« La Commission européenne néglige l’influence des politiques budgétaires »

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Pour l’économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques, la généralisation de l'austérité accroît le phénomène de contagion de la récession en Europe.

Dans un récent rapport, l’OFCE estime que les efforts budgétaires demandés aux pays européens sont trop élevés et leurs conséquences sous-estimées. Que voulez-vous dire ?

Nous estimons que dans ses calculs, la Commission européenne sous-estime les effets multiplicateurs des coupes budgétaires. Ce terme désigne l’impact de la réduction des déficits structurels sur la croissance.

Tout l’enjeu est là. Comment les coupes dans les dépenses vont-elles affecter l’activité économique du pays et éventuellement aggraver la situation ? L’austérité entraine-t-elle la récession et ainsi de suite ? On l'entend de plus en plus.

En quoi votre réponse diffère-t-elle de celle de l’exécutif européen ?

Le débat est ancien : en fonction des époques, la pensée dominante varie. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les économistes jugeaient les effets des coupes budgétaires sur l'économie réelle très importants.

A partir des années 1970 et 1980, un nouveau courant dominant s’est imposé. Il a estimé, au contraire, que la politique budgétaire avait très peu d’impact.

La Commission européenne est restée attachée en partie à cette idéologie libérale. Elle n’a jamais rendu public le ratio choisi pour calculer les effets multiplicateurs, et il semble qu'elle l'ait revu dernièrement, mais il est, encore aujourd'hui, inférieur à un. C’est-à-dire que pour 1 euro d’ajustement, la Commission estime perdre moins d’un euro de recettes.

Or, selon les dernières études, le rapport se situe plutôt entre 0,9 et 1,7. Autrement dit, vous perdez plus que ce que vous cherchez à économiser. Prenons le cas de l’Espagne, depuis l'augmentation de la TVA, les recettes fiscales chutent…

Mais d'autres facteurs sont responsables de la mauvaise situation actuelle...

C’est justement ce que répond la Commission. Il y a une part de croyance dans d’autres mécanismes, en particulier la confiance, qui serait encore insuffisante pour faire baisser les taux d’intérêt. Or, pour les faire descendre, il faut de la crédibilité, et donc du sérieux budgétaire, quoiqu’il en coûte.

Cette vision explique que l’Espagne, qui n’arrive pas à tenir ses engagements de déficit public, se retrouve à voter de nouveaux plans d’austérité. Mais les objectifs du pays sont inatteignables.

Avec la crise, une nouvelle appréciation est en train d’émerger. Lorsque la conjoncture est bonne, les variations budgétaires auraient un effet marginal, contrairement aux moments où l’économie va mal. Même le Fonds monétaire international a reconnu que l’effet multiplicateur avait été sous-estimé.

De plus, pour la Commission, les effets multiplicateurs sont de courte durée : un mauvais moment à passer avant le retour de la croissance. C'est une vision assez optimiste. En Espagne toujours, la troisième année d’austérité démarre, sans aucun effet positif. D'autant plus que, dans le même temps, de nouvelles mesures sont votées…

Quelle solution proposez-vous ?

Elle est double.

Tout d’abord, arrêter de généraliser l’austérité. Elle accroît le phénomène de contagion de la récession, car les économies européennes sont interconnectées. Les réformes structurelles n'amèneront pas 3% de croissance. Les bénéfices de ces réformes sont visibles à très long terme. 

Ensuite, il faut patienter et échelonner les ajustements budgétaires, pour ne pas atrophier la croissance qui peut repartir. En France, par exemple, nous devrions attendre 2016.

Les traités donnent une vingtaine d’années pour réduire les dettes, nous souhaitons donc étaler l’effort sans remettre en cause l’objectif final, pour être crédibles et éviter tout retour de la crise financière.

Mais si les taux de pays comme l’Espagne ne baissent pas plus, c’est aussi parce que les marchés attendent plus que de l’austérité.

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