L’année 2010 pourrait être l’année de l’Europe en Albanie : le pays pourrait obtenir le statut de candidat officiel et le régime d’assouplissement des visas lui être étendu. Une évolution rapide pour un Etat qui était dans une situation beaucoup plus préoccupante que ses voisins des Balkans à la sortie de la dictature communiste.

Selon l’ambassadeur albanais, intervenu le 30 mars lors d'une conférence au centre d'accueil de la presse étrangère, l’intégration européenne est une « priorité absolue » pour l’Albanie.

Les progrès de Tirana dépendront toutefois de sa capacité à résoudre la crise politique interne. Le commissaire à l’élargissement Stefan Füle a déclaré à EurActiv.com qu’il était « préoccupé par la stabilité des institutions démocratiques en Albanie et le manque de dialogue politique au Parlement ». En effet, l’opposition parlementaire socialiste boycotte le parlement depuis les élections législatives de juin 2009 et conteste la réelection du premier ministre sortant conservateur Sali Berisha.  

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères albanais Ralf Gjoni a reconnu que « le boycott n’aide pas l’Albanie à avancer vers l’UE ». Refusant le terme de crise politique, il a affirmé que l’opposition devait respecter le choix des urnes. Il a rappelé également que l’OSCE avait considéré que les élections s’étaient déroulées sans « irrégularités majeures » et que l’Albanie avait effectué « des progrès tangibles ».

Interrogé sur la lutte contre la mafia, Ralf Gjoni a prétexté un « problème d'image »: « il y a des criminels partout. […] Je me sens plus en sécurité à Tirana qu'à Londres. » Dans son dernier rapport sur l'Albanie, la Commission européenne a rappelé à Tirana les efforts qu'il lui reste à faire, en particulier dans les domaines de la lutte contre la corruption, la primauté du droit et du fonctionnement des institutions de l'Etat.

Libéralisation des visas

Ecartée de la première phase de libéralisation des visas, un régime d’assouplissement pourrait être accordé à l’Albanie cette année. C’est du moins ce qu’espère Ralj Gjoni qui « veut une décision positive en 2010 ». Il a ajouté que « l’Albanie a rempli tous les critères techniques ». La Commission européenne a récemment mené une nouvelle mission pour vérifier le respect de tous les critères et devrait se prononcer prochainement.

« Pour les citoyens albanais, l’UE c’est la liberté de mouvement », a affirmé Ralj Gjoni. Il a même ajouté qu’ils ne distinguaient pas la différence entre ce processus et celui de l’intégration européenne. La libéralisation des visas est très attendue par les citoyens albanais qui, après de nombreuses années d’isolement, sont impatients de pouvoir se déplacer librement, a-t-il insisté.

Interrogé sur la fatigue de l’élargissement des citoyens européens, Ralj Gjoni a reconnu qu’un sentiment de peur pouvait exister mais qu’il était injustifié. Au contraire, « l’Albanie n’est pas un risque mais une contribution » pour l’Europe. « C’est dans l’intérêt de Bruxelles d’avoir une Albanie à l’intérieur de l’UE plutôt qu’à l’extérieur », a-t-il ajouté.