L'Union européenne devrait mettre en place prochainement une taxe sur les transactions financières (TTF), et ce quelle que soit la position des Etats-Unis, a déclaré l'économiste américain Jeffrey Sachs lors d'un entretien accordé à EurActiv.com. Tout deux confrontés à des déficits publics considérables et à la colère de l'opinion publique, les Etats-Unis et l'Union européenne vont devoir établir cette taxe très bientôt, poursuit-il.

M. Sachs mène campagne à Londres en faveur d'une taxe européenne sur les banques, critiquant le fait que les Etats-Unis fassent fi du bien public.

L'économiste encourage l'Union européenne à élaborer un projet de taxe sur le secteur financier lors de la prochaine réunion des ministres des Finances de l'UE, le 16 mars, même si les Etats-Unis ne sont pas encore de la partie.

M. Sachs a déclaré que si l'opinion publique était très favorable à une taxe sur les banques, cela inciterait les gouvernements à légiférer. Selon lui, l'UE devrait imposer une taxe dont l'assiette serait large et le taux bas.

"Le déficit budgétaire aux Etats-Unis et en Europe est conséquent et je pense qu'il y a de nombreuses preuves indiquant que le secteur financier est sous-taxé et sous-régulé", a affirmé M. Sachs.

"Il manque entre 22 et 25 milliards de dollars"

Le Royaume-Uni comme les Etats-Unis attendent un dossier du FMI avant de prendre leur décision. Ce document, qui doit être rendu en avril, effectuera une balance coûts/avantages de la taxe.

Actuellement, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont des opinions différentes quant aux instruments et aux banques qui devraient être taxés.

Le Royaume-Uni a fait pression pour l'adoption d'une TTF directe qui couvrirait une grande partie du secteur, alors que les Etats-Unis ont été critiqués pour avoir centré leur impôt bancaire sur les bilans des grandes institutions financières.

M. Sachs a fustigé la proposition étroite de son propre gouvernement, expliquant qu'elle ignorait le bien public et qu'elle s'occupait seulement d'imposer des revenus pour son coffre de guerre en cas de futures crises.

Nous devrions aller au-delà de cette conception étroite et inclure les avoirs dérivés comme les "credits default swaps", a-t-il dit.

Alors que les banques et les consommateurs redoutent qu'une telle taxe entraîne soit une augmentation du coût de l'emprunt soit ne réduise la disponibilité du crédit sur les livres de compte des banques, M. Sachs considère que les gouvernements ont d'abord besoin de tester la taxe avant de graver leur proposition dans le marbre.

M. Sachs a déclaré qu'une taxe sur le secteur financier pourrait aider à s'attaquer aux importants déficits budgétaires des Etats-Unis et de l'UE et aiderait les gouvernements à respecter leurs engagements convenus lors du sommet de Gleneagles en 2005 en matière d'aide au développement.

Il y a cinq ans, 15 pays se sont engagés à donner un minimum de 0,51 % de leur PIB aux pays en développement en 2010.

"Il manque entre 22 et 25 milliards de dollars par rapport à nos engagements cette année et une taxe sur les transactions financières nous aiderait à combler ce fossé", a estimé M. Sachs.

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