Les règles européennes devront être changées pour que les pays qui contreviennent de façon répétée aux orientations économiques de l’Union puissent être exclus de la zone euro, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel le 17 mars. 

Prononcés lors d'un discours au Bundestag (chambre basse du Parlement), ces mots constituent le premier appel explicite d'un dirigeant européen pour un changement de ce type, bien que le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble ait brisé un tabou plus tôt dans le mois et encouragé des avancées similaires.

"A l'avenir, nous aurons besoin d'une disposition dans le traité qui rendrait possible, en dernier ressort, d'exclure un pays de la zone euro si les conditions ne sont pas remplies de façon répétée sur le long terme", a déclaré Mme Merkel.

Elle a également affirmé que la crise de la dette grecque avait confronté l'euro au plus grand défi de son histoire mais qu’une assistance rapide des autres Etats membres de la zone euro n'était pas la bonne stratégie.

"L'euro fait face au plus grand défi qu'il ait eu à gérer, a-t-elle dit. Nous devons trouver une solution qui vise la stabilité à long terme de l'euro."

"Un acte de solidarité rapide n'est définitivement pas la bonne réponse. La bonne réponse serait plutôt de prendre le problème à la racine, et il n’y a donc pas d'alternative au programme d’économies de la Grèce", a-t-elle ajouté.

M. Schäuble a préconisé la création d'un Fonds monétaire européen (FME), qui pourrait soutenir les membres de la zone euro en difficulté, mais a accompagné cette proposition d'une suggestion selon laquelle il serait possible pour les membres de la zone euro de la quitter.

L'idée a gagné le soutien provisoire de Mme Merkel et d'autres pays, mais est considérée comme une solution à long terme qui nécessiterait de modifier le traité de Lisbonne.

"Wolfgang Schäuble n'a pas fait de propositions pour la Grèce, a dit Mme Merkel. Wolfgang Schaeuble a émis des propositions pour que nous n'ayons pas besoin de solliciter le FMI dans des situations potentielles pour lesquelles ce serait la solution de sortie."

L'UE aidera financièrement la Grèce si nécessaire

D'autre part, la Commission européenne a réaffirmé à la Grèce mercredi 17 mars que l'Union était prête à aider Athènes à régler ses problèmes financiers sans pour autant expliquer comment cela se passerait.

"La Commission européenne a travaillé activement avec les Etats membres de la zone euro pour définir un mécanisme d'assistance coordonnée", a déclaré le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

S'exprimant à Bruxelles après des discussions avec M. Barroso, le premier ministre grec George Papandreou a indiqué qu'Athènes comptait sur l'adoption d'un programme d'aide de l'UE ou de la zone euro en cas de besoin pour aider son pays, mais il n'a pas exclu d'autres options comme rechercher l'aide du Fonds monétaire international.

"Toutes les options restent ouvertes mais nous pensons que la zone euro peut gérer ce problème, qui pourrait ne jamais se produire", a-t-il dit lors d'une conférence de presse conjointe.

Il a déclaré qu'il pourrait avoir à chercher d'autres solutions si les coûts d'emprunt deviennent intenables pour la Grèce. Il a aussi promis de mener à bien le plan d'austérité de son gouvernement, malgré la douleur que cela cause au peuple grec.

Il a ajouté que les problèmes de la Grèce devraient ouvrir la voie à un renforcement de la coordination des politiques économiques dans la zone euro.

Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a déclaré que la zone euro devrait considérer l'adoption d'une règle telle que la loi sur le "frein à la dette" en Allemagne, afin de s'assurer que les pays gardent leurs déficits budgétaires sous contrôle, sans pour autant préciser les sanctions auxquelles s'exposeraient les contrevenants.

"J'apprécie beaucoup le frein à la dette allemand, a déclaré M. Juncker, qui préside les rencontres mensuelles des ministres des Finances de la zone euro. Nous allons devoir considérer une telle règle ou des mesures similaires pour la zone euro", a-t-il dit.

Une nouvelle loi de"frein à la dette" va forcer le gouvernement allemand à réaliser des réductions substantielles en termes de prêts nouveaux à partir de 2011.

Dans le cadre de cette législation introduite par l'ancienne grande coalition de la chancelière Merkel, les nouveaux prêts fédéraux seront plafonnés à 0,35 % du PIB à partir de 2016.

CALENDRIER:

  • 16 mars : Soumission par la Grèce d'un calendrier pour la mise en oeuvre des mesures budgétaires pour 2010.
  • 25-26 mars : Rencontre des dirigeants de l'UE à Bruxelles.
  • D'ici le 15 mai : Présentation par la Grèce des mesures pour réduire ses déficits.
  • Rapports trimestriels à soumettre