Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, propose la création d’une agence de notation européenne. Le projet a-t-il déjà été évoqué dans le passé?

Dans les années 80-90, il y avait déjà eu des propositions semblables dans la presse allemande pour essayer de créer une agence européenne. Il s’agissait avant tout de suggestions politiques motivées par le fait que les banques allemandes, qui avaient été habituées à travailler avec leurs propres standards de gouvernance, se retrouvaient obligées d’intégrer la partie «ratings» [notation, NDLR] dans leur gouvernance d’entreprise. 

Mais ces propositions ont été abandonnées pour deux raisons: d’une part, les ratings avaient été inscrits dans les règles de Bâle II, et donc il n’était plus à l’ordre du jour de les remettre en cause; d’autre part, la plupart des institutions européennes ont adopté une ligne très libérale à l’encontre des notations financières.

Mais le projet évoquée dans la presse allemande dans les années 80 concernait à la fois les sociétés et les dettes souveraines des Etats. Or, aujourd’hui, Jean-Claude Juncker évoque l'idée de ne noter que les Etats…

Oui, c’était un projet plus transversal et plus politique que celui évoqué aujourd’hui.

Pourquoi cette idée renaît-elle aujourd’hui? 

A cause de la crise grecque. Cette question est profondément ancrée dans les prises de position politiques et les réactions un peu épidermiques de la part des intéressés. Une forte pression est mise sur les responsables budgétaires grecs mais aussi sur leurs partenaires européens. Ce genre de réactions n’est pas nouveau lorsque l’on parle de dette souveraine. 

Des tensions comparables s’étaient déjà traduites par des prises de position un peu houleuses de la part de responsables politiques à l’encontre des agences, lors d’une crise survenue au Japon à la fin des années 90.

Que pourrait changer cette agence, si elle était créée?

Je ne vois pas bien comment cette agence pourrait être créée. Car je ne vois pas comment la BCE pourrait noter tous les émetteurs. On constate un écart total entre l'idée, qui répond à une demande politique de contre-pouvoir aux agences américaines, et les modalités de ce projet, qui consiste à faire noter les Etats par la BCE.

La création d’une agence qui noterait uniquement les Etats, et non les entreprises, placée sous le contrôle de la BCE, serait-elle crédible? 

Non, pour plusieurs raisons. Le rôle des notes des grandes agences américaines a pris une place assez importante dans la presse. Mais il faut savoir que Bâle 2, qui fixe les règles de la régulation bancaire, minimise le recours aux notes dans le domaine de la dette souveraine. C’est notamment pour cela que l’on a introduit une notation sur les opérations d’exportation. 

Dans le domaine de la dette souveraine, les notes des grandes agences américaines ne sont pas les seules sources d’information. Le rôle des agences de notation dans la crise grecque a été exagéré.

Quelles chances cette agence a-t-elle d’aboutir?

Je vois mal pourquoi cette agence européenne de notation serait créée aujourd’hui, alors que l’on vient d’adopter une règlementation des agences en Europe. Ces nouvelles règles seront appliquées en avril. 

Plus largement, une agence de notation européenne est-elle, selon vous, une solution?

Non. Et on en a la preuve: le régulateur européen n’a pas choisi cette voie au moment des nombreuses discussions sur les agences. 

Et la mise en place de cette architecture règlementaire européenne a vocation à défaire les tensions sur la nationalité des agences. Or, ce cadre européen est assez similaire aux règles américaines. Et aux Etats-Unis, en 2006, à peine avait-on créé ce système que les régulateurs américains ont accrédité une agence japonaise.