S'adressant aux journalistes, lundi 15 mars, après sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoğlu, M. Füle a réaffirmé le soutien de la Commission européenne à la candidature turque à l'adhésion, mais il a pressé le pays de mettre pleinement en œuvre les protocoles additionnels et de normaliser ses relations avec Chypre (voir Contexte).

"Un règlement détaillé sur Chypre serait une avancée historique aux bénéfices à la fois de la Turquie et de l'UE", a-t-il dit.

Cependant, M. Davutoğlu a déclaré que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE ne devraient pas être entravées par des problèmes politiques qui n'ont aucun lien avec le processus européen.

Récemment, le ministre turc en charge des Affaires européennes et négociateur en chef, Egemen Bagiş, a affirmé que puisque le problème chypriote n'était pas un pré requis pour l'adhésion de Chypre elle-même, elle ne devrait pas être une condition pour un autre pays.

Le prédécesseur de M. Füle, Olli Rehn, a déclaré récemment que lors de ses cinq premières années en tant que commissaire à l'Elargissement, toutes ses ambitions avaient été réalisées à l'exception de Chypre, où des négociations de réunification sont toujours en cours.

Vice et vertu

Dans un article publié dans le quotidien turc Hurriyet, M. Füle a écrit qu'il était convaincu que Bruxelles et Ankara pouvaient stopper le cercle vicieux de l'impasse chypriote et débloquer les négociations d'adhésion. Il a ajouté qu'il serait possible de passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux, à condition que tous les acteurs impliqués montrent de la bonne volonté politique.

M. Füle estime que la Turquie est un pays clef pour l'Europe en raison de sa situation géographique, de sa taille et de son orientation stratégique. 

Le commissaire à l'Elargissement a également encouragé la Turquie à faire davantage de progrès dans ses relations avec l'Arménie. Les deux pays voisins ont conclu en septembre dernier un accord historique pour établir des liens diplomatiques et ouvrir leurs frontières, mais ce processus est bloqué.

Expérience tchèque

Alors qu'on lui demandait de commenter les votes successifs du panel du Congrès américain et du Parlement suédois qualifiant les massacres de génocide (EurActiv 12/03/10), M. Füle a déclaré : "venant de l'ancienne Tchécoslovaquie, je sais que politiser l'histoire rend la réconciliation difficile".

L'autre sujet à l'agenda de M. Füle était la libéralisation des visas, Bruxelles et Ankara discutant d'un accord de réadmission pour coopérer en matière d'immigration illégale. Le commissaire a déclaré que les citoyens turcs obtiendraient des visas Schengen plus facilement une fois que les deux parties auront trouvé un accord.

M. Davutoğlu a cependant indiqué que la libéralisation des visas devait être accordée à la Turquie une fois qu'elle aurait rempli les critères.

Le commissaire a ensuite rencontré le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, le négociateur en chef Egemen Bağış et plusieurs députés. Il a aussi rencontré le président de l'Union des chambres de commerce et des bourses Rifat Hisarcıklıoğlu et des représentants de TUSIAD – l'Association des industriels et des entrepreneurs turcs.