En Bref :

Rarement une réunion des gouverneurs de la BCE n’aura créé autant d’émoi. Si les économistes pariaient sur le statu quo, rien n’était certain.

Début août, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet avait fait planer le doute, laissant entendre que la possibilité de nouvelles tensions inflationnistes justifierait une hausse des taux directeurs.  

Quelques jours plus tard, l’éclatement de la crise des crédits immobiliers américains « à risque » (les « subprimes ») a changé la donne.

Face à la pénurie de liquidités qui a rapidement frappé les marchés, la BCE, comme l’ensemble des grandes banques centrales, a du intervenir en injectant de l’argent en masse.

Le 28 août, Jean-Claude Trichet est implicitement revenu sur ses propos du début de mois, affirmant que Francfort ne s’engageait “jamais à l’avance”. Il a notamment souligné que le diagnostic sur les possibles tensions inflationnistes datait d’avant la crise.

Jeudi 6 septembre, les gouverneurs de la BCE ont du choisir entre contrecarrer l’éventualité des risques inflationnistes (en augmentant les taux) et privilégier la confiance sur les marchés. Les économistes plaidaient pour la deuxième option, soulignant l’importance croissante de ce paramètre dans la conduite de la politique monétaire.  

En renonçant à augmenter les taux directeurs de la BCE, Jean-Claude Trichet rompt momentanément avec la tradition conservatrice de la banque centrale, pour laquelle la maîtrise de l’inflation apparaît primordiale.

Jean-Claude Trichet a justifié le statu quo par le fait que “la volatilité des marchés financiers et la réappréciation du risque ces dernières semaines [avaient] entraîné une incertitude accrue. (…) Il est [donc] approprié de réunir des informations supplémentaires et de nouvelles données avant de prendre de nouvelles décisions”, a-t-il ajouté.

Le président de la BCE a en outre tenu à réaffirmer que l’objectif principal de la Banque restait la maîtrise de l’inflation.

La décision de maintenir les taux directeurs à 4% a été largement saluée. Si la situation sur les marchés financiers s’est un peu calmée, elle reste encore très fragile. De nombreuses incertitudes demeurent, et les économistes et observateurs redoutaient qu’une hausse des taux de la BCE n’aggrave les tensions sur les marchés.

Le statu quo correspond, de plus, aux attentes de la France, dont les dirigeants avaient fait pression pour que la BCE ne resserre pas ses taux. Ainsi, Nicolas Sarkozy a estimé que “porter les débats” sur l’euro avait permis de “progresser un petit peu”. La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a confirmé la position du président français, en se disant “satisfaite” d’une “décision de sagesse”. La France continue de réclamer une évolution de la politique économique européenne afin que la Banque centrale européenne se préoccupe aussi de la croissance, et plus seulement de l’inflation.