Edition spéciale : la Russie et l’Ukraine envisagent une union douanière avec l’UE

  

Les représentants officiels russes et ukrainiens ont affirmé que leurs relations avec l’UE pourraient prendre la forme d’une union douanière dans les 15 ou 20 prochaines années, la Russie admettant qu’elle souhaitait se rapprocher « le plus possible » de l’Union, sans pour autant en faire partie.

Un débat d’experts qui a eu lieu lors du Sommet européen des affaires hier (18 mai) à Bruxelles a pris la forme d’une session de brainstorming visionnaire et a résulté en une approche plutôt consensuelle, évoquant l’éventuelle création d’une zone économique commune entre la Russie, l’Ukraine et l’UE à long terme.

Oleg Fomichev, le ministre adjoint russe au développement économique, a affirmé que Moscou partageait les valeurs européennes et ne voyait aucun problème à l’approfondissement de leurs relations, y compris à un niveau politique.

« Nous voulons aller aussi loin que possible sans devenir membres de l’Union européenne », a-t-il dit. Au vu de la taille de la Russie, qui représente trois fois celle de l’Europe, Moscou ne pourrait pas être considéré comme un futur candidat potentiel à l’adhésion, a-t-il expliqué.

Concernant une possible union douanière, M. Fomichev a affirmé qu’une période de 10 à 15 ans était nécessaire pour les négociations, mais également pour l’instauration de règlements et l'amélioration de la compétitivité de l’industrie russe.

« Si vous agissez avant d’être prêts, vous pouvez tout gâcher », a-t-il prévenu.

M. Fomichev a décrit trois étapes dans le développement des relations entre l’UE et la Russie. A court terme, un régime sans visa devrait être mis en place. A moyen terme, le représentant officiel russe a parlé de l’instauration d’un accord de libre-échange (ALE) et à plus long terme, « peut-être dans 20 ans », de la mise en place d’une union douanière.

Les relations avec l’UE, une « priorité essentielle » pour l’Ukraine

Valerii Pyatnitskiy, ministre adjoint de l’économie en Ukraine, a déclaré que les relations avec l’UE étaient «ٔ l’une des priorités essentielles » de son pays, admettant qu’une union douanière pourrait être mise en place dans les 15 prochaines années.

Cependant, il a semblé indiquer qu’une relation encore plus proche avec l’Union européenne serait possible à plus long terme.

« Dans 10 ou 15 ans, que ce soit une union douanière ou une autre forme d’intégration n’aura plus d’importance », a-t-il affirmé.

Il a également présenté l’agenda européen de son pays, déclarant qu’il espérait que l’accord d’association de l’Ukraine avec l’UE serait finalisé cette année.

« Nous croyons que ces relations seront absolument complètes. Nous parlons de la dimension politique, de la justice, des affaires intérieures, de la coopération sectorielle, de l’établissement d’une zone de libre-échange approfondie et complète, d’un accord relatif aux visas, d’un rapprochement de nos législations et de l’amélioration des compétences de nos institutions et de la capacité de nos entreprises à être compétitives sur le marché de l’UE », a-t-il expliqué.

Deux éminents représentants des milieux d’affaires qui ont participé au panel se sont accordés sur l’idée selon laquelle mettre en place une union douanière prendrait une quinzaine d’années.

Andrew Cranston, partenaire principal en Russie pour la société de conseil KMPG, a déclaré que certains secteurs de l’économie avaient besoin de temps pour s’adapter.

Le commissaire européen à l’énergie, Günther Öttinger, qui a également participé au débat, a insisté sur le fait que les projets de gazoducs qui contournent l’Ukraine, Nord Stream et South Stream, n’étaient « pas une solution ».

Il a déclaré qu’aujourd’hui, 100 % du gaz russe à destination de l’UE transitait par l’Ukraine, et que « demain », une fois que les gazoducs seront opérationnels, cette proportion passerait à 50 %.

Actuellement, la principale activité économique de la Russie est la production d’énergie, alors que l’Ukraine sert de partenaire de transit et que l’UE agit principalement en tant qu’acheteur, a indiqué M. Öttinger.

« Nous devons passer au niveau supérieur, à la concurrence, aux entreprises communes, aux flux inversés, aux partenariats innovants, à l’utilisation des technologies européennes pour les économies d’énergie en Russie et en Ukraine », a-t-il ajouté.

Réactions: 

Le président russe, Dmitri Medvedev a pris la parole le 18 mai à Moscou lors d’une conférence télévisée, transmettant un message que la presse internationale a perçu comme un désir clair d’être perçu comme leader mondial indépendant et rationnel.

S’exprimant à une école de commerce de la banlieue de Moscou, Skolkovo, l’un de ses projets favoris, M. Medvedev a déclaré que sa vision de la modernisation de la Russie différait de celle du premier ministre Vladimir Poutine.

« Il pense que la modernisation est une évolution douce, graduelle », a déclaré M. Medvedev. « Mais je pense que nous avons l'opportunité et les forces suffisantes pour accélérer la modernisation », a-t-il ajouté.

Il a ajouté qu’il était trop tôt pour annoncer ses projets pour les élections.

Messieurs Poutine et Medvedev sont restés évasifs quant à leurs projets pour les élections présidentielles de mars prochain. Ils ont tous les deux affirmé qu’ils décideraient plus tard de se présenter ou non, mais la plupart des analystes s’attendent à ce que M. Poutine tente de récupérer le plus haut poste de l’Etat.

M. Medvedev a également affirmé que si l’Ukraine décidait de s’intégrer à l’UE, il lui serait plus difficile de trouver des « points de convergence » communs avec l’union douanière Russie-Kazakhstan-Belarus.

« Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre, il faut prendre une décision ». Cependant, il a affirmé qu’il n’était pas contre l’idée que la Russie développe une coopération avec l’Europe.

Prochaines étapes: 

Liens externes: 
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