Union pour la Méditerranée, plan de sauvetage des banques, plan de relance européen commun… Sur tous ces sujets, la chancelière allemande a clairement dit “non” à Nicolas Sarkozy lorsque la France était présidente de l’UE, au deuxième semestre 2008. Ces querelles seraient-elles passées? Paris et Berlin semblent aujourd’huiêtre sur la même longueur d’ondes sur la réforme du capitalisme financier mondial. 

S’exprimant, jeudi 8 janvier, lors d’un colloque international intitulé « Nouveau capitalisme, nouveau monde », devant des personnalités du monde entier telles que l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair et les prix Nobel d’économie Amartya Sen et Joseph Stiglitz, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont revenus sur les suites de la crise économique et financière.

Insistant sur le fait « qu’aucun pays ne peut agir seul », une posture pourtant reprochée à l’Allemagne pendant la crise, Angela Merkel a plaidé pour que l’Europe prenne toute sa place dans la réforme du capitalisme mondial. « L’UE nous rend plus solide dans le cadre de la mondialisation, car nous pouvons agir ensemble », a-t-elle indiqué.

« Cette crise, il va falloir qu’on en sorte et on n’en sortira pas tout seul », a renchéri Nicolas Sarkozy.  Comment? Par une implication des grands Etats européens. Selon le président français, l’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France doivent jouer un rôle moteur dans la refondation du capitalisme mondial, qu’il estime indispensable. « J’attends que celle qu’on décrit comme la vieille Europe travaille ensemble et porte le discours de l’avenir», a indiqué le président français. Tout en précisant qu’« à crise mondiale, réponse mondiale ne veut pas dire politique unique. Ce serait une absurdité ». Un bon point pour Angela Merkel, qui s’était vivement opposée à la mise en place d’un plan de relance européen commun.

La chancelière allemande et le chef d’Etat français ont également insisté sur la nécessité d’élargir le G8, une structure jugée aujourd’hui inadaptée. « Ce G20 nous montre quels sont les acteurs pertinents dans le monde. Le G8 n’est plus ce groupe qui peut créer cet ordre réglementaire mondial », a indiqué Angela Merkel, condamnant notamment l’absence de l’Inde, de l’Afrique du Sud, de la Chine et du Brésil. « Angela Merkel nous a montré la voie en invitant le G5 au sommet du G8 d’ Heiligendamm [ndlr : en juin 2007]», a ajouté Nicolas Sarkozy fustigeant ceux qui pensent que l’on peut décider sans prendre en considération le point de vue de 3 milliards d’habitants.

Les deux chefs d’Etat ont enfin martelé la nécessité de parvenir à des mesures concrètes pour refonder le capitalisme mondial lors du deuxième sommet du G20 à Londres. Une réforme dans laquelle l’Etat a incontestablement un rôle à jouer.

« Une fois que tout ira mieux sur les marchés financiers, nous dirons : « vous n’avez pas à vous en mêler, vous les politiques, puisque tout fonctionne à nouveau », s’est inquiétée la chancelière allemande.  « Moi je reste ferme, il est impossible de répéter les erreurs du passé. Il faut éviter que tout le monde connaisse une fois de plus ce type de crise », a-t-elle ajouté. Avant de suggérer qu’il était « possible qu’en dehors d’un Conseil de sécurité aux Nations unies, on ait également un conseil économique, qui fasse autre chose que l’ECOSOC, qui passe des mois, des années, à rédiger ses expertises ».

Plaidant une nouvelle fois pour un capitalisme d’entrepreneur, qu’il oppose au capitalisme des spéculateurs, Nicolas Sarkozy a prévenu que le Sommet du G20 à Londres le 2 avril devait être conclusif : « Je n’accepterai pas qu’au sommet de Londres, on ne tire pas les conséquences de ce qui s’est passé», a-t-il déclaré.

Lançant une pierre dans le jardin des Etats-Unis, le chef de l’Etat français a enfin prévenu qu’au 21ème siècle, une seule nation ne pouvait plus “dire ce qu’il faut faire ou penser”. « Nous n’accepterons pas le statu quo, nous n’accepterons pas l’immobilisme, nous n’accepterons pas le retour à la pensée unique ».