L’Eurogroupe patauge dans la crise chypriote

  

A l’issue d’une conférence téléphonique, lundi 18 mars au soir, les ministres des Finances de la zone euro ont affirmé soutenir le principe d’un « traitement différencié » pour les petits épargnants.

Rétropédalage de premier ordre pour l’Eurogroupe. Après avoir validé un plan de sauvetage prévoyant de taxer tous les dépôts des banques chypriotes, y compris les plus modestes, les ministres des Finances de la zone euro font marche arrière.

Vives critiques de Moscou 

Après une réunion téléphonique, dans la soirée du lundi 18 mars, les Dix-Sept ont déclaré dans un communiqué conjoint qu’ils sont  « d’avis que les petits épargnants devraient être traités différemment ». Ils en ont aussi profité pour réaffirmer "l'importance de garantir pleinement les dépôts inférieurs à 100.000 euros".

L'annonce, dans la nuit du vendredi 15 au samedi 16 mars, qu'une taxe serait imposée sur les dépôts bancaires, en plus d'un renflouement de 10 milliards d'euros de l'Union européenne, avait rompu avec l'usage voulant que les déposants ne soient pas mis à contribution lors des plans de sauvetage.

L'accord original passé à Bruxelles prévoit de taxer à 6,7% les dépôts inférieurs à 100.000 euros et à 9,9% les dépôts au-dessus de ce seuil. Une part importante de ces gros comptes est détenue par des ressortissants russes. Chypre, dont la destination bancaire est très prisée, est peu regardante sur leur origine mafieuse. 

Moscou a d’ailleurs vivement critiqué le plan de sauvetage jugé « injuste, non professionnel et dangereux ».

Toujours 5,8 milliards à trouver 

Durant le week-end, les résidents chypriotes se sont rués sur les distributeurs de billets pour tenter de retirer le maximum de fonds de leurs comptes.

Les établissements bancaires sont restés fermés lundi, jour férié à Chypre, et ils le resteront mardi et mercredi. Une mesure destinée à "préserver la stabilité du secteur financier", lit-on dans le communiqué des ministres des Finances de la zone euro.

Ils ont aussi précisé que ces mesures de prélèvement de l’épargne sont « exceptionnelles ».

Flexible en apparence, laissant à Chypre le soin de fixer la dégressivité des taux, l’Eurogroupe n’en maintient pas moins ses objectifs. Nicosie doit trouver 5,8 milliards d’euros. Exonérer les petits épargnants l’obligerait alors à taxer plus lourdement les gros dépôts.

Difficile vote au Parlement 

Le gouvernement a jusqu’à présent été réticent à cette idée, craignant de voir les capitaux étrangers quitter l’île à l’avenir.

"Tous les ministres de l'Eurogroupe ont dit aujourd'hui qu'ils souhaitaient qu'il n'y ait pas de taxe en deçà de 100.000 euros mais on ne peut pas obliger un pays à ne pas le faire", a déclaré une source diplomatique à Reuters. "Chypre ne veut pas imposer une lourde taxe au-dessus de 100.000 parce que l'argent partira. Les deux tiers des dépôts sont étrangers".

L’autre difficulté est la ratification par le Parlement chypriote du plan de sauvetage. Le vote pourrait se tenir vers 17h, mardi 19 mars. L’incertitude règne toujours dans la capacité du président Nicos Anastasiades, élu il y a tout juste trois semaines, de rassembler la majorité nécessaire.

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