L'euro a atteint son plus bas niveau depuis 2006. Est-ce grave?

Je suis davantage préoccupé par les raisons qui sont derrière la baisse de l'euro que par la baisse en elle-même.

La baisse de l’euro, aujourd’hui à 1,23 dollar, est une bonne chose car elle redonne de la compétitivité aux entreprises européennes. Lorsque l’euro valait 1,50 dollar, je trouvais cela inquiétant pour la compétitivité des entreprises et la croissance européenne. Donc, cet avantage là me parait l’emporter sur les inconvénients, qui sont aujourd’hui limités car il n’y a pas de vrai danger d’inflation. Par ailleurs, le niveau actuel de l’euro demeure au-dessus de sa valeur d’introduction en 1999 à 1,17 dollar. Le taux de change d’équilibre est enfin estimé autour de 1,10 dollar. Sur cette base, on peut considérer que l’euro reste surévalué. Cela me parait bon à prendre si l’euro se stabilise à ce niveau-là.

Les raisons pour lesquelles l’euro baissent me préoccupent davantage, à savoir la crise grecque, les doutes des marchés sur la capacité des pays européens à réduire rapidement leurs déficits et leurs dettes publics et à s’unir pour apporter une réponse convergente et solidaire aux problèmes. La France, l’Allemagne et d’autres pays européens divergent sur un certain nombre de sujets tels que l’application du plan de Bruxelles de 750 milliards d’euros. Les défis qui sont posés par la crise grecque, les effets de contagion et les incertitudes sur la zone euro elle-même nécessitent une Union européenne unie, pragmatique, convergente et solidaire. Si on y parvient, on pourra surmonter la crise actuelle.

Que mettez-vous derrière les mots «unie», «pragmatique», «convergente» et «solidaire» ?

L’Europe a été pragmatique avec le plan de 750 milliards car ce mécanisme de soutien n’était pas prévu par les traités européens sans être incompatibles. L’UE a donc pu apporter des éléments de gouvernance européenne. On peut regretter que l’Europe ait tardé à se mobiliser mais elle a été pragmatique à l’instar de ce qu’elle avait fait en octobre 2008 face à la crise bancaire.

L’UE doit rester unie et faire passer la convergence avant les divergences. Elle l’était lors de la conclusion du plan de 750 milliards et désormais de nouvelles fissures apparaissent.

La solidarité fait écho à l’aide apportée à la Grèce assortie de conditions qui imposent des efforts ambitieux de réduction des déficits.

Pensez-vous que cette baisse va se poursuivre? Que doit faire l’UE pour que l’euro se stabilise ?

Il est difficile de faire des prévisions en matière de taux de change, mais je pense qu’on est actuellement à un pallier. Mais les Etats européens doivent d’abord arrêter de se chamailler. S’ils continuent à mettre en avant leurs divergences sur la mise en œuvre concrète du fonds de soutien ou sur la régulation comme la vente à découvert, les marchés pourraient encore être ébranlés. Mais si l’UE se ressoude face à la crise, l’euro pourrait se stabiliser au niveau actuel, ce qui serait même mieux.

Pour fonctionner dans la durée, la gouvernance économique et politique de l’euro doit être améliorée. Il faut mieux surveiller les politiques budgétaires nationales. Pour autant, la Commission ne doit pas, à mon sens, donner l’aval au budget des Etats membres, comme cela a été proposé. Il ne faut pas entamer les prérogatives des Parlements nationaux car s’ensuivrait un débat politique très compliqué.

Il faut concevoir un système qui renforce la prévention et la surveillance des politiques économiques nationales. Une harmonisation des statistiques est nécessaire car l’UE n’a pas suffisamment empêché la Grèce de dévier ces dernières années. Et un mécanisme de sanctions doit inciter les Etats à réaliser les objectifs qu’ils prennent pour leurs finances publiques. Il faut réfléchir aux différentes possibilités telles que celles proposées par Angela Merkel, qui a évoqué l’idée de supprimer les fonds structurels ou le droit de vote dans les institutions européennes aux Etats défaillants. La crise oblige à faire des efforts dans le sens d’une gouvernance accrue de l’euro.