Mali : un bilan mitigé de l'aide européenne au développement

  

Depuis de nombreuses années, l'UE soutient la décentralisation du Mali et oeuvre pour le renforcement de l'Etat. La crise actuelle marque les limites de la stratégie européenne.

Au Mali, les tensions entre le Nord et le Sud du pays existent depuis plusieurs décennies. Pour tenter de les apaiser, le gouvernement a engagé, en 1991, un grand projet de décentralisation.

Vingt-deux ans plus tard, cette politique n'est pas encore parvenue à créer la cohésion nécessaire entre les différentes communautés qui composent le pays. Depuis 2011, Bamako vacille sous les menaces des différents mouvements rebelles en activité dans le Sahel.

D'importants moyens ont pourtant été consacrés au développement du Mali, notamment par l'UE. Sur les 583 millions d'euros engagés dans le pays dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (FED), entre 2008 et 2013, 148 millions d’euros doivent financer la politique nationale de lutte contre la pauvreté, conduite par l'Etat.

Cet appui budgétaire est couplé à de l'assistance institutionnelle : les fonds européens soutiennent la décentralisation à hauteur de 75 millions d’euros. Un montant en augmentation par rapport au 8e et au 9e FED. Il s’agit aujourd'hui du 3e poste de dépenses de l’UE au Mali, le premier étant la construction de routes (198 millions d’euros). 

Etat centralisé

"Malgré les discours, le Mali est resté l’un des Etats les plus centralisés d’Afrique", note Joost Nelen, de l’ONG néerlandaise de développement SNV World.

Des échelons régionaux, départementaux et communaux ont bien été créés et des compétences transférées, afin de faire fonctionner les services sociaux au niveau local. Mais, les moyens financiers des collectivités dépendent toujours de l’Etat central, parfois lent dans à débourser les fonds. 

“Créer une mairie, une école, un centre de santé et un puits ne suffit pas. Il faut savoir les faire fonctionner, ce qui n'est pas toujours le cas”, constate encore aujourd'hui un observateur. Un rapport de l'OCDE de 2009 constate le très mauvais niveau de gestion des élus. 

Société civile à l'écart

Mais le problème de fond est peut-être ailleurs. "La manière de mettre en œuvre la décentralisation et de la financer a pu contribuer à entretenir une élite locale, qui profite des postes créés pour mener grand train plutôt que d’œuvrer pour le bien de son territoire et de la population", analyse cette même source.

L'UE reconnaît l'existence de ce phénomène. "Il arrive que la légitimité des membres des Assemblées régionales de certaines parties du Nord Mali soit contestée par d'autres échelons, ou par les chefferies traditionnelles. La crise actuelle a changé notre regard sur ce phénomène, auparavant considéré comme un problème parmi d'autres", confirme une source européenne. 

La société civile malienne ne s'est pas encore approprié les institutions politiques. Pour Joost Nelen, l'UE aurait dû soutenir davantage les acteurs non étatiques, condition d'une démocratisation réelle. "Quand on soutient l'Etat, il faut également veiller aux contre-pouvoirs", estime ce spécialiste de l'agriculture basé à Bamako. 

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