Le Mali, ballon d'essai de la nouvelle politique de développement de l'UE

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En redémarrant son appui budgétaire à l'Etat malien, l'Union européenne mise sur le rétablissement futur de la démocratie malienne. L'aide est suspendue depuis le coup d'Etat de mars 2012.

Le coup d'Etat du général Sanogo contre le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars 2012, a conduit l'UE à stopper net son aide au développement au Mali, à l'exception de l'assistance humanitaire.

L'engagement du gouvernement malien à mettre en oeuvre une feuille de route "pour la transition politique", adoptée par l'Assemblée nationale du pays, fin janvier 2013, a cependant permis de renouer le dialogue.

Les Etats européens ont officiellement acté la relance de la coopération avec le gouvernement malien, mardi 19 février. La Commission débloquera les 250 millions d’euros non dépensés du 10ème Fonds européen de développement, prévus pour le Mali sur la période 2008-2013, ainsi que 20 millions d’euros supplémentaires provenant de l’Instrument de stabilité, selon les chiffres confirmés à EurActiv.fr par la direction générale du Développement et de la Coopération.

Versés par tranches progressives, mais régulières, dans le cadre d’un « contrat d’appui à la consolidation de l’Etat », ces fonds européens financeront les élections, prévues pour juillet 2013, le rétablissement des services de base (eau, santé, éducation), ainsi que les forces de sécurité, de police et de justice.

115 millions d'euros d'aide d'urgence

Les acteurs du développement voient cette reprise d’un bon œil. Pour Marc Vaernewyck, secrétaire général du Forum des ONG internationales au Mali (FONGIM) « une suspension prolongée risquait de ruiner 20 ans d’efforts des différents partenaires. Privé d’une aide étrangère, qui compte pour 40% de ses ressources, l’Etat abandonne les dépenses sociales pour préserver les salaires et financer l’effort militaire ».

Depuis 2012, l’UE s’est limitée à de l’assistance alimentaire et sanitaire, notamment pour les centaines de milliers de personnes déplacées par le conflit.

La facture de l’aide d’urgence est salée : 560 millions d’euros pour l’ensemble du Sahel dont 115 millions pour le Mali. « Les projets de développement de long terme sont plus efficaces pour réduire la pauvreté. A l’arrivée, ils coûtent moins cher que les programmes d’assistance pure », estime Phillipe Conraud, de l’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam.

Reconstruction politique

Malgré une politique de développement au Mali aux résultats mitigés, l'UE a donc choisi d'appliquer sa nouvelle stratégie d'appui aux Etats fragiles adoptée en 2011. Elle se distingue ainsi d’autres donateurs nationaux, qui préfèrent attendre les élections dans le pays avant d'ouvrir à nouveau les vannes financières.

Pour les Européens, l'enjeu va au-delà du développement : il s’agit de donner les moyens à l'Etat malien d’assurer sa propre sécurité et de lutter contre la pauvreté, afin de recréer une cohésion politique et sociale.

Pour couvrir les besoins prioritaires observés sur le terrain, l'UE devra accélérer ses décaissements. Les nouveaux critères d'appréciation pour le versement des tranches d'aides ont vocation à être plus flexibles que par le passé, précise une source européenne. Toutefois, ils n’ont pas encore été formellement définis. 

Cet effort financier est conditionné à la mise en oeuvre, par le gouvernement malien, de sa feuille de route pour la transition politique.

La mise en place d’une commission nationale de dialogue et de réconciliation, qui doit permettre la reprise du dialogue entre les communautés et les collectivités du Mali, sera notamment suivie de près.

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