Lors de sa première visite officielle en Turquie, le commissaire à l'Elargissement Štefan Füle a pressé ses hôtes de normaliser complètement leurs relations avec Chypre, qui est membre de l'UE. Un reportage d'EurActiv Turquie.
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S'adressant aux journalistes, lundi 15 mars, après sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoğlu, M. Füle a réaffirmé le soutien de la Commission européenne à la candidature turque à l'adhésion, mais il a pressé le pays de mettre pleinement en œuvre les protocoles additionnels et de normaliser ses relations avec Chypre (voir Contexte).
"Un règlement détaillé sur Chypre serait une avancée historique aux bénéfices à la fois de la Turquie et de l'UE", a-t-il dit.
Cependant, M. Davutoğlu a déclaré que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE ne devraient pas être entravées par des problèmes politiques qui n'ont aucun lien avec le processus européen.
Récemment, le ministre turc en charge des Affaires européennes et négociateur en chef, Egemen Bagiş, a affirmé que puisque le problème chypriote n'était pas un pré requis pour l'adhésion de Chypre elle-même, elle ne devrait pas être une condition pour un autre pays.
Le prédécesseur de M. Füle, Olli Rehn, a déclaré récemment que lors de ses cinq premières années en tant que commissaire à l'Elargissement, toutes ses ambitions avaient été réalisées à l'exception de Chypre, où des négociations de réunification sont toujours en cours.
Vice et vertu
Dans un article publié dans le quotidien turc Hurriyet, M. Füle a écrit qu'il était convaincu que Bruxelles et Ankara pouvaient stopper le cercle vicieux de l'impasse chypriote et débloquer les négociations d'adhésion. Il a ajouté qu'il serait possible de passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux, à condition que tous les acteurs impliqués montrent de la bonne volonté politique.
M. Füle estime que la Turquie est un pays clef pour l'Europe en raison de sa situation géographique, de sa taille et de son orientation stratégique.
Le commissaire à l'Elargissement a également encouragé la Turquie à faire davantage de progrès dans ses relations avec l'Arménie. Les deux pays voisins ont conclu en septembre dernier un accord historique pour établir des liens diplomatiques et ouvrir leurs frontières, mais ce processus est bloqué.
Expérience tchèque
Alors qu'on lui demandait de commenter les votes successifs du panel du Congrès américain et du Parlement suédois qualifiant les massacres de génocide (EurActiv 12/03/10), M. Füle a déclaré : "venant de l'ancienne Tchécoslovaquie, je sais que politiser l'histoire rend la réconciliation difficile".
L'autre sujet à l'agenda de M. Füle était la libéralisation des visas, Bruxelles et Ankara discutant d'un accord de réadmission pour coopérer en matière d'immigration illégale. Le commissaire a déclaré que les citoyens turcs obtiendraient des visas Schengen plus facilement une fois que les deux parties auront trouvé un accord.
M. Davutoğlu a cependant indiqué que la libéralisation des visas devait être accordée à la Turquie une fois qu'elle aurait rempli les critères.
Le commissaire a ensuite rencontré le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, le négociateur en chef Egemen Bağış et plusieurs députés. Il a aussi rencontré le président de l'Union des chambres de commerce et des bourses Rifat Hisarcıklıoğlu et des représentants de TUSIAD – l'Association des industriels et des entrepreneurs turcs.
Contexte
La division de Chypre est l'une des questions les plus difficiles dans les relations UE-Turquie. La future adhésion de la Turquie à l'UE dépendant de la résolution de ce différend.
Malgré des efforts répétés sous l'égide de l'ONU pour amener les dirigeants des communautés grecques et turques de Chypre à s'entendre, l'île est restée divisée depuis 1974.
En avril 2004, les Chypriote grecs ont rejeté le référendum sur le plan onusien connu sous le nom de Plan Annan, suggérant une fédération des deux entités avec une présidence tournante, tandis que les Chypriotes turcs l'acceptaient. L'échec du référendum fut une déception pour l'UE, qui avait accepté de laisser Chypre rejoindre l'Union en partie avec l'espoir que cette initiative encouragerait une solution au problème chypriote. En mai 2004, la République de Chypre (partie grecque) est devenue un membre à part entière de l'UE.
Lors du sommet de décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont convenu d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Turquie à partir d'octobre 2005. L'une des conditions explicites était qu'Ankara étende son accord d'association de 1963 signé avec l'entité précédant l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'UE. Ce groupe incluait l'Etat chypriote grec, qui n'est pas reconnu par la Turquie.
En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole étendant son union douanière aux dix nouveaux membres, mais Ankara a dans le même temps fait une déclaration affirmant que sa signature ne signifiait pas une reconnaissance de la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et ses aéroports à Chypre, prétendant que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.
Jusqu'ici, seulement un chapitre d'adhésion (science et recherche) a été provisoirement fermé dans les négociations avec la Turquie. Onze autres ont été ouverts, mais huit restent bloqués par l'absence de mise en œuvre par la Turquie du Protocole d'Ankara, selon lequel l'accès aux ports devrait être garanti aux vaisseaux de la République de Chypre.



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