Une seconde thérapie de choc ? Voilà en quelque sorte ce qu’a proposé l’ancien président de la Banque nationale polonaise, Leszek Balcerowicz, invité jeudi 11 mars par le Centre d’Accueil de la Presse étrangère (CAPE) s'est exprimé sur la situation économique et financière actuelle de l’UE.

Partageant le diagnostic établi par le rapport Larosière en février 2009, l’actuel président de l’Institut Bruegel a mis le doigt sur l’échec patent des politiques publiques européennes, facteur constitutif majeur de la récession que traverse actuellement la majorité des pays européens.

La Pologne est le seul Etat membre de l’UE à avoir connu un taux de croissance positif en 2009, à +1,7%. En 2010, la dette polonaise pourrait avoisiner le seuil des 55% du PIB et le déficit public approcher les 7%, mais le pays a plutôt bien résisté à la crise car le gouvernement a su éviter les politiques trop risquées et modérer sa relance en préservant les fondamentaux, selon les économistes.

« Pour maintenir la démocratie, il faut privatiser l’économie », a martelé à plusieurs reprises le Polonais, pour qui la dégradation croissante des finances publiques en Europe rend urgent le retour à des pratiques économiques plus libérales. Selon lui, l'approche dominante de la gestion des crises a été jusque-là trop court-termiste, fondée sur la doctrine de l'auto-justification de l'intervention étatique.

« Ultralibéralisme, néolibéralisme, les bonnes politiques sont souvent les plus attaquées », a fait remarquer l’ancien ministre polonais, soulignant que la rigueur budgétaire est un exercice politique délicat mais courageux, car l’opinion, en temps de crise, est davantage favorable au retour des Etats dans l’économie.

Le Polonais a appelé l’ensemble des dirigeants européens, la Grèce, l’Islande, la Hongrie ou les pays Baltes en tête, à mettre en place des mesures drastiques pour lutter contre les impacts de la crise et protéger les citoyens contre l’accroissement de la dette. « La pire des politiques reste la politique des slogans », a-t-il déclaré, faisant référence aux mesures budgétaires expansionnistes menées ces dernières années en Hongrie, l'un des pays les plus fortement touchés par la crise.

Jugeant les pays au bord de la faillite comme les principaux responsables de leur situation économique, le Polonais a réclamé des solutions "nationales" avant tout.

Le fonds monétaire européen : une « chimère »

« Le FME n’existe pas, et il faudra des années entières de procédures institutionnelles pour qu’il voit le jour. Ce n’est pas une solution pour les problèmes courants », a déclaré l’ancien ministre, invité à commenter la récente proposition allemande consistant à doter la zone euro d'un instrument similaire au Fonds Monétaire International afin de renflouer les caisses d'un Etat membre de l’UEM menacé de faillite.

« Les déclarations sur la solidarité européenne affluent en ce moment, mais où est l’argent ? », a interrogé Leszek Balcerowicz. « Certains pays peuvent avoir besoin d’un soutien », a-t-il reconnu, « mais le FMI s’en occupe déjà, et je ne vois pas pourquoi un pays comme la Grèce, membre de la zone euro, ne pourrait pas faire appel à un organisme extérieur comme le FMI », a-t-il souligné.

« Les problèmes domestiques doivent être soignés à la maison, sinon le remède peut être pire que la maladie », a-t-il conclu, préconisant pour tous les pays menacés de faillite une thérapie « à domicile ». Le meilleur moyen de rétablir la confiance des marchés financiers reste, selon lui, la réduction des déficits publics.

Ce qui n’exclue pas la mise en œuvre d’une régulation macro-prudentielle du système financier européen.