Le président de l'OFCE appelle à la mise en place rapide d'un gouvernement économique pour contraindre les Etats à une solidarité budgétaire.

Documents officiels
Commission européenne
Suivi de l'application du pacte de stabilitéEuropa
le pacte de stabilité et de croissance
De quels moyens l’Union européenne dispose-t-elle pour aider la Grèce?
La situation grecque n’est pas un vrai problème pour l’Union européenne. Il suffit que les emprunts de ce pays soient garantis par l’ensemble des Etats de la zone euro. Quitte à ce qu'ils demandent des contreparties réelles comme, par exemple, sur la surveillance budgétaire.
L’UE a largement les moyens de garantir la dette de la Grèce, qui ne représente en vérité que 3,6% de la dette publique de l’Union. Ce qui n'est vraiment pas grand chose. En revanche, je suis frappée par la difficulté des gouvernements de la zone euro à établir la moindre solidarité. Le temps qu'ils prennent à vouloir résoudre cette situation amplifie ce problème.
Beaucoup craignent que la Grèce n'entraîne dans son sillage le Portugal et l’Espagne…
Le fait que la zone euro n’ait pas immédiatement réagi en termes clairs - ce qui est un peu irresponsable -, en apportant une garantie, laisse libre cours à la spéculation dans la zone euro. Et elle s’en donne à cœur joie. La spéculation retrouve un moyen de rentrer dans la zone euro alors qu’on l’avait éliminée en créant la monnaie unique.
Mais, en soi, le problème grec n’est pas très grave. Aucun pays d’Europe n’a fait faillite depuis les années 30. Le fait de jouer sur la peur de la faillite d’un des pays de la zone euro est juste un moyen de spéculer. On aurait compris qu’une spéculation se développe s’il y avait eu, dans l’histoire grecque, des antécédents de faillite de l’Etat. Mais ce n’est pas le cas.
Un pays peut-il sortir de la zone euro?
Ni ce pays ni la zone euro n’y ont intérêt. Si la Grèce était exclue, la spéculation s’engouffrerait dans le pays qui serait alors le nouveau maillon faible de l'UE. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul pays. Cette explication est un peu exagérée mais a le mérite de poser le problème.
Les situations américaines et européennes sont-elles comparables?
Non, car des garanties fédérales permanentes existent précisément pour les Etats américains. Le vrai problème européen est l'absence d'autorité budgétaire pour exercer des garanties.
On imagine mal une spéculation se développer sur l’Etat de New-York, ou l’Etat de Californie, sans que des garanties fédérales soient très rapidement mises en place.
La situation grecque peut-elle faire évoluer la position allemande sur la notion de gouvernance économique? Angela Merkel a évoqué très brièvement le sujet lors de sa visite à Paris, le 4 février.
Je l’espère. Tant qu’il n’y aura pas d’autorité budgétaire, la souveraineté de la zone globale ne sera pas complète.
Le renforcement de la gouvernance économique vous paraît-il réaliste à court-terme?
J'en parle depuis vingt ans… Il faudrait rapidement mettre en place une telle autorité, quitte à trouver des règles internes sur le fonctionnement de la zone euro. On y définirait éventuellement les garanties, qui pourraient être conditionnelles.
Il faut trouver immédiatement un système qui permette d’appliquer cette gouvernance et déclarer la solidarité budgétaire dans les pays européens. Mais le problème est qu’il existe dans les traités une clause qui empêche la solidarité budgétaire, la clause de «no-bail out».
N’est-ce pas un obstacle insurmontable?
C’est certes un obstacle dont nous payons le prix fort. Mais il est surmontable. L’arithmétique est là pour nous le rappeler. Le déficit de la zone euro est de 6%, celui des Etats-Unis se situe autour 12,5%. Et pourtant, la spéculation se déchaîne sur la zone euro. Il y a là un paradoxe.
Un retour dans les clous du pacte de stabilité vous semble-t-il possible en 2013, comme le demande la Commission européenne?
Tout dépend ce que l’on appelle «pacte de stabilité». Nous sommes toujours dans le cadre du pacte de stabilité puisque ce pacte prévoit des circonstances exceptionnelles. Et personne ne peut dire que les circonstances que nous vivons ne sont pas exceptionnelles.
Combien de temps peuvent-elles durer?
Tant que nous n’aurons pas réglé au fond le problème de la crise, c’est-à-dire tant que nous n’aurons pas retrouvé une croissance normale en Europe. Donc pas avant 2014. N’oublions pas que l’Europe a perdu 4% de PIB en 2009. Or, le Conseil européen admet qu’il y a des «circonstances exceptionnelles» à partir de -0,75% du PIB.




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