Une heure avant, la BCE avait annoncé une allocation de 50 milliards d’euros. 181 établissements implantés dans la zone euro avaient en effet demandé un montant de près de 114 milliards. C’est-à-dire près de deux fois plus que les fonds débloqués.

Au Palais Brongniart, à l’ouverture des échanges, la Bourse de Paris s’affole, plonge à 8,18% et est suspendue un peu avant 10h, conformément à la réglementation des cotations, 35% de la capitalisation de l’indice boursier ayant été revus à la baisse. Un quart d’heure plus tard, les cotations reprennent, jusqu’à l’annonce de la BCE. Immédiatement, la Bourse de Paris repasse dans le vert, reprenant 0,09%. Mais dans l’après-midi, le CAC repart à la baisse, pour clore à -6,31%. Les places financières du reste de l’Europe ne font pas mieux. Francfort recule de 5,8%, Londres de 5,18%, Milan de 5,20% et Amsterdam de 7,69%.

Pourquoi une telle débandade? «Globalement, les bourses sanctionnent les résultats de l’Ecofin, observe un expert. La seule réponse que les ministres ont apporté est de relever le seuil minimal de garantie des dépôts de 20 à 50 000 euros. Tout le reste a été relégué aux Etats membres.»

Soutenir la croissance

« En elles mêmes, les baisses de taux ne peuvent pas résoudre le problème de fond de paralysie des marchés monétaires. Mais couplées aux mesures récentes, qui permettent aux banques centrales de mobiliser plus de papier, elles visent à accroître la liquidité et à réduire le rationnement du crédit », nuance une note de la direction des études du Crédit Agricole du 8 octobre. « C’est très cohérent », estime quant à lui l’économiste Nicolas Véron (Bruegel). « La manière dont la BCE s’est exprimée la semaine dernière laissait entendre qu’elle agirait vite. L’objectif est de soutenir l’économie, la croissance. Mais tant que le paysage bancaire européen n’aura pas évolué, que des restructurations n’auront pas eu lieu, on ne pourra pas sortir de la phase actuelle ».

A l’Assemblée Nationale, les députés sont invités à débattre de la crise financière. Devant l’hémicycle, le premier ministre François Fillon salue la décision des ministres européens chargés de l’économie et des finances (Ecofin), réunis la veille à Luxembourg. Avant de se féliciter de la baisse des taux de la BCE «un signal très fort» attendu «avec impatience».

De son côté, le Premier ministre a choisi d’aller plus loin que les recommandations de l’Ecofin en mettant en place une structure d’Etat pour soutenir les banques en difficulté. Ce qui équivaut, pour le Premier ministre, à garantir qu’aucune banque française ne connaîtra la faillite.  Mais l’idée paraît floue par rapport aux fonds de garantie évoqués dans certains pays européens ou à la recapitalisation des banques prévue en Grande Bretagne.

Un emprunt européen de 300 milliards…

Quelques minutes plus tard, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, prend la parole et suggère la création d’un «grand emprunt européen» d’au moins 300 milliards d’euros pour soutenir les économies des Etats membres. Il juge en effet que la somme débloquée par la Banque européenne d’investissement pour venir en aide aux PME, 30 milliards d’euros, constitue une somme dérisoire. Une initiative nécessaire pour pallier à la «souffrance économique», renchérit Pierre Moscovici. «C’est une idée nécessaire. La responsabilité des Européens n’est pas seulement de garantir le système financier et de rassurer l’épargnant, mais de soutenir l’activité.»  “C’est une gesticulation politique sans effets,  estime de son côté  Nicolas Véron. La BEI a une capacité d’emprunt dans des proportions limitées et il ne me semble pas que cette idée d’emprunt soit envisagée par les Etats membres”.

Autre initiative pour tenter d’éteindre l’incendie sur les places financières, le premier ministre britannique, Gordon Brown, a évoqué l’idée de garantir les prêts interbancaires, dans une lettre adressée aux membres du G7. La crise de liquidité que connaissent actuellement les banques est en effet liée au tarissement des prêts entre établissements bancaires. Ces derniers doutant de la fiabilité de leurs concurrents.

« L’Etat ne peut pas tout garantir: les dépôts, les prêts interbancaires… L’Allemagne a par exemple calculé que la totalité des dépôts dans ses banques représentait une somme de 578 milliards d’euros. C’est-à-dire deux fois le budget annuel de cet Etat », estime Henry Marty-Gauquié, représentant de la BEI à Paris.

Positions:

Dans la journée, l’initiative concertée des banques a été saluée par Nicolas Sarkozy. «Cette baisse des taux, déclare-t-il à Evian, répond parfaitement à la situation qui est la nôtre, au besoin de liquidités des établissements bancaires et au besoin qu’on irrigue l’économie, qu’on facilite les investissements des particuliers et des entreprises.»

Après le peu de réactions sur les places financières, le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet a appelé les marchés à reprendre leurs esprits, le soir même sur France 3.

Noël Mamère, député (Verts) de Bègles a lui déclaré : «Le président de la République fait semblant d’organiser ce qu’il ne peut pas contrôler. Quand on descend les marches de l’Elysée, dans la cour, pour lire un communiqué qui veut faire croire que l’Europe est unie, ça reste de la communication. (…) La baisse des taux par la BCE est un  des éléments pour répondre à la crise qui a été allumée par des pyromanes, qui aujourd’hui viennent vous expliquer qu’ils vont moraliser le capitalisme financier.»

Claude Bartolone, député (PS) de Seine-Saint-Denis: «Après cette crise bancaire, si l’on ne veut pas voir apparaître en Europe une crise sociale, une crise industrielle, une crise économique, il fat qu’il y ait une injection massive d’euros dans l’économie, et notamment dans l’économie du futur. Ce serait un bon système que de voir la France s’exprimer en disant que pour éviter la récession, il faut investir dans de grands programmes européens qui préparent l’avenir.»

Hervé Mariton, député (UMP) de la Drôme: «La baisse des taux de plusieurs grandes banques centrales est une décision tout à fait bienvenue dans la situation actuelle. Nous savons que la BCE, contrairement aux critiques qui lui ont été adressées, est tout à fait capable de comprendre la situation telle qu’elle se présente. La BCE a aussi l’intelligence de ne pas agir toute seule. Je trouve que là, la baisse des taux est un bon exemple d’une coordination internationale. Nous n’avons pas suffisamment d’outils européens pour répondre au mieux à la crise.»

Jean-Pierre Brard (app. communiste) a, pour sa part, fustigé l’Union européenne «impuissante à résoudre la crise».

Nicolas Perruchot (Nouveau centre) a salué la baisse des taux directeurs, affirmant qu’elle constituait un «préalable à une hausse plus durable». «C’est la voie monétaire qu’il fallait choisir», a-t-il ajouté.

Pierre Moscovici, député (PS) du Doubs et vice-président de la délégation des Affaires européennes: «Il est regrettable que cette baisse ait succédé à tant de hausses et que la banque centrale européenne ait pris son temps pour agir dans la menace inflationniste.»

Nicolas Dupont-Aignan (app. UMP) estime que la baisse des taux par la BCE est un «premier signe», mais qu’il faudrait davantage, encore. «Il faut baisser les taux de moitié», a-t-il préconisé.