Dans un entretien accordé à EurActiv.fr, le premier ministre estonien Andrus Ansip revient sur la perspective d’adhésion de son pays à la zone euro en 2011 deux semaines après l'avis favorable de la Commission européenne.

Revue de presse
Le Nouvel observateur
Avant l'euro, l'Estonie rejoint l'OCDE
Documents officiels
Commission européenne
Rapport de 2010 sur l'état de la convergence
La Commission européenne s’est déclarée favorable à l’entrée de l’Estonie dans la zone euro. Pensez-vous que le Conseil des ministres validera cette recommandation en juillet prochain ?
Oui, je suis presque sûr que l’Estonie rejoindra la zone euro le 1er janvier 2011. L’élargissement de la zone euro est une question de conditionnalité. Si les candidats remplissent tous les critères, ils peuvent rejoindre la zone euro. Si ce n’est pas le cas, ils doivent travailler davantage. En Estonie, nous avons rempli les critères de façon durable et nous espérons désormais intégrer l’eurozone dès 2011.
Nous voulons être davantage intégrés dans l’Union européenne. La zone euro est très importante pour l’Estonie, car 70% de nos exportations se font avec l’UE. L’euro permettra de soutenir le commerce avec les Etats membres et rendra l’Estonie encore plus attractive pour les investissements directs à l’étranger (IDE). 70% des IDE en Estonie proviennent des pays voisins comme la Finlande et la Suède. Les investisseurs ont davantage confiance dans l’euro que dans les petites monnaies nationales.
L’euro aidera également les citoyens au quotidien. Tous les crédits en Estonie sont libellés en euro et aujourd’hui les gens gaspillent de l’argent avec le change, environ 1 milliard de couronnes estoniennes chaque année.
N’est ce pas paradoxal d’élargir la zone euro au moment où elle subit la plus grosse crise depuis sa création ?
Je suis convaincu que les problèmes en Grèce seront résolus et que l’euro a un brillant avenir devant lui. L’euro est encore en construction mais il sera à nouveau fort.
La Banque centrale européenne a émis quelques doutes sur le caractère durable du niveau de l’inflation. Que va faire votre gouvernement pour éviter qu’elle n’augmente à nouveau dans les années à venir ?
En Estonie, nous utilisons un « currency board system » et le taux de change de la couronne estonienne, qui n’a pas été modifié depuis 18 ans, est fixé par rapport à l’euro. Seuls certains instruments nous permettent de contrôler l’inflation, principalement la politique budgétaire. Nous ne pouvons pas contrôler le niveau des taux d’intérêts ou le volume de la masse monétaire.
Durant les années de forte croissance de 2002 à 2007, nous avons mis beaucoup d’argent en réserve. Nous avons remboursé nos emprunts et le niveau de la dette est aujourd’hui le plus bas de l’UE, à 7,2% du PIB. L’équivalent de 11,7% de notre PIB est aujourd’hui en réserve. Notre dette peut être remboursée si nécessaire et il nous resterait encore de l’argent en réserve.
Les critères d’inflation ont été remplis depuis novembre dernier. Durant les deux prochaines années, l’inflation restera basse. Mais, nous devons utiliser plus efficacement les instruments budgétaires pour contrôler l’inflation à l’avenir. Au cours de ces dernières années, avoir un excédent budgétaire aussi conséquent n’était pas suffisant pour contrôler l’inflation et la maintenir en dessous de 2% chaque année.
Avant l’euro, l’Estonie intègre l’OCDE
Le premier ministre estonien s’est rendu à Paris, jeudi 27 mai, pour participer à la cérémonie d’accession de son pays à l’Organisation de coopération et de développement économiques. Avec le Chili, Israël et la Slovénie, l’OCDE compte désormais 34 membres.
Lors d'une conférence organisée par le Club Grande Europe, Andrus Ansip est revenu sur la crise économique qui a durement frappé son pays (-15% du PIB en 2009) et a déclaré qu’il poursuivrait la politique d’austérité qu’il a menée jusqu’à maintenant : baisse des salaires, augmentation de la TVA…
Il s’est également exprimé en faveur d’un renforcement de la coordination budgétaire des Etats de l’eurozone. Proche de la position allemande, il a suggéré qu’une suspension des aides au titre de la politique régionale serait un bon moyen pour sanctionner les Etats qui ne respecteraient pas les critères de Maastricht. « Cela ferait également réfléchir les contribuables européens », a-t-il ajouté.
En revanche, il a refusé l’idée que la Commission contrôle ex ante les budgets nationaux, non pas « pour des questions de souveraineté », mais « pour sa trop grande complexité » et un manque de temps.




Réagissez