mais il doit être abondé par les collectivités elles-mêmes. 

L’accès des collectivités aux enceintes diplomatiques doit aussi permettre de multiplier les contacts des collectivités avec les entreprises. 

Ainsi, les ambassadeurs seront chargés de "faire le lien" entre les régions, leur tissu économique et industriel de PME actives à l’international et les services de l’Etat à l’étranger. 

Au sein même de la CNCD, un comité économique réunira les représentants du monde industriel, agricole, financier, et des services, « afin de développer les retombées économiques » des actions extérieures des collectivités.  

Dans chaque région, Laurent Fabius appelle enfin à la création de « clubs entreprises pays », qui rassembleront les sociétés souhaitant s’étendre à l’international, selon les pays et les zones géographiques choisies.

Loin de l'aide au développement

L'approche économique prônée par le ministère est perçue de façon mitigée par les collectivités. L'Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe craint que celle-ci ne prenne le pas sur les « les questions de citoyenneté et de lien social”, pourtant "constitutives de la coopération décentralisée”.

Pour Adda Bekkouche, professeur à Paris I et spécialiste de l’aide au développement, la main tendue par le ministère risque d'éloigner la coopération décentralisée de sa vocation première d'aide au développement. "Les collectivités n'ont pas à rechercher de débouchés pour les entreprises. Pourtant, leur tendance à vouloir précéder les décisions de l'Etat risque de les mener sur cette pente ”, souligne le chercheur.  

Les conclusions du rapport Laignel suggèrent notamment une redéfinition des compétences des collectivités en matière d'action extérieure. Elles feront l'objet d'un examen au Parlement, dans le cadre de la prochaine loi de décentralisation. 

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