Un rapport critique violemment l'organisation de l'aide française au développement

  

Une étude du cabinet Ernst & Young, publiée sur le site du ministère des Affaires étrangères, pointe un « pilotage politique incertain ».

Les critiques sur l'organisation de l'aide française au développement sont de plus en plus sévères. Après le rapport de la Cour des comptes, une étude indépendante, remise au gouvernement en décembre, finalement mise en ligne sur le site du ministère des Affaires étrangères vendredi 8 février, enfonce le clou. 

Absence d’une « véritable autorité politique», centres de décision « dispersés », coordination « peu opérante»… L’évaluation, réalisée entre avril et décembre 2012 par le cabinet Ernst & Young, à la demande du Quai d'Orsay, de Bercy et de l'agence française de développement (AFD) est sans appel : depuis sa réforme en 1998, la France n’a ni objectifs clairs ni stratégie globale susceptible de commander sa politique de développement. Peu lisible, écartelée entre plusieurs priorités, l'aide est mal pilotée. 

Pourtant, la France est l’un des cinq plus grands donateurs mondiaux. En 2010, le pays a dépensé près de 10 milliards d’euros au titre de l’aide publique au développement (APD), dans plus de 80 pays. Le but est de lutter contre la pauvreté, mais aussi d’asseoir son influence sur certains Etats et de peser sur la scène internationale.

La politique de développement au service de la "puissance d'influence française"

Paralysie des institutions

Au-delà des objectifs humanitaires, la France entend défendre des intérêts plus larges, de nature politique et économique. L'aide au développement entre ainsi dans les compétences de plusieurs ministères.

Le Quai d'Orsay pilote les projets qui concernent directement la lutte contre la pauvreté et le développement des services de base, tels que la santé ou l'éducation. L'AFD joue ici le rôle d'opérateur.

Le ministère de l’Economie a la main sur l'aide dite "financière et économique". Elle regroupe les dotations aux différents fonds internationaux et aux banques de développement, les prêts aux Etats bénéficiaires pour soutenir leurs finances publiques et leurs politiques d'investissement. Bercy peut également décider d'annuler les dettes antérieures. 

Cette architecture a plusieurs effets pervers, indique le rapport. Faute d'avoir une administration propre et un pouvoir de décision en matière budgétaire, le ministre chargé du développement ne peut accomplir son travail de coordination et de pilotage. Par conséquent, l'arbitrage a lieu à Matignon, voire à l'Elysée, "entraînant des délais et des incohérences".

Non-choix

Cet imbroglio des compétences freine les réformes de l'aide française. Pourtant, sa structure même est aujourd'hui remise en question par beaucoup de professionnels du développement. Ils déplorent que la France confie une part importante de ses fonds (40%) à des organisations multilatérales. 

En perdant leur contrôle, les marges de manoeuvre françaises sont réduites. Or, cette problématique n'a pas été traitée au niveau ministériel, relève le rapport, faute d’une réflexion stratégique aboutie.

Opacité

Autre problème de l'aide française : l'évaluation. "Le manque de définition des objectifs poursuivis ou l'existence d'une multitude d'objectifs implicites rend complexe la mesure des résultats et des impacts qui pourraient en découler", poursuivent les auditeurs.

Ainsi, la France est reconnue pour jouer un rôle diplomatique et militaire de premier plan dans les pays africains.

Pourtant, au regard de l'aide au développement, ces relations "se sont considérablement affaiblies", rappelle le rapport. La baisse continue de l'aide bilatérale et certaines décisions de politique migratoire sont perçues comme "un signe de désengagement". 

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