Athènes veut entamer des discussions avec la Commission européenne et le FMI sur un programme de politique économique. Tandis que les marchés font du yoyo avec les taux d'intérêt du pays.

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Déclaration de José Manuel Barroso sur la Grèce, 11/04/2010Conseil européen
Déclaration des chefs d'Etat de la zone euro sur le mécanisme d'aide à la Grèce, 25 mars 2010
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BNP Paribas
Eurozone: Footing the Bill
Pourquoi les marchés ne se calment-ils pas? Quelques jours après la clarification du mécanisme d’aide à la Grèce par les dirigeants européens, dimanche 11 avril, les places financières ne semblent toujours pas s’apaiser, et les taux d’intérêt de l’emprunt grec de référence à 10 ans ne cessent de faire du yoyo.
Jeudi 15 avril, le taux de l’obligation d’Etat grec à 10 ans a dépassé la barre des 7,3%, se rapprochant des records de la semaine d’avant. En cause: l’agence Moody’s, qui a menacé de dégrader une nouvelle fois la note de la Grèce dans les semaines à venir. Vendredi 9 avril, c’est l’agence Fitch qui avait rétrogradé Athènes de deux échelons, faisant ainsi passer la note du pays de BBB+ à BBB-.
Les précisions européennes n’ont-elles donc eu aucun effet? «Les marchés financiers regardent toujours davantage la plomberie que les engagements», explique la chef économiste France de Barclays Capital, Laurence Boone. D’où la nécessité de clarifier les zones d’ombre qui subsistent: qui coordonnera le mécanisme s’il est déclenché? Si la Grèce fait défaut, qui, du FMI ou de tel ou tel Etat membre, sera remboursé le premier?
Si la Grèce ne faisait aucun effort, sa dette, qui s’élève aujourd’hui à 113% du PIB, serait portée à 124% en 2010, 146% en 2013 et 182% en 2016, selon des projections de la Barclays. Une situation intenable. Mais les marchés sont aussi attentifs à l’ampleur de l’effort qu’un Etat doit accomplir, explique Laurence Boone. Or, les cycles de réformes menées par d’autres pays de l’OCDE dans le passé, comme la Belgique, l’Irlande, la Finlande ou le Canada, montrent que les plus grandes coupes budgétaires sont faites dans les dépenses de la sécurité sociale et celles de la masse salariale de la fonction publique.
«La Grèce a le système de retraite le plus généreux de la zone euro», poursuit-elle, en soulignant qu’aujourd’hui, les retraites pèsent 22 points dans le produit intérieur brut du pays. «On demande aux Grecs un effort colossal», poursuit l’économiste, qui ajoute que des ajustements antérieurs ont souvent eu lieu dans des pays nordiques «où la cohésion sociale est très forte». D’où un scepticisme des marchés pour le cas grec.
20 milliards au mois de mai
Par ailleurs, les exigences du pacte de stabilité et de croissance semblent irréalistes. «Les ajustements prennent en moyenne douze ans, et non trois ou quatre ans», poursuit-elle. A titre d'exemple, la Belgique a mené ses réformes de 1994 à 2007, la Finlande de 1995 à 2008, et le Canada de 1996 à 2008.
Quoiqu’il en soit, la période actuelle correspond, pour Athènes, à un «pic de remboursement». «La Grèce dispose d’assez de fonds pour avril, mais elle a besoin d’une petite vingtaine de milliards d’euros pour le mois de mai», analyse l’économiste de la Barclays.
Si elle souligne que début mars, la Grèce a reçu 16 milliards d’euros d’ordres, alors qu’elle ne prétendait lever que 5 milliards, l’enthousiasme était bien moindre à la fin du mois. «Sur les 5 milliards demandés, Athènes a reçu 6,2 milliards d’ordres», souligne-t-elle.
Pour l’économiste, aucun doute: la zone euro, fortement exposée à la dette grecque, doit venir en aide à ce pays. La France serait ainsi engagée dans la dette grecque à hauteur de 86 milliards d’euros. Le chiffre s’élève à 400 milliards pour l’ensemble de la zone.
En attendant, Athènes a annoncé, jeudi 15 avril, vouloir entamer des dicussions avec la Commission européenne, la BCE et le FMI sur un programme de politiques économiques. Mais cela ne constitue pas pour autant un déclenchement du mécanisme européen à proprement-parler.
Le FMI et la Commission européenne ont annoncé qu’ils enverraient chacun une mission à Athènes, lundi 19 avril. La décision grecque d’engager des discussions «est cohérente avec l’accord [conclu] entre les dirigeants européens le week-end dernier, selon lequel un soutien financier venant des membres de la zone euro doit accompagner main dans la main l’engagement du FMI et son assistance», déclare le directeur général du Fonds Dominique Strauss-Kahn, dans un communiqué.
Le traité de Lisbonne pointé du doigt
La crise grecque peut-elle entraîner une modification des traités? L’encre à peine sèche, les règles du traité de Lisbonne sont déjà remises en cause.
Le PSE propose de modifier le règlement d’application de l’article 143, qui permet de renflouer un Etat non-membre de la zone euro. Le parti européen propose de faire en sorte que ces dispositions puissent également s’appliquer aux membre de la zone. Mais «on ne peut pas modifier un règlement d’application pour lui faire dire le contraire de l’article auquel il se réfère!», argue le maître des requêtes au Conseil d’Etat Jean-Luc Sauron.
Autre possibilité: utiliser l’article 122 du traité, qui permet d’apporter une aide financière à un Etat connaissant «des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d’événements exceptionnels échappant à son contrôle». «Il me semble que la crise grecque n’échappe pas totalement au gouvernement d’Athènes», ironise Jean-Luc Sauron, en faisant référence au trucage des chiffres par les analystes grecs depuis plusieurs années.
Dernière solution réfutée par le juriste, celle avancée par le président du groupe ADLE du Parlement européen, Guy Verhofstadt. Celui-ci prône l’application de la clause de flexibilité (article 352), qui permet l’ajustement des compétences de l’Union à ses objectifs. Un tel mécanisme risquerait de rencontrer le désaccord du Parlement allemand, dont la Cour de Karlsruhe a prévu qu’il devrait se prononcer en pareil cas.
«Il est impératif de procéder à des regroupements régionaux, préconise le juriste, puis de [les] faire valider par les parlements nationaux.» Une manière de «voir l’Europe telle qu’elle est, c’est-à-dire divisée», conclut le juriste.






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