L’industrie affirme que la législation de l’UE sur le climat empêche la relance

  

ÉDITION SPÉCIALE / Les industries lourdes affirment qu’elles sont injustement victimes de la hausse des prix de l’énergie provoquée par les politiques de l’UE sur le climat. Les industriels sont accusés de tirer profit du système européen d'échange de quotas d'émission (ETS) alors qu’une controverse entoure le véritable impact des politiques climatiques sur l’activité industrielle.

 

Les industries énergivores, comme celles de l'acier et des produits chimiques, regrettent particulièrement que les politiques de l'UE sur le climat et l'énergie aient contraint les fournisseurs d'électricité à répercuter les augmentations des prix sur elles. Les prix de l'énergie ont augmenté de 28 % entre 2003 et 2011.

 

« Le prix élevé de l'énergie devient également un désavantage important pour le secteur vis-à-vis de ses concurrents mondiaux », a affirmé Markus Beyrer, le directeur général de BusinessEurope, l'association européenne qui représente les plus grandes fédérations d'entreprises. 

 

Eurofer, l'Association européenne de la sidérurgie, estime le coût total de l'ETS pour l'industrie sidérurgique entre 11 et 15 milliards d'euros. « Cela nuit directement à notre compétitivité par rapport au reste du monde, qui ne supporte pas ces coûts », a déclaré Gordon Moffat, le directeur général d'Eurofer, à EurActiv lors d'un entretien.

 

M. Moffat ne soutient pas le démantèlement de l'ETS, mais a déclaré : « Nous devons abandonner la politique unique. Nous devons reconnaître que, après 2020, nous devrons prendre en compte la situation et la capacité des différentes industries. »

 

L'abandon des objectifs fixes communs à toutes les industries, l'établissement d'objectifs en matière de carbone sur les technologies respectives disponibles pour chaque secteur industriel, ou la prise en compte des exceptions du système ETS constituent toutes des options qui devraient être envisagées, selon M. Moffat.

 

Controverse sur le système britannique de compensation

 

Lorsque de telles options ont déjà été mises en place, comme au Royaume-Uni, les résultats ont toutefois suscité la controverse.

 

En Grande-Bretagne, l'objectif d'un système de compensation de 250 millions de livres (297,3 millions d'euros) est de réduire l'incidence des politiques climatiques sur le coût de l'électricité pour les industries énergivores afin de les aider à rivaliser à l'échelle internationale. L'objectif est d'éviter une fuite de carbone, à savoir la délocalisation de l'industrie lourde à l'étranger, vers des pays où les émissions ne sont pas contrôlées à ce point.

 

>> Lire le LinksDossier d'EurActiv : La « fuite de carbone » : un défi pour l'industrie de l'UE

 

Les députés de la commission d'audit environnemental du Parlement britannique ont cependant déclaré ce mois-ci que le système de compensation était une mauvaise idée. Ils ont affirmé que « ces entreprises réalisent des bénéfices mirobolants grâce à ce système en vendant leur surplus de quotas d'émission ».

 

Steve Radley, le directeur politique de l’organisation britannique des industriels, EEF, a critiqué le rapport des députés. Il a déclaré qu'ils avaient « confondu les industries énergivores avec l'industrie à forte intensité de carbone ». M. Radley a toutefois ajouté que les deux industries avaient des arguments solides même si elles sont confrontées à des problèmes différents.

 

Ces arguments mettent en évidence le problème auquel est confrontée la grande industrie, qui tente de plaider sa cause face à la politique existante. La situation est complexe et des plaintes volent dans toutes les directions.

 

« Il me semble que les services financiers sont ceux qui bénéficient le plus de l'ETS. Ils font pression en faveur de cela », a déclaré M. Moffat d'Eurofer.

 

Dans le même temps, Transport & Environment, une organisation de défense de l'environnement, a déclaré aujourd'hui qu'une autre grande industrie, les transporteurs aériens, bénéficiaient de l'ETS. Une étude commandée par l'organisation a conclu que les compagnies aériennes ont engrangé 870 millions d'euros de bénéfices mirobolants grâce à l'ETS.

 

Des accusations semblables sont formulées contre l'industrie sidérurgique, a déclaré M. Moffat. Il estime que les tentatives de la Commission de reporter des crédits de carbone s'appuient sur la conviction que l'industrie en profite.

 

La Commission traite l'industrie comme des « barons voleurs »

 

Conformément à la proposition de report, la Commission ajournera la vente de crédits carbone afin de soutenir les prix en baisse des matières premières.

 

« C'est presque comme si elle disait "vous avez des quotas gratuits, vous les avez placés", ce qui est permis d'ailleurs, la Commission l'a proposé dans son système », a indiqué M. Moffat.

 

« Et maintenant elle agit comme si nous étions des barons voleurs parce que nous avons traversé une situation au cours de laquelle notre production a diminué de 40 à 50 %, ce qui représente un coût pour nous, mais nous avons ces quotas gratuits cachés quelque part. Cela n'a aucun sens ! »

 

Les entreprises européennes s'unissent contre la proposition de report. « Les entreprises manufacturières gagnent de l'argent grâce à la production, non à la vente de carbone », a déclaré Peter Botschek, un directeur du Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic).

 

« C'est la raison pour laquelle ils soutiennent la position de l' EU Alliance of Energy-Intensive Industries et de Business Europe contre l'intervention politique sur le marché du carbone et contre l'augmentation du prix de base de l'UE », a-t-il ajouté.

 

Cette campagne devrait toutefois rassembler ses arguments afin de résister à ceux qui déplorent que le système tourne à l'avantage de l'industrie.

 

Le comité de l'environnement du Parlement britannique a demandé une révision au sein du Royaume-Uni de la manière dont les politiques de l'ETS nuisent aux entreprises et des véritables bénéficiaires.

 

Une telle révision pourrait également être nécessaire à l'échelle européenne afin de dissiper les plaintes et de créer une base solide pour une politique future.

Prochaines étapes: 

 

  • 19 févr. 2013 : la commission de l'environnement du Parlement européen devrait voter un amendement essentiel d'une ligne autorisant la Commission européenne à agir sur le marché du carbone
  • Mars 2013 : possibilité d'un vote en séance plénière au Parlement européen sur la révision du marché du carbone
  • Avril 2013 : les résultats de la consultation du département britannique des affaires, de l'innovation et du savoir-faire sur le système de compensation d'énergie du Royaume-Uni devraient être publiés
Liens externes: 

Commission européenne

Associations du secteur

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